Takeshi Kitano : "Ça y est, Kitano est foutu !"
Introduction
"Ce qui m'intéressait ici, c'était un comique "entre nous". Un comique du genre "salle de classe " où tout le monde se comprend à demi-mot, où l'on pouffe de rire en même temps en regardant le plancher, même si ce n'est pas drôle", raconte le réalisateur qui n'a peur de rien, ni de la critique, ni de casser son image de marque en revenant dans Glory to the Filmmaker aux sources de son art : le comique de scène.
Article
Second volet d'une trilogie entamée avec Takeshis', vous semblez vous être bien amusé à tourner Glory to the Filmmaker.
Takeshi Kitano : Il y a un certain temps de cela, j’ai été frustré par le fait que le cinéma n’ait pas connu une évolution radicale et des changements, malgré ses presque 100 ans d’histoire. Nous n’avons pas d’équivalent au Cubisme et au Fauvisme, ou aux évolutions radicales dans l’histoire de la peinture. Ce film est ma participation à du “Cubisme cinématographique”, où je joue et mélange différents genres de cinéma en un seul film. Etant à la base un comique de scène, je ne peux m’empêcher de prendre du plaisir à ajouter à ce processus de nombreux éléments de comédie. J’ai voulu explorer ce qui pouvait être montré au cinéma, mais en le faisant avec un certain amusement. J’ai le sentiment que ma quête va se poursuivre encore pour quelques temps.
Qu'est-ce que cela veut dire : "faire un film comique" ?
Quand on veut faire un film comique, il faut écrire l'histoire très minutieusement. C’est tout un art. Mais comme j'ai déjà beaucoup donné, je fais une pause. Dans le genre comédie, on a les exemples d'Hollywood et c'est dur de faire mieux. Ils sont calibrés pour faire rire tous les publics. Moi, ce qui m'intéressait, c'était un comique "entre nous". Un comique du genre "salle de classe " où tout le monde se comprend à demi-mot, où l'on pouffe de rire en même temps en regardant le plancher, même si ce n'est pas drôle. Ça ne me gênerait pas qu'il y ait plein de rires dans une salle de cinéma et pas du tout dans une autre.
Il y a deux Kitano dans le film, vous et une poupée gonflable...
C'est un "pantin expiatoire" ou un "exorcisme". Comme ces effigies en papier que l'on fabrique dans les sanctuaires shinto et que l'on brûle pour détourner les mauvais sorts. Mais, en même temps, il n'est pas très ressemblant, que ce soit pour le visage ou pour l'ensemble. En tout cas, c'est aussi le symbole de ce film. Ne serait-ce pas un bouc émissaire ? A bien regarder, certains diront qu'il me ressemble. D'autres diront le contraire. Moi, je le trouve plutôt bien. Je lui ai fait passer de très mauvais quarts d'heure. Il a été tapé, frappé, étranglé. Chaque fois, que je me trouvais bloqué, dans une impasse, je le faisais jouer à ma place.
Pourquoi ce titre ?
A l'origine, le film devait s'appeler Opus 19/31. On m'a dit qu'on ne comprendrait rien à ce titre. Voilà pourquoi c'est devenu Kantoku Banzai («Gloire au Réalisateur ») J'aimais ce titre originel parce qu'il était composé de deux chiffres premiers. Mais c'est vrai que ça faisait partir sur les maths. Et puis, ça rappelait le film de Fellini [Huit et demi ; NdT] et on pouvait s'attendre à un film compliqué sinon sophistiqué. Alors que ce film est loin d'être comme ça. On ne sait pas très bien sur quel pied danser. Doit-on rire ou être accablé, doit-on se casser la tête ou se laisser porter ? Les premiers spectateurs étaient persuadés qu'il ne fallait pas rire et ils ont regardé le film très sérieusement. C'est quand on leur a dit que c'était fait pour rire qu’ils ont enfin ri.
Qu'est-ce qu'on va dire ? C'est un retour aux sources pour vous qui avez commencez comme comique ?
Ça y est, Kitano a recommencé ! C'est bon, ça suffit, il est foutu. Mais il y a d'autres voix pour dire qu’en y réfléchissant bien, c'est un film profond, qui nous apprend beaucoup.










elPoto au sujet de : 4 mois, 3 semaines et 2 jours
Oui, c est fort, et fort bien filmé, mais c est tellement sombre qu au final on ne voit pas bien l intérêt.