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Wim Wenders : " Le film lui-même fut un sujet de vie et de mort. "

Introduction

Le cinéaste raconte dans deux textes comment est né et comment s'est transformé le projet d'un film en commun avec Nicholas Ray, le réalisateur de "La Fureur de vivre" , des "Amants de la nuit" et de "Johnny Guitare", dont la mort annoncée a fait infléchir le sens des images...

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5 mai 1980 :

« Un film sur un homme qui veut se retrouver avant de mourir... »

(...) (Lorsque je l'ai rencontré en 1976,) Nick avait des projets pour un autre film. Je lus certains de ses scripts et il me parla de certains de ses projets. L'un d'entre eux était de finalement terminer son dernier film, We can't go Home again. Mais rien ne marcha en 1977 et 1978.

En 78 et début 79, Nick subit trois interventions chirurgicales. Cancer des poumons, puis du cerveau. J'allai le voir plusieurs fois à l'hôpital. C'était pour moi un miracle de voir comment il survivait à la tension physique et mentale à laquelle il était exposé. Il était toujours aussi brillant et courageux. Mais il était évident qu'il n'avait plus la force de faire un autre film.

Au cours d'une conversation téléphonique, l'idée fut lancée de faire un film ensemble. Nous avons travaillé tous deux sur des idées différentes. Nous avons commencé à partir de rien, sans script et presque sans argent. Un jour, nous avons accompagné Nick au collège de Vassar, dans le Nord de l'Etat de New York, où il devait faire une conférence. Ce que nous avons tourné était purement documentaire. Seulement, le jour suivant, nous avons décidé de reprendre notre propre situation comme une fiction et de commencer notre film là où elle avait commencé : décidant tous les deux de faire un film ensemble, avec et sur l'un et l'autre. Nous sommes retournés à Vassar et y avons filmé non pas la conférence, mais ce qui s'était passé autour de cet événement, la première fois.

C'est ainsi que ça a commencé. C'est devenu un film sur la réalisation d'un film, à mi-chemin entre tous les genres et, à cause de la disparition rapide des forces de Nick, un film sur « un homme qui veut se retrouver avant de mourir, retrouver son respect de lui-même », comme Nick le dit dans le film, et un film sur un autre homme, moi, qui devient de plus en plus confus et effrayé par son rôle, sentant que l'autre désire et a besoin que le film l'aide à mourir ou même : le tue.

Ce ne fut bientôt plus un film sur un sujet. Le film lui-même fut un sujet de vie et de mort. C'est pour cela que je ne peux ou ne veux rien dire à son sujet. J'étais et je suis trop concerné.

Peter Przygodda, qui fut le monteur de tous mes précédents films, monta Lightning over Water plus ou moins seul. Laissé à lui-même par ses metteurs en scène (l'un mourut et l'autre prit la poudre d'escampette), il choisit de le monter sans rien ajouter au matériel qu'il trouva, pas de narration ou de commentaires. Il laissa les images dire leur propre vérité, courageusement. Chaque film doit s'expliquer par lui-même, mais celui-ci le fait peut-être plus que d'autres. 
 
 

18 septembre 1980 :

« Pour me permettre de l'arrêter, de l'ancrer, puis de débarquer... »

Lightning    over    Water    (Nick's Movie) a été projeté en public pour la première fois en mai 1980 dans une version qui durait deux heures. La copie était sortie du laboratoire juste à temps pour le Festival, où je vis le film pour la première fois, avec le public. Je fus choqué. Je ne le reconnus pas. Je connaissais chacune des images mais il me sembla qu'elles introduisaient et reflétaient toutes une image différente de quelque endroit qu'on les regardât. Un navire dérivant sans but, que j'avais abandonné trop tôt et en eaux troubles. Une chose était sûre : ce film n'était pas fini, donc ne reposait pas en paix, donc ne me laisserait jamais reposer en paix ou tout au moins ne me laisserait jamais tranquille, si je le maintenais dans l'état où il était. Mais il n'y avait personne à blâmer, sauf moi-même.

Le montage avait déjà pris environ un an. Je l'avais confié la plupart du temps à mon monteur de toujours Peter Przygodda. Et, tout spécialement dans sa dernière phase, je n'avais pu y assister à cause de la préparation et du tournage de Hammett. Peter avait examiné le matériel longtemps et très soigneusement, l'avait vu comme une manifestation de quelque chose qui s'était déroulé sur une période de trois mois et avait pensé que sa tâche consistait à approcher aussi près que possible de la vérité de ces événements. Il avait monté le film en tant que et comme un documentaire, avec l'attitude de quelqu'un se sentant obligé et responsable envers la « vérité » derrière les images.

Ce fut aussi au cours de cette première projection publique que je réalisai qu'en découvrant la vérité sur le film et sa réalisation, une autre chose avait été presque perdue, recouverte : l'histoire à laquelle Nick et moi avions  été mêlés  et la  fiction dans laquelle nous avions continuellement essayé de transposer notre réalité. Nous n'avions pas tourné le film en tant que et comme un documentaire. Le film avait été guidé par notre réalité, bien sûr ; mais nous avions fourni un effort constant pour en faire de la fiction ou, tout au moins, le rendre concevable en tant que fiction.

Et puis cette fiction, cette histoire sur la mort et l'amitié entre un vieux et un jeune réalisateur de films, continuait à donner des coups de pied, poussait, se retournait au sein du film de la mort et de ces deux hommes.

Je louai donc une autre salle de montage, m'y enfermai avec tout ce que nous avions tourné, affrontai Nick et moi-même pendant trois autres mois et en ressortis avec un film considérablement différent du précédent. Il me parut être aussi proche qu'il me serait jamais possible de le faire du film que Nick et moi avions tourné, ainsi que de la réalité qui nous avait poussés en avant, libérés et en même temps si rudement limités.

Je savais que ce film pouvait continuer à jamais. C'était ma chance de l'arrêter, de l'ancrer, et de débarquer.

Voilà.

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  • latinclassics au sujet de : Ayurveda

      10/10

    J'ai tellement adoré que je me suis inscrit pour le dire !!! A voir absolument