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Du film de propagande à la comédie musicale, récit d'un grand écart poilant

Introduction

Parti d'un film de propagande anti marijuana des années 1930 devenu culte aux Etats-Unis, Kevin Murphy et Dan Studney ont tiré à la fin des années 1990 une comédie musicale qui à leur grande surprise a fait un carton dans les théâtres de Los Angeles. Andy Fickman s'est attelé à l'adaptation pour le cinéma de "Reefer Madness". Les trois compères nous racontent ici avec précision et pas mal d'humour comment tout cela s'est construit...

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Au tout début était un film de propagande de 1936 destiné à alerter les foules contre l'utilisation de drogues, et plus précisément de la marijuana. Le jeu des acteurs et le propos étaient si exagérés que le film devint un classique culte. “Le film original dont le titre était Tell Your Children (Dites-le à vos enfants) a été écrit par un groupe religieux, précise Kevin Murphy, co-scénariste et producteur exécutif. Il a été repris par Dwain Esper qui lui a donné le titre plus enjôleur de Reefer madness et qui a rajouté quelques images salaces comme Mae enfilant ses bas de façon lascive. Dans ce film, dès qu'on tire une taffe sur un pétard, on devient hystérique. En réalité, l'effet de la marijuana est tout le contraire. Dès qu'on fume, on devient un peu endormi, on rit tout le temps bêtement et on a un appétit grandiose.”

Kevin Murphy et Dan Studney se sont connus en faisant leurs études à Madison, dans le New Jersey. En 1997, ils roulent sur la route d'Oakland à Los Angeles et écoutent Joe's Garage de Frank Zappa. Dans la chanson, Zappa parle de filles d'écoles catholiques qui fument de l'herbe en cachette. “J'ai tout de suite eu une image en tête” raconte Dan Studney. “J'ai regardé Kevin et je lui ai dit : “Et si on faisait Reefer Madness en comédie musicale ?” Arrivés à Los Angeles, les deux amis avaient déjà écrit leur première chanson.

Au début, la pièce est jouée dans un petit théâtre de Los Angeles et les producteurs pensent ne faire qu'une dizaine de représentations. Surprise ! La pièce fait salle comble tous les soirs pendant un an et demi, elle captive le public et la critique, et remporte une vingtaine de récompenses. Des fans voient la pièce plusieurs fois, habillés en costumes et hurlant les paroles. La pièce est demandée à New York, mais ne se jouera pas longtemps. La première a en effet lieu 4 jours après le 11 septembre. Elle attire l'attention de Robert Greenblatt, le président du service divertissements de Showtime Networks, qui propose aux deux scénaristes d'en faire un film. La réalisation sera confiée à Andy Fickman.

Gangsters et femmes faciles

Le film est une satire sociale. Comme le souligne le réalisateur : “La satire sociale est toujours un moteur amusant. Et comme l'action se situe dans les années 1930, on a tous les ingrédients nécessaires : gangsters et femmes faciles. C'est un film musical, chaque numéro étant plus impressionnant que le précédent, et bien entendu on a une histoire d'amour : un garçon rencontre une fille, l'aime puis la perd.” Pour Dan Studney, le deuxième co-scénariste-producteur, la musique aide à renforcer les thèmes du film. “L'élément musical nous permet de sortir du cadre. La satire seule n'y réussirait pas. La musique apporte un outil mnémotechnique qui renforce la répétition des thèmes politiques, sociaux et religieux.”

Créer un film musical en très peu de temps relève du défi, comme le souligne Andy Fickman. "C'est comme si on tournait un film fait de 15 clips différents tout en incorporant une histoire. Les acteurs devaient se préoccuper de leur jeu, mais aussi du chant et de la danse. Comme on ne pouvait pas tourner dans la continuité, on tournait quatre numéros musicaux par jour qui avaient chacun leur tonalité et leur atmosphère. Je leur disais : “Dans cette chanson, vous êtes heureux, et dans la suivante, vous êtes hystériques et couverts de sang. Bonne chance !” Les chorégraphies sont variées : swing à la façon de Bob Fosse, numéros flamboyants comme à Bollywood, hip hop ou encore numéros extravagants comme à Las Vegas. Mais une des particularités du film réside dans la longueur des numéros. Certaines chorégraphies dépassent les 5 minutes, ce qui est très rare dans les comédies musicales modernes.

Plus d'un millier de joints roulés pour l'occasion

Du point de vue visuel, Reefer Madness est un mélange de séquences en noir et blanc, qui rappellent les films noirs classiques, et de séquences en couleur. Les couleurs saturées des décors de David Fischer rappellent les comédies musicales des années 1940 et 1950. L'utilisation des couleurs primaires, comme sur les affiches des films d'horreur des années 1930 offre au décorateur une liberté d'action considérable. “On avait énormément d'éléments disponibles. C'était amusant de travailler avec une palette de couleurs plus lumineuses que celles qu'on emploie traditionnellement dans le cinéma actuel. Et puis les scènes de danse nous permettent de tout illuminer d'une façon très exagérée. Il y a également une variété de décors incroyable. On passe de la boîte de nuit au paradis à la jungle polynésienne, du café de Miss Poppy à la salle d'exécution.”

L'équipe du décorateur David Fischer a passé des mois à créer plus d'un millier de joints, faits avec un mélange de ginseng et de tabac. Sur le plateau, l'équipe a roulé des centaines de joints par jour et a utilisé d'énormes quantités de plantes de marijuana, notamment pour la scène “du champ des rêves”, et pour les scènes de songe. David Fischer a même pensé utiliser de la vraie marijuana pour être véridique à 100 %.

“Une quantité impressionnante de gens est venue nous proposer de vraies plantes. On a également voulu utiliser du chanvre industriel, qui est de la marijuana sans l'ingrédient actif THC. Mais pour faire pousser du chanvre industriel, il aurait fallu un permis spécial, et surtout beaucoup de temps et de patience. Nous avons donc choisi d'utiliser un mélange de plantes synthétiques qu'on a ensuite construites et décorées avec de faux pétards.”

Quand, en 1930, la marijuana est interdite par la loi, c'est plus pour raisons politiques que par protection de la santé, explique Dan Studey : le chanvre, qui a été utilisé en grande quantité pendant la guerre, est pratiquement le plus gros composant dans la fabrication du papier et d'autres matériaux. Cette nouvelle pratique de production de papier ne sied pas au magnat de la presse William Randolph Hearst et à ses collègues, dont l'intérêt est de maintenir le procédé de fabrication des magazines et journaux grâce à leur exploitation du bois.

“Ils se sont lancés dans une campagne de propagande anti-chanvre, en se servant de leurs relations au gouvernement. C'est depuis ce temps-là que le chanvre est illégal", souligne Dan Studney. "En fait, le film ne parle pas seulement de la marijuana, c'est aussi une satire politique qui parle de la désinformation.”

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  • elPoto au sujet de : Le Voyage aux Pyrénées

      7/10

    Assez rigolo dans le genre loufoque mais aussi poétique et sensuel. Merci les frères Larrieu.