Pour mon père, Edmund Alleyn... Un hommage à l'artiste et une lettre au disparu.
Introduction
La cinéaste Jennifer Alleyn explique comment, avec L'Atelier de mon père, elle a imaginé un documentaire où le geste artistique allait croiser un parcours intérieur...
Article
À mon grand étonnement, peut être parce qu'il ne prends pas ma mini-caméra au sérieux, il parle. Il répond à mes questions, s'oublie, fait de l'humour. La vérité transperce et quelque chose d'inespéré se produit. La rencontre de nos âmes. Autour de quelques questions essentielles: la mort, qu'il sent prochaine. La mort, seule ombre au tableau de sa vie. L'échange dure 20 minutes. Puis la pudeur revient et il se referme. J'éteins ma caméra. Jamais plus, après, ne réussirai-je à rouvrir cette porte. Mais l'authenticité de l'échange et la richesse de sa pensée, sont captées par mon petit appareil.
A son décès, lorsque je me suis retrouvée seule dans l'atelier, avec les traces de ses cinquante années de peinture, il n'y avait plus de doute. Un voyage m'attendait. Un voyage à la rencontre de l'artiste que fut mon père. À travers sa peinture. Sa pensée. Ses migrations.
L’atelier de mon père est devenu un voyage visuel et sonore dans les mondes du peintre Edmund Alleyn. C’est à la fois un hommage à l’artiste et une lettre au père disparu. Artiste polyvalent, avide de défis formels et esthétiques, alternant médiums et palettes dans l’espoir de fixer le temps, Edmund Alleyn a constamment renouvelé sa pratique cherchant par tous les moyens à comprendre le monde.
Le film cherche à traduire ce tempérament, oscillant entre mouvance et fixité, nostalgie et dérisoire.
L’atelier d’Edmund - resté intact - occupe les trois étages d’un petit immeuble industriel du centre-ville de Montréal. Véritable berceau de l’imaginaire, l’atelier héberge les œuvres achevées, leur histoire, leur genèse, mais aussi les œuvres rêvées ou non avenues. Tel un immense cerveau, L’atelier de mon père abrite les espérances, l’acharnement, la pensée et la mémoire de l’artiste… La plongée qui commence ici nous emporte aux confins de la création, sur un navire qui vogue entre le rêve, la vie et la mort.
D’abord de facture documentaire, L’atelier de mon père incorpore quelques éléments de mise en scène. Bâti comme un voyage, le film fait escale dans des lieux évoqués tantôt métaphoriquement par les oeuvres, tantôt directement par l’archive visuelle ou la reconstitution. Une caméra-stylo, tenue par la cinéaste comme un journal de bord, nous fait partager son point de vue. Au-delà de la mort, un dialogue est-il encore possible?
Filmées dans l’urgence, deux étudiantes - les inventorieuses - entament le catalogage des œuvres sur papier, trouvées par centaines dans les tiroirs et recoins de la caverne. Le film scrute l’endroit, remonte le temps et nous présente les différentes périodes stylistiques de l’artiste.
Métaphore d’un voyage à rebours de la vie, notre croisière fait escale dans les lieux, les villes qui ont jalonné sa route. Le Québec des années 1950, le Paris des années 1960, le Montréal de la révolution tranquille… Ainsi, avec l’atelier comme port d’attache, le voyage s’avère aussi poétique que biographique.
Jennifer Alleyn










elPoto au sujet de : Le Voyage aux Pyrénées
Assez rigolo dans le genre loufoque mais aussi poétique et sensuel. Merci les frères Larrieu.