H comme...  Werner Herzog

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Né à Munich, en 1942, membre éminent du jeune cinéma allemand des années 70, Werner Herzog (Stipetic de son vrai nom) finance ses premiers courts, en travaillant en usine...

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Son premier long, Signes de Vie (1968), œuvre déroutante, sidérante de beauté, est saluée comme la renaissance du cinéma allemand. Herzog y énonce ses thèmes favoris : la volonté de pouvoir, la maîtrise de son destin, une dimension de l’absurde qui lui est propre. Il revendique la parenté et la continuité avec ses pairs Fritz Lang et Murnau, sautant la génération de ses pères, celle du nazisme.

Son cinéma, à la fois déroutant et sublime, n’évite jamais le geste du cœur ou de folie, à l'image de ses personnages. Herzog est traversé d'intuitions fulgurantes qui lui permettent de rendre le tactile, le senti, tout ce qui nous émeut.

Ses documentaires, genre qu'il a beaucoup pratiqué, reposent sur l’amitié et la compassion. Dans Pays du silence et de l'obscurité (1971), il emmène dans un avion une amie aveugle et sourde qui transmet ses sensations aux autres. Il termine son film sur un homme qui communie avec un arbre. Son chef-d’œuvre, L’Énigme de Kaspar Hauser (1972), part aussi de cette compassion à l'égard d'un être spolié et privé de dignité. Déjà, il parle de la signification du langage pour atteindre l’humain. Woyzeck et La Ballade de Bruno montrent des êtres détruits par le monde cruel et l’argent.

Ses films sont des chocs visuels. Du jamais-vu : une colonne de conquistadores descend vers l’Eldorado mythique (Aguirre ou la Colère de Dieu, 1972), un bateau va franchir une montagne (Fitzcarraldo, 1982), des aborigènes australiens prient dans un supermarché (Le pays où rêvent les fourmis vertes, 1984). Le pouvoir enchanteur des musiques de ses films, comme la flûte indienne et la musique de Popol-Vuh pour Aguirre, contribue à leur étrangeté. Les lieux magiques comme ce rocher au fond de la mer de Cœur de verre (1976) sont sa marque de fabrique. On lui reprochera d’utiliser l’hypnose, de malmener des Indiens - il s’en expliquera dans un récent livre d'entretiens, Manuel de survie, paru aux éditions Capricci.

Herzog-le-visionnaire soigne aussi les derniers plans de ses films, toujours d’une beauté évidente : une moto tourne en rond dans Les nains aussi ont commencé petits (1970), Aguirre, seul sur son radeau envahi par les rats, tourbillonne dans le fleuve, le camion de Bruno tourne en rond devant le parc d’attractions qu’il ne reverra plus… Dans Échos d’un sombre empire (1990), il filme la dérive de Bokassa, comme dans Leçons de ténèbres (1992) les puits incendiés du premier conflit irakien, torches toujours allumées du despotisme. Mais il scrute aussi les hommes d’exception dans leur démesure : ainsi grimpe t-il jusqu’au camp de base avec Reinhold Messner (Gasherbrum, la montagne lumineuse, 1984) avant son ascension de deux sommets de 8000 mètres. Herzog, conquérant de l’inutile… ?

Ses documentaires plus récents parlent de chercheurs et de botanistes en Arctique (Au-delà de l’infini, 2005), de plongeurs sous la glace polaire (Encounters of the End of the World, 2007). Ou de Timothy Treadwell, le Grizzly Man (2005), qui se fit dévorer par les ours qu’il aimait tant… Il témoigne de la force de survie des hommes : Rescue Dawn (2006) reprend l’histoire de Dieter Dengler qu’il avait documenté en 1997, dans Little Dieter Needs to Fly.

Mais Herzog se livre aussi avec ses côtés sombres : Ennemis intimes (1999) analyse le lien singulier avec son acteur Klaus Kinski, entre attraction et répulsion, ambivalence qui fait la qualité de leurs films. Son documentaire La Grotte des rêves oubliés (2011), film en 3-D sur la grotte Chauvet, est une transposition spectaculaire des dessins de la célèbre grotte interdite au public.

Alternant documentaires, mise en scènes d’opéras et réalisation de longs métrages, Herzog voudrait enfin finaliser son projet sur les langues qui disparaissent. Toujours en renouvellement, toujours imprévisible, alors que son film sur la grotte ardéchoise était projeté au festival de Berlin 2011, il était déjà à Los Angeles, en train de filmer dans une prison les couloirs de la mort…

Heike Hurst

 



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Werner Herzog
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  • tanguys au sujet de : Tabou

      6/10

    dommage... c’est en 4:3 et non en 16:9...