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Wim Wenders, cinéaste de la subjectivité

Introduction

Avant d'être consacré pour Paris, Texas (Palme d'or 1984) et Les Ailes du désir, Wim Wenders n'était connu, à ses débuts, que d'un très petit cercle de cinéphiles. Son premier film à circuler vraiment en France, Faux mouvement, le fut grâce à une expérience de cinéma itinérant, le "Ciné-Mobil". Désormais, aux côtés de Herzog (Aguirre) et de Fassbinder (Les Larmes amères de Petra von Kant), le nom d'un autre cinéaste devenait synonyme de renaissance d'une cinématographie. On commença à étudier son style, comme dans cet article signé Henry Welsh et paru dans la revue "Jeune Cinéma" en 1976...

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Les films de Wenders sont construits autour d'un personnage qui vit un certain rapport au monde : par le sport comme dans L'Angoisse du gardien de but au moment du penalty, par un travail sur l'écriture comme dans Faux mouvement.

C'est dire que le film s'inscrit perpétuellement dans une sorte de dialogue intense entre le personnage et ce qui l'environne. Il est le centre réel de toute l'intrigue : les choses et les personnes (de la même façon) gravitent autour de lui. Dans L'Angoisse... nous voyons le gardien d'une équipe de football quitter le terrain en plein match, aller au cinéma, passer la nuit chez la caissière et... l'assassiner.

La suite sera une fuite qui n'en est pas une : l'acte gratuit ne rend pas maître du monde et l'angoisse demeure ; la violence qui, de façon presque insoutenable, anime le film est latente, donc plus terrifiante : elle est dans un regard, dans des bagarres, dans cette atmosphère étouffante d'une ville frontalière où un gosse s'est noyé.

Peu à peu le film se referme sur celui qu'on ne peut plus appeler le héros ; ce dernier assiste en spectateur à un match de foot et cela semble marquer à la fois une évolution du personnage et le retour à un point de départ : très progressivement, le gardien de but devient en quelque sorte son propre spectateur, c'est peu et c'est beaucoup ; comme si le « poids » d'un individu rendait extrêmement difficile son changement.

Ce changement, le voyage entrepris par le héros de Faux mouvement (qui fait référence à Wilhelm Meister) ne peut pas plus le provoquer, et les théories politiques les plus justes ne sont d'aucune utilité si elles n'entrent pas dans le projet « poétique » d'un écrivain. Aucun discours, aucune parole ne peut, si elle ne tient compte d'une certaine intimité, atteindre vraiment celui ou celle à qui elle s'adresse.

Tout le voyage des personnages est une interrogation sur ce thème ; avec pour l'écrivain la recherche impossible de communiquer, d'écrire. Les rencontres n'apportent pas plus que les objets, que les paysages, que les décors. Dans la construction du film, chaque phrase, chaque ponctuation, a une importance ; le tout rythmé d'événements exceptionnels ou tragiques comme le suicide du châtelain. Le rapport entre l'écrivain et son histoire donne l'impression que la question toujours en suspens, est celle de la subjectivité : où se situer par rapport aux choses, par rapport aux gens ? Tel est le point de l'interrogation de ce film.

Wim Wenders « tisse » ses films avec une rigueur et une précision extraordinaires. Les plus petits détails, les mots les plus rapides, les gestes les plus furtifs, travaillent à l'élaboration du film. C'est peu à peu que le déplacement, la progression des personnages et de leurs problèmes débouchent sur un constat d'échec ou d'impossibilité.

Que reste-t-il alors ? Justement ce cheminement, au hasard des choses, des événements, des rencontres, qui ne parvient pas à briser la clôture enfermant les individus dans leur monde étroit et mesquin et rend impraticable la communication entre deux individus. Le climat terriblement pessimiste qui règne dans ces films, on peut même dire la grisaille ambiante et l'absence de clarté, est, me semble-t-il, la traduction impitoyable de la stagnation politique de l'Allemagne de l'Ouest ; c'est bien cette absence d'espoir, de changement, qui se répercute au niveau des individus mêmes...

Alors il faut recommencer, partir de l'amélioration des rapports entre individus ; cette voie nouvelle, c'est celle que propose le film suivant de Wenders, Alice dans les villes..."

Henry Welsh, Jeune Cinéma, n°94- Avril 1976

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  • elPoto au sujet de : Le Voyage aux Pyrénées

      7/10

    Assez rigolo dans le genre loufoque mais aussi poétique et sensuel. Merci les frères Larrieu.