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Devenir Mr Gaga

VIDEO | 2016, 9' | Pour devenir Mr Gaga, Ohad Naharin a effectué de longues recherches pour développer un mouvement corporel singulier, aux gestes animés d'une force explosive. Rencontre avec le célèbre chorégraphe israélien autour du documentaire qui lui est consacré - Mr Gaga, dans les pas d'Ohad Naharin, réalisé par Tomer Heymann.

" Était-ce une évidence pour vous d’accepter ce projet autour de votre travail ? Et de donner à Tomer Heymann un accès privilégié à vos archives ?

Une évidence… Finalement, oui. Je connais Tomer depuis 25 ans, il avait déjà réalisé un film sur mon travail (Out of Focus) que je avais trouvé intéressant. Et puis je connaissais bien aussi son caméraman habituel, Itaï Raziel, que j’apprécie beaucoup. Alors, accepter n’a pas été si difficile !

Quant à la question des archives… cela m’a fait du bien de me replonger dans toutes ces vidéos, ce travail passé. Cela m’a permis d’une certaine façon de me ressourcer et en même temps de faire le vide.

Quel est votre rapport au cinéma en général ? Et votre regard sur le cinéma israélien en particulier ?

Il y a beaucoup de points communs entre la réalisation d’un film et la conception d’une chorégraphie. On travaille le cadre, la composition, la lumière, les couleurs. On se confronte aux mêmes choses : exagération et subtilité, drame, musique, rythme, matière, paysage… On véhicule des valeurs humaines, de la fantaisie, des émotions, une technique, une façon de raconter une histoire… On travaille entouré de collaborateurs et avec des artistes d’horizons divers, en essayant de créer un environnement rassurant pour les interprètes, une forme de sagesse et d’harmonie collective.

Quant au cinéma israélien, je n’ai pas d’opinion particulière...

Expliquez-nous en quoi consiste la technique Gaga et d’où vient ce nom.

Gaga est un langage, incarné dans une série de mouvements. Le principe, c’est d’écouter son corps avant de lui dire quoi faire. Procéder ainsi permet de prendre conscience de nos blocages physiques, de nos faiblesses/atrophies et aussi de dépasser chaque jour ces limites devenues routinières, familières. L’idée est de développer une habileté à se déplacer instinctivement, en apprenant à lier ensemble la délicatesse et la puissance impulsive que nous avons tous en nous. Apprendre à rire de nous-mêmes, à mettre ensemble notre passion avec la puissance de notre imagination, tout en développant nos habiletés, nos compétences physiques.

J’ai appelé cela Gaga, car j’en avais assez de parler de « mon langage » et que j’avais envie de me référer à un mot aux sonorités enfantines, le premier que j’ai prononcé d’après ma mère…

Votre compagnie intègre de nombreux danseurs étrangers. Cela pose-t-il des problèmes de cohésion, d’harmonie entre les danseurs ?

Lorsque je choisis les danseurs, je ne me soucie pas de leur origine géographique ou ethnique, ou de leur nationalité. Je veux des personnalités. Des danseurs intelligents, créatifs, généreux, passionnés, honnêtes, qui ont le sens de la musique et de l’harmonie, du style et qui ont soif d’apprendre.

La plupart du temps, la compagnie est composée pour moitié d’Israéliens et pour moitié de danseurs du monde entier.

Gaga est synonyme de libération. Pourtant le film montre votre quête de perfection, et la somme de travail quotidienne que représente votre exigence d’excellence. Quel est votre moteur, d’où vous vient cette énergie ?

La quête de la perfection n’a jamais été le but de ma vie, ni de mon travail. La quête de la perfection, cela renvoie pour moi à une façon conventionnelle et conservatrice de penser. Je me bats pour vivre et créer des moments beaux et profonds, porteurs de sens. Et, je suis loin d’être parfait…

Vous vous présentez souvent comme un Israélien opposé à la politique de son pays. Qu’est-ce qui doit changer aujourd’hui en Israël ?

L’occupation doit cesser... Le politique doit se libérer du religieux. Et il est temps d’apprendre enfin à respecter l’autre et ses droits inaliénables.