Jim Thompson à Créteil
Introduction
A l'origine de Série noire, un roman de Jim Thompson adapté par l'auteur de La Vie mode d'emploi : Georges Pérec raconte comment il a choisi de travailler sur les ruptures de ton et les dialogues...
Article
A Hell of a Woman : un univers de grande banlieue sordide; on imagine tout de suite une espèce de ville informe dont on pourrait se demander pourquoi elle a poussé là où elle a poussé, des rues interminables, des baraques en bois, des bars qui ressemblent encore un peu à des saloons; quelque part, une bicoque qui était peut-être bien jadis une ferme, avec une éolienne déglinguée, une vieille machine à laver avec son essoreuse à rouleaux, et une sorte de baby-doll en blouse rose.
Et c'est là-dedans que se radine le héros, un vrai héros de série noire avec sa grosse bagnole américaine et son imperméable à la Bogart: seulement celui-là, sa Buick est passablement défoncée, il se coltine à bout de bras une valise d'échantillons, il est coincé comme il n'est pas permis de l'être entre sa femme, son patron et ses traîne-savates de clients, et il ne va pas tarder à comprendre qu'à côté de ce qui l'attend, sa vie d'antan était un vrai bonheur.
Le résultat est une combine complètement débile et dérisoire dans laquelle la plupart des personnages vont stupidement laisser leur peau: un monde infernal, impitoyable et sans issue où le héros se débat tout à fait inutilement, accumulant les gaffes et les catastrophes au moment même où il s'imagine être en train de redresser la situation.
Le problème de l'adaptation de cette histoire exemplaire était double. D'abord il fallait reconstituer le déroulement de l'action en se débarassant de la laborieuse intrigue que Jim Thompson invente pour justifier la provenance de l'argent : un très ancien kidnapping dont, quelque vingt ans après, la rançon continue d'être empilée dans la cave de la vieille femme.
En fait, nous n'avons eu aucun mal à nous passer de cette explication aussi confuse qu'improbable dans la mesure où l'on sent bien dans le livre que Jim Thompson lui-même ne lui accorde aucune importance réelle; pas plus qu'il ne nous fut pénible de supprimer la fin du récit qui, comme presque toujours chez Thompson, n'est que le prolongement de plus en plus délirant, de plus en plus irréel, d'une histoire qui est déjà finie depuis longtemps.Le second problème était peut-être plus difficile à résoudre.
Dans le récit, Frank Dillon (Dolly pour les intimes) parle à la première personne et tient même une espèce de journal où il nous fait abondamment part de ses réflexions et états d'âme, s'autojustifiant à longueur de pages et nous tenant au courant du brillant fonctionnement de ses petites cellules grises, lesquelles, en l'occurence, le conduisent seulement à se comporter comme le dernier des imbéciles.
Je crois que c'est en travaillant sur le dialogue, en en accentuant les ruptures de ton, les porte-à-faux, les distorsions de vocabulaire, les automatismes de langage, que nous avons réussi à mettre en évidence le côté pathétique de ce personnage qui, à aucun moment, ne colle à la situation qu'il doit affronter, s'engluant dans ses contradictions, croyant à ses propres mensonges, sachant sans vouloir le savoir que rien ne tient debout dans toute son histoire, mais y allant quand même, jusqu'au bout...
Le reste, je crois pouvoir le dire, fut beaucoup plus facile. Nous n'avons pas le sentiment d'avoir trahi Jim Thompson en transposant son histoire dans la banlieue parisienne et en l'adaptant au contexte de la France d'aujourd'hui. Poupart, Mona, Jeanne, Staplin et Tikidès, restent jusqu'au bout des personnages thompsoniens et nous sommes sûrs que c'était cela qui était important.
Georges Perec (1978)










elPoto au sujet de : 4 mois, 3 semaines et 2 jours
Oui, c est fort, et fort bien filmé, mais c est tellement sombre qu au final on ne voit pas bien l intérêt.