Dominique Cabrera : "une histoire vraie du côté du conte et de l'utopie"
Introduction
La réalisatrice du "Lait de la tendresse humaine" raconte les détours d'un scénario qui aurait dû être son premier film, tiré d'un fait divers survenu dans le chaos de l'été 1940, dont elle trouve la force symbolique dans son message d'espoir et de poésie.
Article
" J’ai travaillé l’été dans un hôpital psychiatrique deux années consécutives. J’avais 20 ans, et cela m’attirait comme un mystère qui me faisait peur. L’expérimentation sociale était dans l’air, c’était les années 70, on sentait qu’il y avait des choses à faire évoluer. En travaillant dans cet hôpital, j’ai interviewé des infirmiers, j’ai cherché dans les archives, et j’ai découvert quelques lignes sur cette histoire dont un infirmier m’avait parlé.
Un groupe, sous la conduite d’un grand paranoïaque, s'était enfui, au début de l’exode. On savait que certains avaient disparu sans laisser de traces, que d’autres avaient fini par rejoindre leur famille, et que d’autres encore s’étaient réfugiés dans un autre hôpital à trois cent kilomètres.
J’ai tout de suite pensé que cette histoire était une matrice idéale
pour raconter une utopie, une transformation sociale. Car elle montre
que, lorsque les relations humaines et sociales autour des patients
sont différentes, eux-mêmes évoluent différemment.
La
première version racontait l’histoire de Fernand. Le film tourné
est du côté d’Alida et de son fils Julien. Fernand était déjà immature et tyran,
mais il occupait tout l’espace. J’ai essayé de mettre les autres à
égalité avec lui.
J’ai vraiment veillé à ne pas montrer des types médicaux, mais à filmer des êtres humains. Chacun est une personne entière, complexe comme tous les vivants. Il fallait trouver pour chacun des clés, comme par exemple, la phrase que le médecin que joue Olivier Gourmet dit à Fernand au début du film et que Fernand va explorer pendant toute l’aventure. Dans la panique de l’exode, quelque chose de nouveau se passe; le médecin oublie le rapport hiératique de médecin à malade et lui parle d'égal à égal.
Les places de chacun dans le film ne sont pas définies à l’avance. On a d’ailleurs tourné le film dans l’ordre chronologique de l’histoire telle qu’elle s’écrit pour eux. Parce que l’inspiration qui guide cette histoire est du l’ordre du conte, de l’utopie. Ce sont des personnages d’une totale sincérité, d’une réelle innocence, qu’il fallait garder intacte. Dans cet esprit, c’était très important pour moi de tourner ce film le long de la Loire, dans le lieu où était née cette histoire. Elle a été possible parce qu'il l y a eu brusquement une totale vacance des normes de vie habituelle. Les règles de la société n’ont plus eu cours. Et paradoxalement, c’est quand la société s’effondre, bien que l’espoir s’écroule avec elle, c’est à ce moment que peut naître quelque chose de nouveau. Le phénix renait, transformé, de ses cendres. C’est à la fois la fin d’une époque, et, pour ce groupe de patients en fuite, une reconnaissance. Avec, autour d’eux, la mort et la vie qui circulent sans cesse. Ce qu’ils vivent, c’est comme un temps arrêté. C’est de l’ordre du songe ; C’est ce qui a dicté l’esprit dans lequel baigne le film.
On tourné avec les patients de cet hôpital qui travaillaient dans une
compagnie de théâtre. Chacun a été conscient de ce qu’il faisait, même
ceux qui étaient perdus dans leur histoire. Ils ont signé un papier,
ils ont été payés. Rien ne s’est fait à leur insu. Ils ont été capables
de me proposer quelque chose dans la fiction. Ils commençaient à jouer
la folie à « moteur » et cessaient à « coupez ». Ce qui montre qu’ils
sont conscients dans leur malaise, dans leur difficulté de vivre. Ils
peuvent en jouer !"
Dominique Cabrera








latinclassics au sujet de : Ayurveda
J'ai tellement adoré que je me suis inscrit pour le dire !!! A voir absolument