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Mathieu Amalric : " Paul, on a tout le temps envie de se moquer de lui..."

Introduction

Mathieu Amalric se destine d'abord à une carrière de metteur en scène quand plusieurs réalisateurs le font jouer dans leurs films. Arnaud Desplechin va jusqu'à lui confier le rôle principal de Comment je me suis disputé (ma vie sexuelle)... que l'acteur a du s"efforcer de rendre insupportable. Parce que "c'était le principe de comédie de ce Paul Dédalus', explique-t-il.

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J'ai croisé Arnaud Desplechin au festival d'Angers où je présentais un court-métrage et lui La Vie des morts. Un an après, il m'a fait faire des essais pour La Sentinelle. Ensuite, j'ai réalisé un court-métrage un peu familial dans lequel jouaient mon père, ma grand-mère et dans lequel je jouais aussi, parce que c'était plus simple. Arnaud l'a vu un peu par hasard en cassette. Ça lui a sans doute remis la puce à l'oreille. Il m'a fait faire deux séances d'essais. Mais il ne m'a demandé de jouer le rôle que dix jours avant le tournage.

Par rapport au côté écrasant du rôle, il m'avait rassuré en me disant que c'était un personnage de dos ! Il avait vu mon court-métrage qui est un peu construit de cette façon. Je suis dedans mais c'est plutôt les autres qu'on voit. Cela avait peut être provoqué un écho chez lui.

Son choix vient peut-être d'une forme de disponibilité. Il pouvait faire de moi ce qu'il voulait. Quand je me posais des problèmes d'identité par rapport au rôle, je suis tombé sur un entretien de Fellini où il disait qu'il avait choisi Marcello Mastroianni parce qu'il pouvait justement en faire ce qu'il voulait et qu'il ressemblait à tout le monde. Ce qui est ahurissant quand on y pense ! Je me raccrochais à des petites choses comme ça.

Arnaud m'avait parlé d'un plan de La Honte et il m'a montré Les Fraises sau­vages d'Ingmar Bergman. Il aimait beaucoup le jeu de Victor Sjöström et cette manière d'avoir un seul sourire, un jeu très simple.

Il me disait que Paul, c'était ce vieil homme-là. Il m'a montré aussi Le Temps de l'innocence de Martin Scorsese, pour cette façon de ne jamais pouvoir vivre un désir tout le temps incandescent. Arnaud n'a jamais parlé de psychologie mais tout le temps d'action. Il utilise énormément l'humour. Je pensais vraiment qu'on faisait une comédie.

Quand j'ai vu le film, j'ai été très surpris d'être bou­leversé à ce point. Après la première séance des rushes, Arnaud m'a dit qu'il voyait que le personnage était attachant et qu'il fallait mainte­nant se débrouiller pour le rendre insupportable. Cela fait par­tie de la comédie du personnage. On avait tout le temps envie de se moquer de lui.

Je pense à ce moment où il essaie d'ou­vrir la porte vitrée et où même son corps ne répond plus, c'est drôle et touchant. Il y a beaucoup de situations où il est un peu ridicule. C'était un moteur de travail sans qu'on n'en parle jamais. Mon plaisir de jouer était d'une certaine façon liée au plaisir de se moquer de mon personnage, de lui donner tort.

Les scènes où Paul avait raison m'intimidaient bien davantage. L'agoraphobie, c'est moins amusant à jouer. Les scènes de comédie, c'est aussi la scène avec Rabier par exemple, le singe et le sac poubelle. Au moment où je tour­nais, je pensais d'ailleurs que l'histoire avec Rabier était le coeur du film. Ce doute sur les raisons de la dispute, sur cette amitié qui se transforme, sur le temps ! Se poser la question de ce qu'on a été et de ce qu'on n'est plus, de ce qu'on est et de ce qu'on sera. Cette idée que plus on vit, moins on se reconnaît.

Ce qui me fascine dans Comment je me suis disputé..., c'est cette façon d'utiliser le genre autobiographique comme un déguisement, de changer sa vie en épopée, d'écrire un roman et de faire croire que c'est sa vie...

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  • elPoto au sujet de : Le Voyage aux Pyrénées

      7/10

    Assez rigolo dans le genre loufoque mais aussi poétique et sensuel. Merci les frères Larrieu.