G comme... Jean-Luc Godard
Présentation
Son nom a surpassé en popularité son oeuvre même. Tout le monde connaît Godard, peu connaissent vraiment son oeuvre qui, des années soixante au sein de la "Nouvelle Vague", jusqu'au dernier, Film Socialisme, présenté au Festival de Cannes 2010, est l'une des plus riches et des plus complexes du 7e art.
Plus d'informations
Né en 1930, de nationalité suisse, Jean-Luc Godard est d'abord lié au groupe des Cahiers du cinéma où il rédige des critiques et rencontre d'autres jeunes aspirants cinéastes qui y officient : Truffaut, Rivette, Chabrol...
Après quelques courts-métrages, c'est avec A bout de souffle qu'il connait, immédiatement, une renommée internationale, liée à l'aspect novateur et surprenant de sa mise en scène, pleine de ruptures, d'ellipses, et d'apartés au sein d'un récit banal de série noire, et liée à la présence incendiaire de ses deux acteurs, Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg, déjà connus, mais redécouverts, avec l'impression de les voir à la fois totalement naturels et pourtant mythiques à travers leurs gestes et leurs regards. Cette dimension mélangée de naturalisme et de fulgurances poétiques marque la première période du cinéaste qui est portée, entre autres, par un plaisir filmer des visages qu'il aime, notamment les femmes : d'abord Anna Karina, qui apparait comme une muse avec laquelle Godard perpétue les couples réalisateur/actrice qui ont construit la légende du cinéma, puis Marina Vlady, Brigitte Bardot, Anne Wiazemski...
Ce sont alors les titres les plus fédérateurs de sa carrière, où drame, comédie, suspense sont revisités dans un kaleidoscope de citations et de croisements avec l'air du temps (de plus en plus politique) : Vivre sa vie, Made in U.S.A., Alphaville,Le Mépris, Masculin/Féminin, Deux ou trois choses que je sais d'elle, La Chinoise...
Le tournant de mai 68 conduit Godard à une attitude de rupture radicale avec le milieu cinématographique traditionnel. Après Tout va bien (1971, coréalisé avec Jean-Pierre Gorin) distribué par Gaumont et interprété par Jane Fonda et Yves Montand, qui sonne comme une provocation autodestructrice, son propos devient clairement didactique, ses films s'autoproclament "ciné-tracts" et il explore de nouveaux formats (la video) en effaçant son propre nom pour mieux rejoindre des collectifs de réalisation (Dziga Vertov) et travaille en région, notamment à Grenoble, pour échapper aux réflexes de son milieu.
Durant la décennie 1970/1980, Godard reste un point crucial de références pour les amoureux du cinéma, suscitant des débats passionnés et contradictoires, mais ses films demeurent quasiment invisibles et lorsqu'ils sont diffusés sur un réseau aussi large que celui de la télévision (comme pour son "feuilleton" France, Tour/Détour-Voyage de deux enfants diffusé sur la deuxième chaine) ils ne touchent guère le public.
C'est en 1980, avec Sauve qui peut (la vie) que Godard fait un retour en force. La présence de trois acteurs en vogue (Baye-Dutronc-Huppert), le soutien de la critique et la puissance d'évocation du nom du cinéaste ont provoqué un fort désir de redécouvrir l'univers du cinéaste. Suit une période très riche où, produit et distribué par les nouvelles puissance en place (Marin Karmitz-Alain Sarde-le circuit Parafrance-Canal +...), redonnant aux acteurs renommés une place prépondérante (Piccoli, Depardieu, Delon, Brasseur... jusqu'à Johnny Halliday), Godard tourne beaucoup, alternant courts, moyens et longs métrages et prolonge de façon toujours plus personnelle une oeuvre qui est si singulière qu'elle en est difficile à suivre.
Godard reste cependant toujours très ancré dans des thèmes immédiatement contemporains. La politique (les conflits au Moyen Orient, guerre en Serbie) est, chez lui, un terrain d'expérimentation du langage où les images et les sons se répondent, se croisent et cherchent à produire un sens inattendu ou contradictoire. Ses derniers travaux (Histoire(s) du cinéma ou Film Socialisme) retrouvent la notion de "laboratoire expérimental" qui animait Godard à la mi-temps de sa carrière, lorsqu'il signait Numéro deux (1975, coréalisé avec Anne-Marie Miéville).
De tous les cinéastes issus de la "Nouvelle Vague", il est celui qui a poussé la logique de rupture à son terme, tout au long de son oeuvre, sans jamais revenir aux anciens schémas. Ses interviews sont des mines d'idées et de pistes provocantes, qui paraissent parfois plus limpides que ses films. D'où un décalage encore très perceptible entre les fans absolus de son travail, prêts à tous les dérapages poétiques, politiques et idéologiques et ceux qui se demandent encore où mènent ses images. Pour se frayer un chemin dans l'oeuvre, aborder le cinéaste par la biographie (non autorisée) que lui a consacrée Antoine de Baecque, parue en 2010, est la meilleure des solutions.
Philippe Piazzo
Â
Ses films à voir sur UniversCiné
-
Film socialisme
Alors qu'une foule en vacances longe les côtes méditerranéennes à bord du Costa Concordia (4 ans avant son naufrage), deux enfants réinventent la politique en forçant leurs parents au débat. Qu'est devenu le berceau de la démocratie ? Godard filme la légendaire méditerranée et livre pour bilan une "symphonie en trois mouvements" dont les invités sont Bernard Maris, Elias Sanbar ou Alain Badiou.- 8/10
Voir le film3.99€ -
Hélas pour moi
Abraham Klimt, un détective, enquête sur la disparition de Simon Donnadieu, l'époux de Rachel. Une nuit, celle-ci reçoit pourtant la visite de Simon - ou, du moins de son apparence, car le dieu a pris le corps de son époux pour mieux la séduire. Rachel entend rester fidèle. Le dieu repart, laissant le véritable Simon à sa place. Abraham Klimt s'en retourne, n'ayant rien compris.- 6/10
Voir le film3.99€ -
Détective
Dans un hôtel parisien, deux détectives enquêtent sur la mort d'un mystérieux personnage. Dans le même temps, Jim Fox Warner, un entraîneur de boxe, espère la victoire de son poulain pour rembourser la mafia...- 6/10
Voir le film3.99€ -
Made in U.S.A.
La journaliste Paula Nelson doit retrouver son fiancé à Atlantic Cité. A son arrivée, elle découvre qu'il est mort et mène l'enquête. D'après Richard Stark (alias D.E. Westlake), un film "po" (comme l'indiquait l'affiche à l'époque) : policier, politique, poétique. Le dernier Godard avec Anna Karina, transformée en Bogart frenchy.- 7/10
Voir le film3.99€ -
Deux ou trois choses que je sais d'elle
Né d'un fait divers, « Deux ou trois choses que je sais d'elle » relate les trajectoires parallèles d'une jeune femme et de la société capitaliste. Parmi deux ou trois choses en commun, la même soumission aux lois de la prostitution. Un Godard pré-68 "sociologique" explosé par la poésie du cinéma.- 7/10
Voir le film3.99€ -
Pierrot le Fou
Ferdinand prend la route avec Marianne, une étudiante qu'il a aimée autrefois. Mais le voyage en amoureux tourne vite à la course-poursuite. Une bande de gangsters à laquelle Marianne semble être mêlée les traque en permanence... Avec un polar comme scénario, Godard semble réinventer le cinéma. Poème bleu et rouge où la mer redevient mythique et les humains des dieux.- 9/10
Voir le film3.99€ -
Paris vu par...
Barbet Schroeder, alors jeune producteur, a l'idée de confier une caméra 16mm, de la pellicule couleur à six cinéastes de ses amis avec la consigne de rendre un court-métrage sur un quartier de Paris. Simplicité, improvisation, son direct, affranchissement des contraintes techniques et économiques, voilà l'expérience qui fut proposée à Godard, Pollet, Rohmer, Douchet, Rouch et Chabrol.- 6/10
Voir le film3.99€ -
Masculin féminin
"Un film dit "de jeunes" sur des jeunes gens" disait Godard, soit le parcours de Paul. Ses envies, ses amitiés, sa relation avec Madeleine, et puis sa mort.. accidentelle ou volontaire ? Le doute plane...- 9/10
Voir le film3.99€ -
Le Mépris
Paul Javal, scénariste, est engagé pour travailler sur une adaptation de "L'Odyssée" que doit réaliser Fritz Lang. Entre Paul et sa femme Camille règne un certain malaise. Tous deux partent à Capri suivre le tournage des extérieurs. Camille lui déclare ne plus l'aimer, et même le mépriser... D'après le roman de Moravia, la rencontre de deux mythes du cinéma : Bardot/Godard. Avec, comme témoins, Homère, Fritz Lang et la Méditerranée. Un film de légendes.- 9/10
Voir le film3.99€ -
Une femme est une femme
Angela veut un enfant à tout prix, mais son mari, Emile, lui refuse. En désespoir de cause, elle lui fait croire qu'elle a demandé à leur ami Alfred de lui rendre ce service et qu'il a accepté. Emile, pris au piège, accède au désir de sa femme. Godard fait une "comédie musicale" ? En 1963, c'est possible !- 9/10
Voir le film3.99€ -
Le Petit soldat
1958, durant la guerre d'Algérie, Bruno déserte et se réfugie en Suisse. Là , il tombe amoureux de Véronica, mais un parti d'extrême-droite le charge d'abattre un journaliste politique de la radio nationale. Il échoue dans sa mission. Torturé par des agents du F.L.N., il parvient à s'échapper...- 8/10
Voir le film3.99€ -
A bout de souffle
Une petite frappe, Michel Poiccard, poursuivi par des motards après le vol d'une voiture, tire sur l'un d'entre eux et s'enfuit. Il retrouve à Paris son amie américaine et réussit à redevenir son amant. Il la convainc de l'accompagner en Italie. Mais la police découvre l'identité du meurtrier et le traque...- 9/10
Voir le film3.99€
Photo


l.ef au sujet de : L'Âge des possibles
Le film de mes 20 ans. Quelle heureuse surprise de le revoir.