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Mariana Otero : "Je voulais qu'on se parle..."

Introduction

Mis en scène et écrit comme une fiction, "Histoire d'un secret" convoque les souvenirs intimes d'une famille autour de la disparition d'une mère. Et l'imprévu du réel petit à petit prend le pas sur le dispositif au fur et à mesure que les paroles se libèrent. "C’est un film sur l’intimité du deuil. Comment on l’imagine. Comment on vit un secret. Et tout le monde peut relier ces sensations à sa propre vie", confie Mariana Otero.

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Le titre du film est explicite. Pour le spectateur, il ne s’agit pas de partir seulement à la découverte d’un secret (lié à la mort de votre mère) mais de s’entendre raconter une histoire…Mariana Otero : Le secret, qui en cache un autre, je le connaissais, je l’avais soupçonné. Ce qui m’intéressait, c’était de savoir comment  le secret s’était construit. Voir comment, petit à petit, il s’était dévoilé, comment j’en étais complice, témoin… Pourquoi on en avait parlé, ou non… Ce n’est pas un film sur le secret mais sur le « comment ça marche ».

Pour démonter son mécanisme, vous ne puisez pas dans des photos anciennes, des archives de l’époque, des films de famille. Vous interrogez vos proches. On est dans l’échange, dans le présent…Je voulais qu’on se parle. Qu’est-ce qui allait se passer entre nous dans ce moment là ? L’évocation du passé fait partie du film mais lorsqu’on se parle on n’est pas dans le témoignage ; ce sont des vraies scènes… pratiquement de fiction. Le présent  (de la révélation) coexiste avec le passé (du secret).

On est dans le documentaire ou dans la fiction ?L’un nourrissait toujours l’autre. Le film s’est tourné en suivant un scénario précis, dans  les conditions du cinéma de fiction. Ma famille voyait l’installation de la caméra chez elle, la très longue préparation de la lumière, et s’installait dans ce cadre comme le ferait un acteur. Il y avait un décor, mais c’était celui de leur vie quotidienne. Et les acteurs, ce sont simplement les gens de la vie. Et dans ce cadre de cinéma de fiction, a surgi la part imprévisible. Des paroles insoupçonnables dans un scénario. Quand je révèle à ma tante la façon dont ma mère est morte, ce n’est pas prévu et cela surgi parce que la fiction nous a entraîné dans la réalité. A l’inverse, le côté documentaire du film a généré la fiction. Les paroles révélées ont poussé l’histoire dans ses retranchements romanesques.

Le film est consciemment conçu comme un suspense, une enquête…Oui, puisque le film fait une boucle. Le premier secret conduit logiquement au second puis on remonte le temps jusqu’à cette exposition de tableaux qui a eu lieu au moment où ma mère est décédée. On entre aussi dans le film par un voyage, la nuit, avec la pluie et le silence. Ça pourrait être le début d’un film classique, où s’installe un suspense et où on attend un rebondissement. Mais c’est,  d’une certaine façon, comme cela que s’est déroulée l’histoire de ma mère. Et pousser le documentaire dans ce sens, c’était une façon de quitter le terrain trop privé. Finalement, j’ai énormément épuré les anecdotes : sur la vie de ma mère ou sur celle de ma famille, le film ne dit presque rien.

Il esquisse les événements à travers les paroles…… et le reste, le spectateur l’imagine. Si l’appartement ressemble à une boite, à vous d’interpréter. Parce que je voulais que le film transforme son point de départ en expérience universelle :  c’est un film sur l’intimité du deuil. Comment on l’imagine. Comment on vit un secret. Et tout le monde peut relier ces sensations à sa propre vie.

On va dire, en voyant l’affiche, « c’est un film de femmes… »Dans les débats, les jeunes filles sont très sensibilisées parce qu’elles découvrent une réalité qu’elles ignoraient mais les hommes interviennent aussi. Certains m’ont dit « c’est une histoire de femmes… mais, enfin !, on parle de nous ! ». Parce que, eux aussi, évidemment, se sentent concernés. Le personnage du film qui, pour beaucoup, est le plus fort : c’est mon père.

Mais c’est un hommage à votre mère.Quand j’ai su comment ma mère était morte, ce qui m’a le plus choqué ça a été d’imaginer les dernières heures de sa vie. Elle est morte seule, clandestinement, culpabilisée. Imaginer ses dix derniers jours, c’est ce qui m’a vraiment poussé à faire le film. Pour faire sortir ces dix derniers jours de la clandestinité. Qu’elle meure à nouveau, peut-être, mais plus seule. Moi, je me suis dit « j’ai participé à cet oubli, à ce silence », maintenant je vais en raconter l’histoire. Pas en donnant des informations, mais en faisant ressentir aux autres ce qui a pu se passer. Pas en racontant l’histoire d’une époque, ou seulement une histoire personnelle, mais en racontant comment  on participe tous à une histoire collective : dans ce cas là, l’histoire montre que le secret, c’est aussi celui de toute une société.

Propos recueillis par Philippe Piazzo

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  • elPoto au sujet de : Le Voyage aux Pyrénées

      7/10

    Assez rigolo dans le genre loufoque mais aussi poétique et sensuel. Merci les frères Larrieu.