L'histoire d'une comédienne qui n'aimait pas l'école mais s'adonne à l'écriture
Introduction
"Le Pressentiment" n'est pas le premier passage de Valérie Stroh à la plume. Avant ce scénario co-signé avec Jean-Pierre Darroussin, elle avait déja adapté et réalisé "Un homme et deux femmes" d'un recueil de nouvelles de Doris Lessing.
Article
Paris, sous le ciel détrempé du mois d’août. Valérie Stroh n’est pas encore partie en vacances. Elle est restée pour tourner Stella, le prochain film de Sylvie Verheyde, la réalisatrice d’Un frère. Dans cette histoire qui raconte les premiers pas dans un grand lycée parisien d'une jeune adolescente issue d'un milieu populaire, Valérie Stroh joue une prof d’histoire-géo. Du coup, elle s’est plongée dans les manuels scolaires, au chapitre « La Naissance de l’écriture ». « Et je me suis souvenue pourquoi je n’aimais pas l’école : ça manque de saveur… » Elle a lu d’autres livres, est partie à la pêche aux anecdotes, a imaginé ce qu’elle raconterait à ses filles. L’Histoire est un roman… qu’il faut s’approprier. Une façon d' inventer des passerelles entre le vaste monde et son univers intime que la comédienne connaît bien : elle a écrit, avec Jean-Pierre Darroussin, le scénario du Pressentiment d’après le roman d’Emmanuel Bove. Avant ce travail à quatre mains, elle avait déjà adapté, et réalisé, Un homme et deux femmes, tiré d’un recueil de nouvelles de Doris Lessing, Prix Nobel de littérature. Dans le film, elle incarne une galerie de personnages féminins.
"Plus on s'approprie l'histoire, plus on la révèle"Le jour où Jean-Pierre Darroussin lui a confié Le Pressentiment, elle partait à Londres. Le temps de traverser la Manche, elle l’avait lu, et aimé. « Avec Jean-Pierre, on a commencé à travailler de façon très prudente. Résultat, c’était un peu trop sage...» Après, il faut larguer les amarres, oser mettre le cap sur des mers plus intimes, convoquer sa propre flottille de personnages. « Plus on s’approprie l’histoire, plus on la révèle »
Pour Isabelle Chevasse, l’envahissante voisine qu’elle incarne dans le film, Valérie Stroh est allée « fouiner » du côté de sa mère, de sa grand-mère et autres « personnalités familiales à tendance étouffante». Dans le roman, Madame Chevasse est une "bonne femme rébarbative", dotée d'une moustache et d'une personnalité à la limite de la caricature. « Ce n’était pas évident d’avoir envie de l’incarner », avoue en riant la comédienne. D’habitude, on lui confie plutôt des rôles de belles filles, voire de femmes fatales. Dans L’homme qui n’était pas là de René Féret, elle jouait une redoutable manipulatrice prise à son propre piège. Complice du réalisateur pendant plusieurs années, elle tenait l'un des premiers rôles dans Promenades d’été et a incarné Aline, la mère du cinéaste, dans Baptême. On l’a aussi croisée dans Mille millièmes, fantaisie immobilière de Rémy Waterhouse (où elle donnait la réplique à Jean-Pierre Darroussin) ou encore dans La Confusion des genres d’Ilan Duran Cohen.
Jean-Pierre Darroussin en Charles Bénesteau et Vélarie Stroh en Isabelle Chevasse.
Quand elle est passée de l’autre côté, pour l’écriture du Pressentiment, elle s’est emparée –« logiquement »- des personnages féminins, quand Jean-Pierre Darroussin, lui, se chargeait des hommes. Elle avait envie de valoriser ces héroïnes, un peu négligées par Bove. "Moi, je défends les femmes!", sourit-elle. Parmi celles-ci, Isabelle Chevasse, son personnage. « Même si ce n’est pas si facile d’écrire pour soi : on a le sentiment de se préparer un bon petit plat, c’est un peu étrange… » Elle dit avoir essayé de "rafraîchir » son héroïne. En commençant par lui donner un prénom, « Isabelle », qui adoucit un peu le trivial « Chevasse ». « Ce prénom, c’est son panache, dit-elle. Sa façon d’affirmer que belle, elle l’est. C’est comme si c’était tamponné sur son front ! ». Du coup, la séductrice a du mal à accepter que Bénesteau reste de marbre. « Ils se ratent, ils ne se comprennent pas. Elle ne fait pas d’effort et lui n’est pas prêt pour la véritable rencontre avec l’autre..."
"Un film qui donne envie de changer de vie" Hommes-femmes, mode d’emploi. C’est l’un des thèmes de prédilection de Valérie Stroh. Même si, elle le sait bien : les révolutions intérieures ne sont pas sexuées. « Charles Bénesteau, c’est moi », lui a ainsi déclaré une spectatrice. Elle pense aussi à cet ami qui a choisi de divorcer après avoir vu le film. Rien de triste là-dedans, assure-t-elle. Simplement l’un des effets possibles d’un film qui encourage à être soi, à se délivrer du déterminisme, à savourer une intime liberté. «C’est un film qui vous aide à bouger…dans votre sens », dit-elle. Une histoire toute en creux dans lesquels chacun peut glisser ses propres aspirations. « Cela ressemble à Jean-Pierre (Darroussin), cette façon de ne pas s’imposer, d'exister sans exister, pour mieux faire exister les autres. »
Elle a réalisé deux documentaires pour la télévision (Eric Le Lann à la trompette, en 1993 ainsi qu'un portrait de Simone de Beauvoir dans le cadre de l'émission Un siècle d'écrivains sur France 3, en 1999). , en plus du long-métrage Un homme et deux femmes, et en est convaincue : « Le scénario compte. Mais, au final, c’est le réalisateur qui porte tout. C’est à lui de garder le cap tout en sachant faire la synthèse de tout ce que les autres peuvent lui apporter. » Elle, savoure le temps de l’écriture où l’on peut tout inventer, où l’on dessine la silhouette d'un personnage jusqu’à la pointe de ses escarpins en chevreau – « Pour la sœur de Bénesteau, on avait cherché ce qui pouvait incarner le monde d’où elle venait, par rapport au quartier populaire où a choisi d'habiter son frère. On a eu la vision de ses souliers délicats sur un bout de trottoir sale… ». Mais elle ne déteste pas non plus le moment où la costumière apporte des chaussures en croûte de cuir, parce que c'est aussi ça le cinéma : faire avec la réalité du tournage.
Elle dit qu’il faut avoir le sens de la débrouille, inventer des solutions à partir du réel, s’inspirer du terrain. Elle lance : "Faire un film, c'est comme tomber amoureux...". Elle parle de cet élan qui vous donne des ailes, vous rend « plus intelligent, plus créatif, plus… tout ». Sur un tournage, c’est pareil, dit-elle. "On se découvre des ressources insoupçonnées, on se laisse griser par cette énergie nouvelle." Elle ajoute : « On invente ce qu’on ne sait pas ».
Marjolaine Jarry










elPoto au sujet de : 4 mois, 3 semaines et 2 jours
Oui, c est fort, et fort bien filmé, mais c est tellement sombre qu au final on ne voit pas bien l intérêt.