Radu Jude : "Dans mon film, le vainqueur n’est pas celui qui a plus raison que l’autre, mais celui qui a le plus de pouvoir."
Introduction
Le jeune réalisateur roumain cite Kieslowski, s'attachant à décrire dans un film un aspect de l'existence : dans La Fille la plus heureuse du monde, les comportements ont ainsi "beaucoup à voir avec la société de consommation".
Article
Comment avez-vous trouvé votre jeune actrice ?
Radu Jude : J’ai découvert Andreea Bosneag d’une façon assez classique : six mois avant le tournage j’ai décidé, avec ma productrice Ada Solomon, de travailler avec une actrice non professionnelle. Alors je me suis mis à la recherche d’une jeune femme, par l’intermédiaire des agences de casting et puis dans les universités. En tout, j’ai probablement vu 1000 jeunes femmes et petit à petit j’ai décidé de travailler avec Andreea. Je suis très fier de cette décision, je pense qu’elle a beaucoup de talent et j’espère qu’elle sera admise à l’Université d’Art Dramatique parce qu’elle en a envie et qu’elle le mérite.
Votre film est-il une critique de la société de consommation ?
Oui et non. En tout cas, pas d’une société très rigide… Je pense que cette histoire, bien qu’elle soit simple, touche des aspects plus profonds de notre société, de notre culture et de notre façon d’exister dans le monde d’aujourd’hui. Je crois que Kieslowski disait que le propre d’un film est d’offrir au spectateur une description de l’existence ou du moins la description d’un aspect de l’existence. J’ai juste souhaité décrire un certain type de comportement et oui, ce comportement a beaucoup à voir avec la société de consommation. Mais cette obsession de consommer n’a pas été amenée sur la Terre par des Aliens, elle est enracinée dans notre façon de voir la vie, dans notre façon de vivre, dans notre stupidité de base, dans nos peurs, dans notre cupidité. Elle n’existe pas parce que nous ne sommes matérialistes - et Alain Watts avait raison - les gens qui aiment et respectent ce qu’on nomme les aspects matériels de l’existence ne sont pas des consommateurs. Ce sont des gens qui savent apprécier de voir tomber la pluie, de manger un fruit, ce sont les gens qui savent vivre simplement, dans le présent, en profitant de la vie tout autour d’eux. Alors les vrais matérialistes ne sont pas parmi nous. On peut les trouver, peut-être, dans les monastères Zen.
Qu’a changé l’arrivée brutale du libéralisme dans une économie fragile comme celle de la Roumanie ?
La vie des gens est affectée par une multitude de choses et principalement par les conditions sociales et politiques. Alors bien sûr, partout dans le monde, il y a des gens qui sont égoïstes et cupides mais dans les économies difficiles comme en Roumanie, les pires aspects de l’être humain se dévoilent plus facilement que dans des pays où le système économique et politique est en meilleure santé. C’est clair. D’un autre côté, je ne m’élève pas contre le capitalisme parce que je n’ai rien à lui opposer : la Roumanie a vécu sous un régime communiste et on a bien vu que ça n’a pas fonctionné et je pense que ça ne pouvait pas marcher. Je ne vois pas d’autre solution sinon d’éduquer nos enfants, de nous éduquer nous-mêmes à être moins égoïstes et plus enclins à aider les autres. Personnellement, je n’y arrive pas vraiment mais je suis tellement impressionné par des personnalités comme Mère Thérésa ou le Dalaï Lama que je me dis parfois que c’est la seule issue possible pour l’Humanité.
Etait-il important que la famille Fratila vienne de la province ?
Oui, c’était même essentiel. Il existe une tension entre le centre et la périphérie que nous voulions montrer. Beaucoup de gens de province souhaitent bouger vers les plus grandes villes et beaucoup d’habitants des grandes villes désirent s’installer à la campagne mais ils ne peuvent pas. C’est un autre aspect de la vie en Roumanie.
Quel regard portez-vous sur les parents de Délia ?
Je ne voulais pas porter de jugement sur mes personnages. Avec Augustina Stanicu, ma co-scénariste, nous voulions aboutir à une situation dramatique équilibrée. Il n’y a pas de « méchants » dans mon film, je pense que chacun a raison et veut bien faire. Mais comme souvent dans la vraie vie, chacun a une idée différente de ce qui est bon. C’est un problème de communication, chacun de nous donne aux mots, aux concepts et à toute chose d’ailleurs, sa propre signification. C’est une tragédie mais nous y sommes tellement habitués que nous n’y prêtons même plus attention. Dans mon film, le vainqueur n’est pas celui qui a plus raison que l’autre, mais celui qui a le plus de pouvoir…
Votre film passe de la comédie parfois burlesque au drame social sous- jacent… Peut-on néanmoins dire que « La fille la plus heureuse du monde » est une comédie ?
Je ne sais pas et honnêtement, je m’en fiche. En toute modestie, je pense que c’est un film « transcendantal » selon la définition que Wittgenstein donne à ce terme, quelque chose qui ne peut être dit, mais qui peut être montré, rien de plus.
Votre film est-il aussi une réflexion sur le cinéma ?
Je pense que oui. Le film montre comment certains peuvent user d’un langage pour blesser les autres, pour se mentir les uns aux autres (certains anthropologistes considèrent que le langage a été inventé par l’homme primitif pour pouvoir mentir). Lorsqu’on fait un film, on essaye d’utiliser un langage cinématographique afin de passer un message sincère. Mais le langage cinématographique comme le langage verbal, peut aussi être utilisé pour mentir. C’est ce qui m’a semblé intéressant d’explorer et de montrer dans mon film.










elPoto au sujet de : 4 mois, 3 semaines et 2 jours
Oui, c est fort, et fort bien filmé, mais c est tellement sombre qu au final on ne voit pas bien l intérêt.