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Dominique Cabrera : "Se défaire... pour renaître"

Introduction

La réalisatrice poursuit son oeuvre en recherchant la crudité des sentiments sans en écarter les refuges imaginaires. Elle évoque ainsi la nature filmée dans "Folle embellie" comme un "grand ventre qui protège les personnages et représente leur intérieur".

Article

Au départ de “ Folle embellie ”, il y a une histoire vraie…
Dominique Cabrera : Dans les archives de l’époque, on disait que certains avaient disparu, que d’autres avaient retrouvé leur famille et qu’un petit groupe, mené par un grand paranoïaque, avait finalement rejoint un autre hôpital, dans les Ardennes. Cette histoire m’a fascinée dans ce qu’elle avait d’utopique et de tragique, la répétition de l’enfermement. Elle fait écho à ce que j’ai approché au cours de ce travail à l’hôpital : la folie de l’autre, les corps abîmés, l’opacité, l’abandon… Mais aussi les moments de plaisir que sont capables d’éprouver ces gens qui souffrent psychiquement : un café, une cigarette, un moment au soleil. Et cette exigence d’honnêteté qu’ils ont, cette franchise dans les rapports. Sur un tournage, on a cette même ambition un peu délirante de vérité absolue avec ses comédiens et avec ce qu’on filme.

On vous sent en proximité avec cette folie…
Disons que j’oscille entre la proximité et la distance. J’ai peur de la folie comme tout le monde. Mais je ne voulais pas en donner une représentation stigmatisante, porter des diagnostics sur les personnages. De toute façon, il n’y a pas de maladie chimiquement pure. Ce sont des humains…avec leurs démons. Généralement, la folie est montrée dans ce qu’elle a de sensationnel, d’hystérique et cela contribue à la mettre à distance. La société d’aujourd’hui ne supporte plus ce qui n’est pas parfaitement lisse. Et la façon dont on considère la folie dans une société en dit long sur la façon dont on considère l’humanité. Là, justement, il y a une humanité commune entre les fous et les spectateurs.

Peut-être est-ce parce que le film parle à notre inconscient ?
Il y a une phrase de Freud qui dit que la structure d’un film est la même que celle des rêves, dans la façon d’assembler les images, la bande-son, les idées. Pour moi, c’est un idéal à atteindre. Dans “ Folle Embellie ”, j’ai essaimé des formes concrètes qui sont aussi symboliques : le cheval, la barque, le fleuve…Et puis, il y a la structure du conte. Cette cabane au fond des bois qui se déconstruit mais se reconstruit ailleurs, comme dans “ Les trois petits cochons ”. Cette quête d’identité…se défaire pour renaître. Au bout de la quête, il y a le travail et l’amour. Quand les personnages parviennent à cet équilibre, ils sont sortis d’affaire. Au départ, ils sont dans l’utopie et puis, ils avancent vers le principe de réalité. Le travail leur permet de trouver une dignité, une liberté, d’avoir une place dans la société. Le travail ne produit peut-être pas la guérison, mais il permet de créer quelque chose à partir de ces bouts de chaos que nous avons tous en nous et qui peuvent aussi nous désintégrer. Dans le film, quand les personnages travaillent à la ferme, ils transforment le blé en farine. Dans la vie aussi, on essaye de transformer ses grands chagrins en petites chansons…

La vie est un miracle ?
Avec ce film, j’étais dans un désir de globalité, j’ai essayé de mêler les différentes composantes de la vie : la réalité et le merveilleux, le sublime et le grotesque, la chair et l’esprit… J’ai voulu m’approcher d’une espèce de crudité des sentiments, de la nature, ce grand ventre qui protège les personnages et représente leur intérieur. Et filmer le mouvement. L’événement. Quelque chose se produit et plus rien, après, ne peut être pareil. Ces moments de naissance de la vie…

Propos recueillis par Marjolaine Jarry

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  • latinclassics au sujet de : Ayurveda

      10/10

    J'ai tellement adoré que je me suis inscrit pour le dire !!! A voir absolument