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Bertrand Bonello : "le corps de Tirésia est un trajet..."

Introduction

"Le film, explique le réalisateur, est un relais avec trois coureurs, dont le bâton brûlant est Tiresia". Un personnage inspiré de la mythologie : devin, homme et femme à la fois, corps et objet.

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Le film est un relais avec trois coureurs, dont le bâton brûlant est Tiresia. Terranova, Anna, puis le père François forment un trajet que parcourt Tiresia et qui l'amène à la mort, mais également à l'aboutissement de son destin, car Tiresia est bien un instrument du destin, uniquement vu par les yeux de ces trois personnages. C’est évidemment une des grandes questions du film. Sinon la plus grande. Qui est Tiresia ? Et surtout, comment la représenter ? Que montrer ? À chaque fois que je me sentais perdu dans le film (un choix, un questionnement), je me réfugiais dans la mythologie. Ce fut la même chose pour l’incarnation du rôle de Tiresia. Le mythe nous dit : il fut homme, puis femme, puis homme. Je pris donc une femme, puis un homme.Le corps de Tiresia est un trajet. Le transsexuel est la traduction contemporaine de ce trajet. C’est-à-dire, selon la philosophie transgenre, une femme dans un corps d’homme. Pour moi, prendre deux acteurs, c’est essayer de trouver une traduction cinématographique à ce trajet. C’est-à-dire retrouver une certaine réalité, une certaine vérité à travers quelque chose de fabriqué. Un aller-retour se fait entre les deux acteurs qui jouent Tiresia. C’est aussi un aller-retour entre le vrai et le faux, qui doit nous amener à un monde clos de cinéma. Le film au complet est traversé de ces aller-retours. Le film fonctionne sur le vrai et le faux, sur la copie et l’original.Tiresia, objet étrange, venu d’un pays lointain, le Brésil, où à la fois la transsexualité, le catholique et le sacré sont extrêmement présents, est un objet de contemplation, c’est-à-dire, d’un certain désir, pour Terranova, pour Anna, pour François. Il fallait qu’il(elle) soit étranger(e) et inconnu(e), c’est-à-dire qu’il(elle) n’ait pas de repères chez nous, et que nous n’en ayons pas par rapport à lui(elle). Clara Choveaux et Thiago Telès. Thiago Telès et Clara Choveaux. Peu importe l’ordre. Ce que la fille a en masculinité, le garçon l’a en féminité. Mais ce n’est pas là que ça se joue. Plutôt dans le rapport au mystère de leurs visages. Il est impossible d’en savoir plus que ce qui est montré, et c’est primordial. Deux superbes visages inconnus, changeants et similaires, étonnants ; deux corps trop grands, trop maigres, à la fois fantomatiques et pourtant très sexuels.Tiresia est à tout moment un personnage supérieur. Au départ, ses motivations sont simples. Ce sont celles d'un animal : la peur de se faire voir, la liberté, la survie. La poésie ne la séduit pas. Sa réalité est autre. Elle n’a cessé de fuir : son corps premier, son pays, l’immigration, puis Terranova. Elle n’est positive qu’envers son frère, car ce sont, en quelque sorte, deux enfants égarés d’un pays étranger. C’est un personnage innocent. Au sens premier du terme. C’est une fleur sauvage, c’est une « machine à provoquer du désir ». Ce n’est pas une pute comme les autres. Elle n’a pas besoin de surenchère de séduction, de féminité ou de gestes sexuels. Ses enjeux sont ailleurs. Arrogance retenue. Regard dur. Parle peu. Présence. Il y a quelque chose d’impénétrable. Jamais d’hystérie. Toujours une vague tristesse liée au désespoir passé. Elle doit se laisser filmer avec toute sa beauté, sa retenue, son arrogance, sa supériorité, comme un objet, comme une œuvre d’art.Et puis, à un moment du récit, Tiresia n'est plus la femme qu'elle a failli être, ni l'homme qu'elle a un jour été. Tiresia peut alors être considéré(e) d'un point de vue masculin et féminin. C'est une créature hybride, inconcevable, en devenir. Tiresia est maintenant un objet, un outil. Il ne décide de rien. Autant elle était arrogante en début de film, autant il subit ensuite. Il fallait encore un beau visage. Transformé et abîmé, mais rendu beau par l’humilité. Il ne comprend pas. Mais au bout d’un moment, il accepte. Il éprouve même de la joie parfois. De la douleur aussi. Il n’éprouve que des états. Évidemment, il gagne en puissance, mais c’est une puissance autre, inconnue. C’est un don. Il faut donc donner. Son corps n’a plus d’importance. Et c’est une force. Parce que finalement, la chose dont nous sommes le plus prisonnier, c’est de notre corps. C’est aussi ce que montrent les personnages de Terranova et du père François. Je n’avais pas pensé les faire jouer par le même acteur. Seulement travailler sur des ressemblances, des gestes communs, des similitudes, puisque dès le début, ces deux « guides » me paraissaient liés. Quant à Tiresia, il est interprété par deux personnes différentes, on retrouve quelque chose de logique (quatre personnages, quatres acteurs) et de mythologique (les corps restent, les esprits passent – l’esprit reste, les corps passent) qui est cohérent, voire nécessaire au film : un film en deux parties (les deux corps) et trois mouvements (les trois témoins).

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  • elPoto au sujet de : 4 mois, 3 semaines et 2 jours

      5/10

    Oui, c est fort, et fort bien filmé, mais c est tellement sombre qu au final on ne voit pas bien l intérêt.