T comme... Bertrand Tavernier
Présentation
Inlassable cinéphile, cinéaste engagé (mais sur tous les fronts, esthétiques comme politiques), Bertrand Tavernier, né en 1941, à Lyon, est devenu l'un des cinéastes français les plus foisonnants, à l'image de son tempérament curieux et généreux...
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Des Tavernier, il y en a eu plusieurs, successivement, dont les différentes activités, toutes centrées sur un amour du cinéma porté à son plus haut degré, se sont fondues en un seul personnage. Ainsi, entre 1960 et 1972, il y a d'abord eu le "vrai cinglé de cinéma", fondateur, avec quelques complices de son calibre, d'un ciné-club pour fanatiques, le Nickelodéon. Il y eut ensuite le critique qui collabora à toutes les revues spécialisées sans exclusive. Il y eut, presque par accident, le réalisateur de courts métrages (deux), tentative sans lendemain. Il y eut, plus longuement, l'attaché de presse, à un moment où la profession n'existait pas encore vraiment, et qui, avec son ami Pierre Rissient, assura avec enthousiasme la sortie de maints films américains. Il y eut l'historien érudit, auteur en 1970 de 30 ans de cinéma américain, ouvrage de références que viendra compléter 50 ans de cinéma américain, puis en 2008 Amis américains.
Et puis il y eut, en 1974, le réalisateur de longs métrages, activité qui rassembla en une seule toutes les casquettes jusque-là portées : le fanatisme, l'érudition, et la capacité d'assurer la promotion des films, en l'occurrence les siens. Un cinéaste était né, qui allait rapidement intégrer le petit groupe des réalisateurs français de premier plan, ceux qui parviennent à allier accueil critique (même si certains persistent à persifler) et succès public.
L'Horloger de Saint-Paul, son premier titre, est un modèle d'adaptation (signée Jean Aurenche & Pierre Bost) de Simenon, roman américain transféré à Lyon avec une finesse et une attention remarquables. Tavernier y réunissait Philippe Noiret et Jean Rochefort, tandem de choix qu'il reforma immédiatement pour Que la fête commence (1975), recréation ambitieuse du XVIIIe siècle, foisonnante et emportée, qui lui valut le César du meilleur réalisateur.
L'année suivante, Le Juge et l'Assassin, reconstitution précise d'une affaire criminelle dans l'Ardèche du XIXe siècle, prouva qu'il pouvait passer, avec la même aisance, d'un genre et d'une période historique à l'autre. Cette facilité d'imprégnation et de restitution d'une époque, Tavernier la cultivera constamment, refusant de se fixer dans une catégorie – comme Alain Corneau, son contemporain, confiné dans le polar et le film d'action, avant de pouvoir tourner Nocturne indien -, alternant intimisme (Des enfants gâtés, 1977) et science-fiction (La Mort en direct, 1980), drame psychologique sur fond de chronique sociale (Une semaine de vacances, 1980) et reconstitution rigolarde, en forme de jeu de massacre, d'un village africain et de ses coloniaux dans les années 30 (Coup de torchon, 1981).
À chaque fois, le succès public vient confirmer les diverses récompenses obtenues (prix Louis Delluc, prix Méliès, César). Ce qui n'empêche pas le cinéaste, histoire de ne pas rester enfermé dans la fiction, de franchir en 1983 l'Atlantique pour aller tourner, dans le Sud des États-Unis et en compagnie du réalisateur Robert Parrish, Pays d'octobre, journal savoureux d'une exploration du pays de naissance du blues, le Mississipi.
Ce retour au documentaire, façon de se retremper plus fortement dans un réel qu'il n'oublie jamais dans ses fictions, Tavernier le pratiquera régulièrement : Mississipi Blues succède à Philippe Soupault et le surréalisme (1982) et sera suivi de Lyon, le regard intérieur (1989), ode chaleureuse à sa ville natale, de La Guerre sans nom (1992), recueil de témoignages déchirants d'anciens appelés en Algérie, puis d'un documentaire télévisé, De l'autre côté du périph', filmé en 1997 pour répondre aux accusations d'un ministre qui l'accusait de ne pas être concerné par le problème des banlieues, avant qu'il ne porte le fer sur un des scandales des prisons françaises, en réalisant Histoires de vies brisées : les "doubles peines" de Lyon (2001).
Son désir d'alternance continuera de s'exercer : après Un dimanche à la campagne (1984), adaptation exemplaire d'un roman de Pierre Bost, évocation de la Belle Époque qui donne à Sabine Azema un de ses plus beaux rôles, il tourne Autour de minuit, amitié, dans le Paris des années 50, entre un jazzman à bout de course (le saxophoniste Dexter Gordon) et un jeune amateur – un des rares films français sur le jazz qui résonne de façon authentique. Lequel précède La Passion Béatrice (1987), drame de famille sanglant au cœur d'un Moyen Âge qui ne doit rien à l'imagerie habituelle, échec public immérité dont la beauté et la puissance n'apparaîtront que plus tard. Suivront une série de succès, de la recréation réussie d'un épisode inconnu, l'identification des cadavres découverts plusieurs années après la Grande Guerre, un des quelques "rôles de sa vie" pour Philippe Noiret (La Vie et rien d'autre, 1989) à L 627 (1992), première incursion dans le polar, film de commissariat, exalté et pessimiste, tourné caméra à l'épaule, en passant par l'élégie filiale de Daddy nostalgie (1990), relation déchirante entre Jane Birkin et son "père" Dirk Bogarde, celui-ci dans son ultime apparition.
À l'image de ses modèles hollywoodiens, Tavernier, tout en gardant la maîtrise de ses thèmes, s'attache à filmer de la façon la mieux adaptée à son sujet : galopades échevelées de La Fille de d'Artagnan (1994), réalisme peu soutenable du fait divers crapuleux de L'Appât (1995, Ours d'or à Berlin), dénonciation de l'héroïsme guerrier de Capitaine Conan (1996) où il retrouve la manière d'Allan Dwan ou de William Wellman. Si l'on demeure moins convaincu par Ça commence aujourd'hui (1999), tableau un peu démonstratif des conditions difficiles des enseignants du primaire, sa reconstruction dans Laissez-passer (2002) des milieux du cinéma français sous l'Occupation (qu'il connaît aussi précisément que le cinéma américain) est irréprochable, et Jacques Gamblin y incarne le cinéaste Jean Devaivre de façon mémorable.
En revanche, Holy Lola (2004) peine à faire décoller un sujet contemporain délicat, celui de l'adoption d'orphelins du Tiers-Monde, comme s'il n'avait pas su trouver sa respiration en pays lointain. Pourtant, cinq ans plus tard, il réalise en Louisiane un de ses plus beaux titres, avec l'adaptation du roman de James Lee Burke, Dans la brume électrique, remarquable polar à multiples fonds digne de ses "amis américains", sommet d'une carrière toujours en devenir, comme la récente Princesse de Montpensier (2010) l'a montré.
Lucien Logette
Ses films à voir sur UniversCiné
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Laissez-passer
A Paris, sous l'Occupation, deux hommes voient leurs destins se croiser. D'un côté, Jean Devaivre, encore assistant-metteur en scène, camoufle ses activités de résistant en travaillant pour la Continental, la firme allemande qui dirigeait tout le cinéma français de l'époque. De l'autre, Jean Aurenche, scénariste-poète, refuse de travailler pour les Nazis et s'engage par la plume...- 7/10
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La Fille de d'Artagnan
Eloïse, digne fille de d'Artagnan, est témoin du meurtre de la mère supérieure du couvent auquel son illustre père l'a confiée jadis. Celle-ci était coupable d'avoir voulu protéger un malheureux esclave évadé des griffes de l'odieux duc de Crassac et de son âme damnée, la femme en rouge.- 6/10
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L.627
A la brigade des stups, un flic croit encore en son métier : Lulu, 35 ans, s'enflamme, s'engage et, contrairement à bon nombre de ses collègues, ne veut rien lâcher... Un grand Tavernier, suspense qui s'appuie sur la vérité des enquêteurs sur le terrain pour devenir un brûlot social passionnant.- 8/10
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Coup de torchon
Sa femme le trompe, les proxénètes le moquent, son chef l'humilie... Lucien, policier veule et lâche, sort brusquement de sa torpeur : il est temps de faire le ménage ! Une adaptation tonitruante de l'américaine série noire de Jim Thompson (1275 âmes) dans l'Afrique coloniale française. Un chef-d'oeuvre de Tavernier à l'arrière-goût célinien, porté par un casting exceptionnel.- 10/10
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Le Juge et l'Assassin
D'après un fait divers du XIXe siècle, la relation ambigüe entre un juge "respectable" et un "illuminé de Dieu" qui parcourt les montagnes en tuant. Course poursuite puis face à face troublant : nul n'est vraiment innocent ni complètement coupable. Un grand Tavernier, où les portraits humains ont aussi une force politique puissante. Et pour Galabru, étonnant, un César 1976 du meilleur acteur.- 8/10
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Que la fête commence
1719 en Bretagne. La révolte éclate, contre la pression du pouvoir et la famine qui sévit, sous la direction d'un nobliau impatient, le marquis de Pontcallec. Avant de passer à l'action, le marquis se rend à Paris afin d'avoir un entretien avec le Régent, Philippe d'Orléans. Celui-ci est un chef d'État libéral et travailleur. Du moins le jour, car, dès la nuit tombée, il court aux fêtes galantes.- 9/10
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Christophe Gehlen au sujet de : Marie
1 an après, jamais eu de réponse... Je demande à nouveau ! a quand la possibilité d acheter sur Mac !!!