Hal Hartley : " Le Christ ne me semble guère porté sur la vengeance !"
Introduction
Répondant à une commande d'Arte, l'auteur de "Trust Me" et "Simple Men" a tourné "Book of Life" en s'amusant des contraintes : le thème de "l'an 2000", être drôle, "américain"... Dans l'expérience, il en a profité pour essayer de faire dialoguer dans le même film, cinéma et vidéo, comme dieu et diable...
Article
Quelle a été votre première réaction quand on vous a proposé de tourner un film sur l'an 2000 ?
Je travaillais depuis deux ans sur une pièce qui traitait des millénaristes chrétiens, ceux qui attendent la fin du monde et espèrent que le Christ viendra juger les vivants et les morts. J'étais plongé dans des idées qui n'avaient pas de rapport avec la pièce, mais qui m'intéressaient néanmoins. Certains éléments étaient très drôles et ne paraissaient guère utilisables pour la pièce que j'écrivais. D'autres étaient vraiment pertinents, mais n'apportaient rien non plus à la pièce. Comme j'avais passé un temps considérable à étudier la mentalité de ces annonciateurs de l'Apocalypse, j'ai été heureux d'avoir une occasion de restituer une image du Christ qui correspondait davantage à ma propre lecture du Nouveau Testament. Pour dire les choses simplement, quel que soit cet homme, il ne semble guère porté sur la vengeance.
Vous aimez visiblement mélanger modernité et tradition ancienne, par exemple faire incarner Marie-Madeleine par la chanteuse PJ Harvey.Quelle signification cela a-t-il pour vous ?
C'est vrai que j‘aime mélanger les deux. Je crois que ce que je crée s'adresse à une tradition, mais je sens de façon très forte que cet effort de communication doit se faire en fonction d'une mentalité et d'un lieu propres. Vous connaissez la phrase de Montaigne : "Un homme ne peut être que ce qu'il est et ne peut concevoir que dans sa propre limite." Le fait d'être en possession de certains matériaux et de pouvoir en tirer profit me donne une certaine assurance. PJ Harvey recourt à une imagerie catholique assez forte dans ses chansons d'amour blessé. Martin Donovan est le catholique non pratiquant le plus fervent que je connaisse. Tom Ryan et moi avons débattu pendant des mois pour savoir si nous devions, ou non, peindre Henry Fool sous les traits - littéralement - du Diable. C'était très agréable d'avoir des paramètres on ne peut plus précis pour le film : 31 décembre 1999, drôle, américain, etc. J'ai recherché des équilibres entre les divers éléments : un personnage du nom de Magdalena, une personne (persona) nommée Polly Jean Harvey. Cela m'apparaissait comme la seule orientation naturelle à suivre. Même Miho (Edie, dans le film), qui a trouvé l'idée de Madeleine devant s'expliquer en récitant l'évangile selon Saint Jean, a reconnu que Polly avait là une place évidente.
Votre film est très novateur d'un point de vue esthétique. Dans quel but avez-vous eu recours à cette technique (vidéo digitalisée gonflée en 35 mm) pour ce projet ?
Je pense que l'esthétique et l'économie ont beaucoup de points communs, et je ne vois pas pourquoi ce serait un obstacle. Là où je vis, il est difficile de faire un travail qui ne réponde pas à des critères raisonnablement acceptables, à moins de le faire quasi gratuitement. Je ne vais pas me rouler par terre et me laisser mourir. Je vais donc chercher comment faire un travail qui m'intéresse - d'une façon qui m'intéresse - moyennant un petit budget. J'ai donc cette toute petite caméra qui produit des images assez impressionnantes. Mais je dois chercher. Je dois expérimenter. Essayer de trouver ce que ce nouvel outil sait faire et comment ces choses qu'il fait bien me poussent à modifier mes habitudes de travail.
On trouve dans votre film une distribution musicale très impressionnante, qui va de PJ Harvey à Yo La Tengo et beaucoup d'autres.
Pour la musique, je me suis efforcé de me laisser porter par les matériaux sur lesquels je travaillais. Polly Jean, Ben Watt, Georgia Hubley et Ira Kaplan (Yo la Tengo), tous travaillent dans ce sens et j'ai laissé, dans une certaine mesure, leur musique imprimer leur marque sur mon écriture. En fait, cela a surtout modifié ma façon de diriger et a conditionné ma réponse à certaines situations et mouvements d'acteurs.










elPoto au sujet de : 4 mois, 3 semaines et 2 jours
Oui, c est fort, et fort bien filmé, mais c est tellement sombre qu au final on ne voit pas bien l intérêt.