Chronique d'une acculturation
Introduction
Jo et Doris, coréalisatrices de "Voyage en mémoires indiennes", racontent comment, en rencontrant Sally, elles ont pu donner corps et âme à leur projet d'aborder, dans un documentaire, les aspects noirs de la "question indienne". Une façon, aussi, d'interroger chacun sur sa propre indentité.
Article
"L’histoire de ce film commence en 1992
alors que l’Amérique fêtait son cinq
centième anniversaire. Pour l’occasion,
nous avons fait le voyage du nord du
Canada au sud des Etats-Unis Nous
voulions faire une sorte d’état des lieux
de l’Amérique Indienne après cinq siècles
de colonisation.
Sans idées préconçues, ni fil conducteur
précis, simplement avec le désir d’être à
l’écoute, nous avons recueilli des témoignages
d’une réserve à l’autre.
Une histoire revenait sans cesse au fur et à
mesure des rencontres : tout au long de
ce siècle, sous des prétextes différents,
plusieurs générations d'enfants Indiens en
bas âge ont été enlevées à leurs familles et
communautés.
La première personne à nous raconter cette
histoire a été Sally Tisiga.
Originaire d’une petite communauté du
Yukon, Sally, enlevée à l'âge de quatre ans
à sa mère, a grandi dans la société canadienne
blanche.
Cette année-là, elle revenait après vingt-huit
ans d’absence à Lower Post, sa
communauté d’origine, en quête de son
identité. Là, elle nous a confié son histoire
et nous l'avons filmée pour la première fois.
Nous avons ainsi découvert les conséquences
désastreuses d’une politique d’assimilation
forcée pratiquée tout au long du siècle dont
le premier objectif était de régler définitivement
la “question indienne” et qui s’en
prenait directement aux enfants.
Au Canada, cette mesure destinée à priver
les Indiens de leur identité a revêtu différentes
formes, allant du système des pensionnats
du début du siècle aux pratiques abusives
de l'Aide à l'Enfance mises en place dans les années 60 et toujours en vigueur
aujourd’hui.
Actuellement le nombre d’enfants retirés à
leur famille ne cesse d’augmenter. Cette
méthode moderne de génocide a été
employée sur d’autres continents.
Témoigner de cette histoire est devenu une
nécessité.
L’amitié qui nous a tout de suite liées à
Sally, sa colère, sa détermination, son
courage nous ont poussées à l’associer dès
le début à ce projet.
Elle est notre guide pour ce voyage dans
la mémoire au cours duquel en revisitant
sa propre histoire, elle retrace celle des
générations d’enfants enlevés à leurs
communautés et à leur culture.
Poursuivant nos investigations, nous avons
travaillé avec Sally sur l’écriture du film.
Très vite des extraits de son journal, qu’elle
tient depuis toujours, en sont devenus la
voix off. Son implication, sa motivation ne
se sont jamais démenties au cours des dix
ans que nous avons mis pour aboutir ce
projet.
La connaissance acquise sur ce sujet, la
matière accumulée (témoignages, archives
officielles et privées), l’intimité créée avec
Sally, donne une dimension unique au film.
Au fil des témoignages, alors que se reconstitue
l'histoire de Sally et des siens, se met
en place un questionnement universel sur
l’identité."
Extrait/Voix off de Sally : " La première fois que j’ai vu une réserve
j’avais treize ans, je voyageais avec ma famille d’accueil.
J’ai regardé à travers la vitre de la voiture
comme l’enfant de quatre ans quittant sa maison.
L’excitation a été submergée par la honte.
Je me sentais humiliée que ce soit de là que je vienne.
Je ne suis plus retournée dans une réserve
avant d’avoir vingt huit ans.
Et comme je marchais dans cette réserve,
ma propre réserve, je sentais remonter
les souvenirs, la langue indienne, les bouleaux,
les cabines de bois, la fumée du feu,
la crème de myrtilles…
C’est ce jour-là que la honte est partie."








latinclassics au sujet de : Ayurveda
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