L'unicité de la Shoah : une question longtemps débattue par les historiens
Introduction
Lorsqu'il était ministre de l'Education nationale, Jack Lang avait fait diffuser un DVD pédagogique destiné aux écoles ainsi qu'un document qui devait servir de support pour les enseignants. Dans ce cahier, l'historien Yves Ternon revient, dans un article intitulé "Pour une approche scientifique des génocides du XXe siècle", sur la définition du génocide à travers l'Histoire et en particulier sur la Shoah. Extraits.
Article
" Le mot « génocide » est un terme de droit, mais il concerne tout le monde par définition. Les historiens, les philosophes, les différentes disciplines de sciences humaines n’ont pas tous obligatoirement la même approche du mot « génocide ». (...)
Et ainsi, on rentre dans le problème du comparatisme. Il y a donc vraiment des discussions qui doivent s’ouvrir. En s’interrogeant sur les risques d’une banalisation du concept. (...)
Les premières victimes de cette banalisation sont évidemment les victimes et les rescapés de la Shoah, qui essayent d’en défendre la spécificité. Là, on a buté pendant longtemps au niveau des historiens sur un obstacle qui paraissait véritablement une aporie : ou la Shoah est l’unique génocide et il n’y avait donc pas besoin d’inventer un nouveau mot, ou il y a eu d’autres génocides, mais alors il faut définir les événements qui sont des génocides et ceux qui n’en sont pas.
La fameuse thèse de l’unicité de la Shoah avait tout à fait sa raison d’être dans le contexte pervers des travaux historiques de l’époque, en particulier la querelle des historiens. Dans les années 80, on a vu en effet apparaître une controverse sur l’attitude d’Ernst Nolte, un historien pervers qui a défini la révolution de 1917 comme l’événement fondateur du XXe siècle et affirmé que le premier crime avait été le stalinisme, que le Goulag précédait les camps nazis et qu’Hitler était l’élève de Staline.
D’autres auteurs, plus nuancés, ont mis de leur côté en évidence les souffrances de l’Allemagne sur le front de l’Est. Selon eux, il n’y aurait ainsi aucune raison de ne parler que des victimes de la Shoah. S’est aussi ajoutée à cela une querelle sur la notion d’historicisation de la Shoah consistant à reprocher aux historiens de la Shoah de ne pas vouloir l’approcher comme un phénomène historique, en expliquant qu’elle avait un contexte, que l’Allemagne avait alors continué d’avoir une histoire.
Il y a donc une véritable complexité qui s’est installée et dont on a eu beaucoup de mal à sortir. Mais, depuis lors, les jeunes historiens allemands ont beaucoup fait avancer les choses. On a ainsi mis un terme à la querelle des historiens qui venait elle-même se brancher sur la querelle précédente entre les intentionnalistes et les fonctionnalistes. Les premiers nommés disaient que la Shoah était la conséquence première de la volonté criminelle d’Hitler formulée dès 1919, les autres que cette décision avait découlé in fine d’une sorte d’engrenage structurel et fonctionnel. Ces querelles ont contribué à enfermer la mémoire de la Shoah dans son unicité, par souci de la préserver. Elles sont aujourd’hui dépassées."


Christophe Gehlen au sujet de : Marie
1 an après, jamais eu de réponse... Je demande à nouveau ! a quand la possibilité d acheter sur Mac !!!