" Ce film remarquablement interprété est comme un coup de poing au coeur."
Jacques Siclier, Télérama
" L’histoire d’un amour profond, difficile, traité avec beaucoup de délicatesse, de sobre tendresse, s’intègre parfaitement dans les séquences consacrées au travail à la chaine, épuisant, abrutissant, au racisme des contremaitres, des ouvrières qui appellent Elise « la Moukère », aux réactions hostiles des gens dans la rue, les cafés.
Tout ceci est vivant, juste… (…) au travers d’une anecdote, d’une époque, Elise ou la vraie vie atteint l’universel, le permanent hélas, puisque le racisme, l’indifférence, l’aliénation de l’homme par le travail, et les efforts d’une poignée de militants demeurent semblable, le Noir, le Juif ou même le Portugais existent toujours et suscitent les mêmes réactions."
Jacqueline Lajeunesse, La Saison cinématographique
" Reprocher à Michel Drach d'avoir déplacé le poids du livre de Claire
Etcherelli pour exalter le roman d'amour au détriment du problème
politique représenté par la guerre d'Algérie, c'est prouver qu'on a mal
lu le roman de Claire Etcherelli et encore plus mal vu le film de
Michel Drach : dans l'un et l'autre, oui, la guerre est présente, et la
question du racisme au coeur du prolétariat français, mais il y a
beaucoup plus, et qui englobe décolonisation et racisme.
Reprocher à Michel Drach de s'attaquer avec dix ans de retard à nun
problème périmé, à un événement historique classé, et lui lancer dans
les gencives que le vrai courage eût consisté à tourner ce film pendant
la guerre d'Algérie - alors ça, c'est le bouquet. C'est oublier
l'atmosphère dans laquelle nous avons vécu cette guerre : rien de
comparable avec la façon dont les Américains vivent leur guerre au
Vietnam; en ce qui concerne l'Algérie et son indépendance, nous étions,
sauf dans les derniers moments, non en pays démocratique mais en pays
fasciste. Et que l'actualité (pétrole, main-d'oeuvre) rendre un peu de
fraîcheur à certains antagonismes, et vous verrez la vélocité avec
laquelle va refleurir le bon vieil antibougnoulisme : cela pour
affirmer que le film de Drach est d'actualité, et que, actuel, il est
courageux.
La guerre d'Algérie, en tant qu'événement historique daté, sert à Drach
d' "anecdote" exemplaire : elle illustre une question éternelle - qui
est tout simplement cette question énorme que le titre vous invite sans
ambages à vous poser : quelle distance (franchissable ? et à quel prix
?) sépare la vie vraie, celle de l'on mène, de la vraie vie, celle que
l'on rêve de mener ?
La vraie vie ? Du pain et des roses. Pour le frère d'Elise, pour
l'Algérien militant du F.L.N., pour Elise, c'est le contraire de leur
vie vraie. Distance immense. Comment la franchir ? Pour le frère,
gauchiste avant la lettre (nous sommes en 1958), écoeuré par l'apathie
de l'opinion systématiquement sous-infirmée (c'est un euphémisme), on
franchira la distance par la révolution (...) Pour l'Algérien (...) par
l'indépendance nationale, ce que 1789 a étiqueté "liberté", première
étape sur le chemin de la dignité (...) Pour Elise, la vraie vie, c'est
tout ça, c'est ce dont son frère rêve, et ce dont rêve son amant
algérien, la révolution et l'indépendance, l'une soutenant l'autre. La
distance entre vie vraie et vraie vie, Elise a commencé de la parcourir
:par l'amour. Le pain et les roses ? C'est pouvoir aimer librement,
au-dessus des races et des préjugés, dans la paix et dans des
conditions d'existence décentes.
Avenir révolutionnaire, respect de la personnalité nationale, liberté
de l'amour -tous éléments constitutifs de la vraie vie-, tel est le
sujet du film (...) Drach ne pontifie pas, il ne catéchise pas (...) il
préfère tact, pudeur, ellipses, tonalités sourdes demi-teintes. La
sensibilité, l'émotion comptent d'abord, pour la bonne raison que Drach
a choisi d'aborder ces problèmes majeurs réfractés par une sensibilité
féminine, Elise -bouleversante Marie-José Nat, qui trouve dans le jeu
sobre, très retenu, de Mohamed Chouikh un appui solide. C'est avec les
yeus d'Elise que nous découvrons la distance vie vraie/vraie vie; par
son coeur que nous comprenons la nécéssité de la lutte, celle de son
frère et celle de son amant, luttes qui se complètent, se réunissent
pour Elise dans la lutte pour l'amour.
Qu'on ne ricane pas en criant au courrier du coeur du style : "J'aime
un Arabe, mes parents sont contre, que dois-je faire ? " Le sentiment,
l'émotion, n'empêchent pas Drach de dire ce qu'il a à dire. Et tout est
dit de ce qu'il faut dire sur le racisme en milieu ouvrier, sur la
difficulté qu'il y a à susciter la solidarité politique et sociale
envers des prolétaires "ratons" qui sont d'abord, aux yeux de
beaucoup,, plus "ratons" que prolétaires (...)
Oui, tout est dit, mieux : montré. sans phrase, sans effet. A nous de sentir."
Jean-Louis Bory, Le Nouvel Observateur
"En revoyant ce drame de Michel Drach, on comprend pourquoi il fit scandale à sa sortie, alors que la guerre d'Algérie restait un sujet totalement tabou en France. Le courage de son engagement, sa mise en scène simple et directe ont encore aujourd'hui la force d'un uppercut (...)
Ratonnades, rafles, perquisitions humiliantes (...) autant d'exactions de sinistre mémoire que Drach condamne d'autant mieux en les filmant à travers le regard pur et de plus en plus horrifié de la jeune femme (...). En madone ouvrière confrontée aux horreurs de la "vraie vie", Marie-José Nat est bouleversante.Ce drame politique sans concessions, cette histoire d'un amour engagé et condamné fait encore mal aujourd'hui."
Guillemette Odicino, Télérama