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Emmanuelle Devos : "Esther est une princesse populaire"

Introduction

Emmanuelle Devos raconte comment elle abordé le rôle d'Esther dans "Comment je me suis disputé...." en lui trouvant bien des points communs avec son réalisateur, Arnaud Desplechin...

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Arnaud cherche à chaque fois de nouveaux acteurs. Et puis il revient souvent à ceux qu'il connait parce que ce qu'il écrit cor­respond finalement à eux.

On a toujours des nouvelles de lui de loin en loin : à la sortie des Patriotes d'Eric Rochant, j'ai reçu une carte très gen­tille d'Arnaud; il avait l'air très touché par ce que j'avais joué... Quand Arnaud préparait Comment je me suis disputé....., moi j'étais enceinte, je devais accoucher une semaine après qu'il ait commencé à tour­ner, donc... On ne s'est pas vu de tout l'été; je savais qu'il voyait d'autres actrices et moi je m'occupais de mon enfant. Finalement il m'a appelé 15 jours avant le tournage, on a mangé ensemble un midi; l'air embêté, il m'a redemandé mes «dates» - qu'il connaissait très bien !, et je suis repartie avec le scénario. Je l'ai lu et j'ai accouché le lendemain. Je l'ai appelé de l'hôpital avant, bien sûr, pour lui dire que j'adorais cette fille. On a pris rendez-vous pour des essais, puisque désormais nos dates correspondaient ! Et voilà... J'ai lu le scénario un peu comme une midinette, je trouvais ça très émouvant, très drôle. Cela rejoignait un peu le sentiment que j'avais eu en lisant La Vie des morts, un film de la même famille.

Ce qui est touchant chez Esther, c'est que cette fille ne fait rien par elle-même, son mentor c'est Paul.

Esther est pleine de fan­taisie, très drôle. Mais si Paul n'était pas là, elle ne ferait sans doute pas d'études.

Esther n'a pas d'amies. J'aime beaucoup les scènes du labora­toire de langues, quand elle découvre cette fille blonde, si féminine, qui se met du vernis à ongles. Esther la regarde. Elle est féminine mais pas de la même façon, pas vraiment coquette. Elle n'est pas coquette du tout. Elle a l'air vraiment très seule. Elle n'a qu'une seule personne dans sa vie, c'est Paul. C'est très touchant. Ne se consacrer qu'à une seule personne, ne compter que sur une seule personne.

Quelquefois, Arnaud me deman­dait de prendre certaines positions comme, par exemple, une façon de tenir une cigarette, une manière de se moucher sous la douche. Ce ne sont pas des gestes féminins, plutôt des gestes d'homme, parfois des gestes d'Arnaud lui-même. J'ai l'impres­sion qu'il s'identifiait énormément à ce personnage. Il me mon­trait souvent lui-même les postures. Il connaissait par coeur ce personnage. Comme elle ne voit aucune fille, Esther peut être perçue comme un garçon. Elle vit parmi les garçons. Arnaud m'avait demandé de voir Tess de Polanski, parce que le per­sonnage est une princesse populaire. Esther est aussi une prin­cesse populaire. Quelqu'un qui a une noblesse de sentiments et qui est populaire.

Elle est plutôt mal habillée, très bariolée, un peu comme les enfants. Arnaud m'avait aussi donné une cassette d'une émis­sion de Karlin et Lainé sur un juge pour enfants, dans laquelle il reçoit une jeune fille qui n'arrive pas à parler. C'était extraor­dinaire. C'était aussi une Tess. Elle est là, très jolie, et n'arrive pas à parler. On lui pose des questions et elle ne peut pas répondre. Par moments, elle pleure, pas de manière pathétique, en se tenant droite. Esther n'a pas la maîtrise de la parole comme les autres personnages, sauf dans une séquence de la fin où d'un seul coup elle accède à la parole. Maintenant, c'est elle la 'romancière' de Paul.

Avant, elle n'a pas le maniement de la rhétorique, de la dialec­tique, elle ressent plus les choses. C'est magnifique à jouer. C'est le corps qui doit parler, elle frappe Paul. Elle est obligée de s'exprimer autrement, d'autant plus que Paul est très fort. Il manie tellement bien le discours, il l'embobine tellement bien... Esther est un personnage courageux. Mais c'est aussi un bébé ou une petite fille. Notamment sur le plan de la dépen­dance vis-à-vis de l'amour de quelqu'un. Pendant le film, je n'arrêtais pas de me chanter la berceuse de Tess, mais aussi des chansons de Walt Disney... J'écoutais Le Petit prince à la mai­son !

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  • elPoto au sujet de : Le Voyage aux Pyrénées

      7/10

    Assez rigolo dans le genre loufoque mais aussi poétique et sensuel. Merci les frères Larrieu.