Donal MacIntyre : "Choqué, horrifié... et touché"
Introduction
Un documentaire ? "C'est une fiction touchée par la réalité" explique Donal MacIntyre, le réalisateur et l’un des journalistes d’investigation les plus connus en Grande Bretagne, réputé pour ses reportages explosifs. Il a tourné à Beyrouth, au Congo, à Belfast, à Burma, mais ce sont ses dix années de travail en infiltration pour la BBC, ITV, Sky et Five en Grande Bretagne, qui ont scellé sa réputation de reporter courageux. Grâce à cette méthode, il a pu aborder une vaste gamme de sujets, allant du scandale des maisons de retraite au trafic international des espèces en voie de disparition, en passant par la traite des blanches et le commerce illicite des armes en Europe de l’Est. En filmant le quotidien de Dominic Noonan, parrain de Manchester, il a réalisé son documentaire le plus dérangeant : car c'est, aussi, un film de gangsters à faire pâlir Scorsese et Tarantino.
Article
" Avant tout, il s’agit d’un film de gangsters. Tous les thèmes universels des gangsters sont réunis : la mort, la famille, la vengeance, et l’innocence. Il y a des meurtres, des funérailles, des procès, des acquittements, mais, dans le cas présent, tous les acteurs, décors et conséquences sont réels. C’est une fiction déguisée en documentaire. Il y avait un script. Il a été écrit lorsque ces hommes sont nés, les prédestinant à une vie de crimes. Quand j’arrivais sur le «plateau», cela signifiait arriver dans leur monde, un monde qui est familier à tout spectateur de cinéma avec, bien entendu, des meurtres, des kidnappings et des trafics de drogue. Les personnages principaux, tous les membres de la famille Noonan, ont été baignés dans les films de Scorsese et Tarantino, comme tout le monde. Ils sont ce que l’on voit, ils vivent dans leurs propres films, imitant les poses, les fanfaronnades, les répliques qui sont tombées dans la culture populaire, mais ils ne peuvent pas dissimuler leurs costumes mal taillés et leur accent de Manchester. Je voulais que le spectateur découvre ce monde comme moi, dans un état proche de la crise de nerfs. Je veux qu’il puisse toucher, sentir et respirer l’environnement de ce gangster et de sa famille jusque dans ses moindres recoins. Pendant les trois années que j’ai passé à observer les Noonan dans leur intimité, j’ai été choqué et horrifié, mais également touché par ce qui se déroulait. Je défie quiconque de regarder ces vies pleines de contrastes à travers un prisme manichéen. Quand j’ai rencontré Dominic Noonan, qui est à la tête de la famille, dans le quartier de haute sécurité de la Belmarsh Crown Court, il m’a dit «Tous les gens que je connais veulent te tuer. On a demandé à mon frère de te tabasser. Je vois que le boulot n’a pas été fait». C’est le genre de conversation dont on se souvient. Cela m’a conduit sur une voie inoubliable. Dominic Noonan est un criminel prolifique et à la tête de la dynastie du crime de Manchester. Bien qu’il ait passé près de la moitié de sa vie en prison, il a la réputation de se faire acquitter malgré les preuves évidentes de sa culpabilité. Pendant le tournage, Dominic s’est retrouvé au tribunal, inculpé de kidnapping et torture. La victime, qui a été retrouvée nue dans un parking abandonné de Manchester, a été battue sauvagement à coups de battes de baseball, ébouillantée, poignardée 32 fois sur tout le corps, et retenue pour une rançon d’1 million de dollars. Alors que les 12 autres prévenus ont été condamnés à 13 ans de réclusion chacun, Dominic est reparti libre. Depuis, il est surnommé «The Teflon Dom» (Le Dom en Teflon), en référence au new-yorkais John Gotti. Le clan Noonan s’est d’abord fait remarquer en gérant la sécurité de la célèbre boîte de nuit «Hacienda» à Manchester, qui a été déclarée «La boîte la plus populaire du monde» et a été le berceau de la révolution acid house. La famille a gagné des millions grâce au trafic de drogue, mais ils ont dû faire face à plusieurs tentatives d’assassinat alors que d’autres clans essayaient de se faire une place. Ils ont tenu bon, et se sont constitué un portefeuille d’affaires, de propriétés et de sociétés fantômes, loin des investigations de la police et de la criminelle. (…) Il n’y a qu’une loi : Dominic. La police luttait pour s’occuper des Noonan dans les rues, mais les enfermer ne les empêchait pas d’agir. Alors qu’il était en isolement, Dominic a organisé une «opération glue», un assaut à la super glue sur toutes les serrures des centres de détention à travers la Grande-Bretagne le 1er avril, engendrant des frais de plusieurs millions de dollars pour les institutions pénales britanniques. Il a été l’un des organisateurs principaux des émeutes de la prison de Strangeways, et il a également organisé des attentats contre des employés de la prison et leurs familles à l’extérieur. Féroce et charismatique, Dominic Noonan risque à chaque seconde de recevoir une balle d’un homme de main ou d’écoper d’une condamnation de 30 ans de prison..."Donal MacIntyre










elPoto au sujet de : Le Voyage aux Pyrénées
Assez rigolo dans le genre loufoque mais aussi poétique et sensuel. Merci les frères Larrieu.