L'homme qui inventa Fritz the cat
Introduction
C'était en 1994. Dessinateur culte des années beatnicks, croqueur de femmes aux culs merveilleux et de chevelus décalqués droits sortis des seventies, Robert Crumb s'était mis aux abonnés absents. Son ami Terry Swigoff ("Ghost world") alla le dénicher dans le Sud de la France. Résultat : un documentaire-biographie passionnant et une introspection déroutante.
Article
« A 5 ou 6 ans, dit-il, j'étais sexuellement attiré par Bugs Bunny. J’avais découpé une couverture d’un album; je l’avais toujours dans ma poche et je la regardais régulièrement...» Ce qui n’étonne guère lorsqu’on connaît ses B.D. underground, nourries de fantasmes et regorgeant de relations sexuelles grossies à la loupe d’un quotidien ultraréaliste.
0n imaginait donc Robert Crumb superstar de la cause hippie, bouffeur de LSD et rebelle rigolard dégoisant sur une société qu'il faisait bon brocarder. On se délectait du second degré pratiqué par ses héros, Joe Blow, Mr. Natural ou Fritz the Cat... Et une fois de plus, on n'avait rien compris. La seule, ultime et insupportable provocation de Robert Crumb est d'être doté à la fois du sens de l'humour et d'une absolue sincérité.
Depuis tout petit – il est né en 1943 – Robert Crumb dessine. Avec ses deux frères et ses deux soeurs, ils se construisent un univers de comic strips. «Charles nous obligeait tous à dessiner des BD, raconte-t-il, C'était devenu une obsession. » A 21 ans, il publie pour la première fois un épisode de Fritz the Cat pour Cavalier Magazine. C'est l'époque de Janis Joplin, de William Burroughs et des paradis artificiels. Une brève expérience de LSD achève de façonner le « crumbisme » : femmes aux culs formidables, perspectives démesurées, histoires fantasmatiques, bouches immorales. De Flakes Fonten Vulture Demonesses, du scandale de Joe Blow en 1969 à l'exposition de ses oeuvres au Museum of modern Art de New York en 1990, Robert Crumb fait mouche. Le voici enfin, le contempteur de la puritaine Amérique, le « Breughel de la fin du XXe siècle » comme l'explique doctement Robert Hughes, critique d'art de Time magazine, dans le film de Terry Swigoff : Crumb.
Et quel film ! La mort des exégètes ! Endors-toi Breughel ! Car Terry Zwigoff ne filme pas un mythe, il filme un ami. Son ami. Et cet homme, Crumb, si incroyablement discret, aujourd'hui exilé volontaire en France, se cachant de la presse et des hommes, se dévoile dans toute sa vérité. Loin du révolutionnaire à excommunier, l'homme qui raconte l'Amérique n'est qu'un de ses fils errants. Ce qu'il dit, il le pense, ce qu'il vit, il le dit, et ce qu'il dessine est – a toujours été – à prendre au premier degré, jaillissant du tréfonds, éclaboussant la morale parce que brisant le silence. « Quand je ne dessine pas, je deviens fou, explique-t-il devant la caméra, je deviens dépressif et suicidaire.» « He's so honest » s'inquiète encore Terry Zwigoff, comme pointant du doigt l'unique clé d'entrée de Crumb. Car, le film nous l'apprend, Crumb est tout ça : politiquement incorrect, misogyne et misanthrope, phobique et solitaire, incontrôlable. « Peut-être faudrait-il m'enfermer, vous pensez ? » Crumb ou l'Amérique. Crumb ou l'humanité. Plus le film avance, et plus Crumb apparaît pour ce qu'il est : un médium. Lepersonnage lui-même finit par s'effacer, tout comme son frère Charles, qui vit enfermé dans sa chambre et ses anxiolytiques, ou le cadet, Max, qui passe ses journées sur une planche à clous. Ne reste que le formidable portrait introspectif, douloureux et vrai d'un individu aux prises avec la difficulté d'être. Lui, vous, moi... Moment rare de cinéma où plus personne ne triche.
Laurent Carpentier








latinclassics au sujet de : Ayurveda
J'ai tellement adoré que je me suis inscrit pour le dire !!! A voir absolument