Génération Guédiguian
Introduction
Avec Les Neiges du Kilimandjaro (sortie en salles le 16 novembre 2011), Robert Guédiguian revient sur tous les thèmes qui parcourent ses presque trente ans de cinéma tout en parvenant à livrer un film qui ressemble à une "première fois". Simplicité et profondeur ? Derrière son titre emprunté à une chanson populaire (triste) se tient un film lumineux où la solidarité, aiguisée par la misère et l'échec, prend la place d'un astre solaire, aveuglant et réconfortant. Comment mieux vivre ensemble ? interroge le cinéma de Guédiguian depuis toujours. Visite éclair, en images, au fil d'une filmographie dont la quasi intégralité est disponible sur Universciné...
Article
Les Neiges du Kilimandjaro prend comme point de départ le poème de Victor Hugo Les Pauvres Gens...
En 2005, en rédigeant un texte où j’appelais à voter contre la Constitution européenne, j’avais, pour désigner de manière un peu générale «les nouvelles formes de la classe ouvrière», fait référence aux Pauvres Gens du poème de Victor Hugo. C’est à cette occasion que je l’ai relu. La fin du poème, c’est-à-dire l’adoption des enfants de la voisine décédée par le pauvre pêcheur, qui dit « nous avions cinq enfants, cela va faire sept » et qui découvre que sa femme l’a devancé en les ramenant chez eux, est absolument bouleversante.
Un tel élan de bonté, un tel excès de coeur, c’est exemplaire. Et, en plus, il y a cette concordance, ce geste amoureux des deux personnages, l’homme et la femme, qui sont à égalité dans la générosité.
J’ai immédiatement pensé que ça ferait une magnifique fin de film. Il ne restait plus qu’à trouver un chemin contemporain pour arriver à cette fin là.
Et, comme en 1980 avec Dernier été, comme en 1997 avec Marius et jeannette, j’ai eu envie de faire le point. Sur ce quartier où je suis né, l’Estaque, et sur les «pauvres gens» qui l’habitent …
Retourner là où j’ai commencé à regarder le monde et voir comment il est aujourd’hui, pour en tirer, peut-être, deux ou trois choses universelles.
C’est un film, qui, une fois encore, met à l’épreuve la réalité du mot «ensemble» ?
Pour moi, l’une des choses les plus graves dans la société actuelle, est qu’il n’y ait plus de conscience de classe. Au sens où on ne peut même plus dire «classe ouvrière», c’est pourquoi je dis les «pauvres gens». Or la conscience d’être des «pauvres gens» n’existe pas. Il s’avère qu’il n’y a plus, en France, les grandes unités industrielles qui existaient encore dans les années 1970-80, où trois mille ouvriers sortaient de l’usine. La conscience de classe, à ce moment-là, était non seulement possible, mais elle se voyait : elle était matérialisée par ces milliers d’hommes en bleu de travail. Et, tout naturellement, les gens étaient ensemble, ils avaient des intérêts communs, y compris, d’ailleurs, quand ils avaient des identités différentes.
Il n’y a pas deux peuples, l’un autochtone, salarié, syndiqué, pavillonnaire… et l’autre chômeur, immigré, délinquant, banlieusard. La politique et le cinéma peuvent oeuvrer à démasquer cette imposture intellectuelle.
Je ne changerai jamais d’avis là-dessus : c’est là l’essentiel.
Les Neiges du Kilimandjaro ça évoque le vaste monde, alors qu’on est à l’Estaque. Et c’est la chanson que chantent les petits-enfants de Marie-Claire et Michel pour leur anniversaire de mariage. L’idée du cadeau collectif d’un voyage en Tanzanie s’est matérialisée par cette chanson...
J’ai toujours aimé la variété, ça date les événements, petits et grands, mieux que le carbone 14. Et je tiens à dire que j’ai vu Pascal Danel la chanter sur scène, au Gymnase à Marseille dans les années 1960, en première partie d’Adamo ! Marie-Claire et Michel sont de la génération Pascal Danel… et aussi de la génération Joe Cocker, dont on entend l’interprétation de Many Rivers to cross.
J’ai toujours avancé en me demandant ce que la personne que j’étais à 20 ans penserait de ce que je deviens. Et à 20 ans, j’étais, comme on peut le supposer, excessif, révolté. Je dirais même que je me suis efforcé de me comporter de telle manière que le jeune homme que j’étais alors pense du bien de ce que je devenais : comme si celui que j’étais à 20 ans était mon Jiminy Cricket










elPoto au sujet de : 4 mois, 3 semaines et 2 jours
Oui, c est fort, et fort bien filmé, mais c est tellement sombre qu au final on ne voit pas bien l intérêt.