Isabelle Carré : " Anna M. est certainement mon personnage le plus violent"
Elle sait qu'elle donne l'image d'une femme douce et lisse alors, dit-elle, incarner une jeune fille malade de l'amour qu'elle ne peut ni recevoir ni donner a été un travail dur et passionnant. En Anna M. érotomane, Isabelle Carré est, au final, si impressionnante qu'elle a été nommée pour le César de la meilleure actrice 2007.
Michel Spinosa : "Mystiques et érotomanes : mêmes symptomes d'illumination"
Après "La Parenthèse enchantée", le réalisateur est revenu du côté sombre de son inspiration, là où se situait son premier long-métrage, "Emmène moi". Mais en faisant le portrait d'une jeune-femme saisie par la "vocation de l'amour", il voulait "avant tout réaliser un film de sensations, un film dans lequel l’héroïne perd le sens du réel, mais avec laquelle nous faisons corps en permanence."
" Utilisant brillamment les décors comme la musique, obsédante,
magnifique, Michel Spinosa concentre son propos sur la progression
dramatique. Articulée sur un scénario rigoureux, impulsée par une
héroïne imprévisible et incontrôlée, l'action véhicule une angoisse
croissante..."
Michel Palmieri, Elle
" Le film, oppressant, serré comme un poing, repose presque entièrement sur les épaules d'Isabelle Carré. Elle flanque la trouille. Elle est tour à tour désarmante et à gifler, d'une gentillesse qui donne envie de l'étrangler. Elle est extraordinaire, au sens propre.
A la fois monstrueuse et pathétique. Son visage change d'une séquence à l'autre : ce regard qu'elle a soudain... (...) Ce récit d'une obsession emballe, glace les sangs, vous abandonne sonné dans votre fauteuil, une fois les lumières rallumées."
Eric Neuhoff, Le Figaro Magazine
" Le cinéaste lorgne du côté de la période française de Polanski, aussi bien Répulsion que le Locataire, mélange de fantastique et d'humour noir. Le comique d'une situation peut se briser en quelques secondes et laisser apparaître l'imminence d'un danger mortel ou la tragédie d'un isolement programmé. L'érotomane vit l'amour comme une dépossession, défoncé à bloc au vide affectif rempli de chimères, de liens rompus avant même d'être noués. Qui dira qu'il ne connaît pas, un peu, beaucoup, de quoi il retourne ?
Isabelle Carré est à peu près de tous les plans et elle parvient à rendre les nuances d'un personnage complexe qui inspire aussi bien la frayeur que la sympathie. Rôle où elle alterne sans caricature la dissimulation de la fausse petite fille et la rage de la cinglée avant internement. L'être aimé est obligatoirement un «être de fuite» qui s'échappe en dépit des ruses de la déraison pour le retenir. A la fin, le manque seul lui suffit."
Didier Péron, Libération