"Hung voulait des ruptures de style dans la lumière et dans le cadre"
Introduction
Déja directeur de la photographie pour "L'Odeur de la papaye verte", Benoît Delhomme raconte comment s'est déroulée la préparation et le tournage de "Cyclo" : de façon à la fois très réfléchie et très légère.
Article
Directeur de la photographie, c'est la deuxième fois que vous collaborez avec Tran Anh Hung...Benoît Delhomme : Notre rencontre date de la préparation de L'Odeur de la papaye verte ; c'est Christophe Rossignon qui a provoqué la rencontre alors qu'il dirigeait "Lazennec Tout Court" ; je crois qu'il cherchait à former des équipes cohérentes : des jeunes réalisateurs et des jeunes techniciens. A l'époque, je n'avais éclairé aucun film qui puisse répondre à l'attente de Hung. Je me suis très vite rendu compte que sa manière d'aborder l'image était très différente des réalisateurs de comédies "françaises". Hung parlait de lumière en terme de brillance, matité, fraîcheur, transparence... de gros plans qui devraient être éclairés comme des icônes... Puis il m'a écrit sur un petit bout de papier ce qu'il fallait lire et voir : L'Éloge de l'ombre de Tanizaki, Roman sans titre de Duong Thu Huong, deux films d'Ozu et quelques Mizoguchi. L'Odeur de la papaye verte qui devait au départ être tourné au Vietnam dans des conditions très légères a pris une toute autre proportion, filmé entièrement en studio. Les contraintes techniques que j'ai partagées avec Hung de bout en bout nous ont stimulés.
Pour Cyclo, Hung avait-il également une idée précise de ce qu'il voulait ?Pour ce second film, la préparation a vraiment débuté le 3 ou 4 janvier 1994 par une lecture du scénario "à la table", où tous les futurs chefs de poste artistique étaient conviés. Hung nous a raconté tout ce qu'il voulait voir et entendre ; ça a duré une journée entière et on est tous reparti avec tout un tas d'idées à méditer : on avait presque "vu" le film. Puis il y a eu ce fax du 4 juillet où Hung m'a écrit : "De plus en plus, je me dirige vers l'idée d'une lumière la plus réaliste possible avec un petit quelque chose en plus (difficile à déterminer). Grâce à la variété des décors différents (80), je voudrais que la lumière soit très changeante, "incohérente" d'une séquence à l'autre ; l'idée est de briser cette notion sacro-sainte de l'unité de lumière. Nous allons peut-être fabriquer une «poubelle» (stylistique) de lumière".
Tran Anh Hung se posait en rupture ?L'enjeu esthétique de Hung pour Cyclo était clairement d'aller beaucoup plus loin que L'Odeur de la papaye verte. Il voulait aussi des ruptures de style assez fortes dans le cadre. Il voulait se permettre des plans fixes de l'ordre de l'icône, très calmes, très sereins ; et des plans caméra à l'épaule très violents. Le tournage du film à Ho Chi Minh Ville a été très excitant, cette fois-ci, je n'avais plus besoin de me demander à chaque plan si on croyait au Vietnam puisqu'on y était vraiment. Au début, on appréhendait tous les scènes de rues, sauf Hung qui n'en avait jamais fait et qui était en fait assez excité par le côté aléatoire de ce genre de tournage. On a souvent caché la caméra dans des cartons, des bâches trouées...
Sans compter les nombreuses séquences tournées la nuit...Les séquences de rues de nuit m'ont demandé un gros travail de préparation tout simplement parce qu'il n'y a pas de lumière de ville et qu'il faut donc tout faire : comme en studio, partir du noir, inventer une couleur, une ambiance. L'énorme concentration de Hung sur un plateau est très communicative : tout le monde se rend compte qu'il est très sûr de ce qu'il veut faire et tout le monde le suit, l'équipe technique comme les acteurs.
Vous avez opté pour une caméra légère...J'ai travaillé beaucoup plus que je ne l'avais imaginé avec la caméra à l'épaule. Hung me demandait parfois de trouver des mouvements, on cherchait vraiment à deux en même temps grâce au retour vidéo. J'ai tenté de faire oublier cette caméra portée, dans des mouvements fluides, légers, et j'ai aussi fait l'inverse pour donner de la violence à certains plans.
Comment cela s'est passé avec les acteurs ?Je n'ai pas échangé un seul mot avec Le Van Loc (Le Cyclo) qui ne parlait que vietnamien. On se parlait par signes, gestes, sourires ; on avait des codes. C'est un acteur extraordinaire, un "modèle" bressonien. Hung l'a dirigé geste par geste. Il avait un instinct phénoménal du cinéma. Il a fait des choses inimaginables avec grâce et simplicité.
Le résultat vous-t-il surpris ?Nous avons travaillé pendant quatre mois sans pouvoir voir de rushes. On n'avait que les cassettes du retour vidéo en noir et blanc sur lesquelles je ne pouvais que juger le contraste de mes lumières. La projection du "bout-à-bout" au laboratoire de Saint-Cloud a été un moment plus qu'intense. J'ai enfin découvert la matière de l'image, les couleurs, et je me suis demandé comment j'avais pu tenir le coup aussi longtemps sans rien voir...










elPoto au sujet de : 4 mois, 3 semaines et 2 jours
Oui, c est fort, et fort bien filmé, mais c est tellement sombre qu au final on ne voit pas bien l intérêt.