Bonus

Mannheim-Heidelberg : 60 ans de jeunesse

Introduction

C'est l'un des plus anciens festivals internationaux : 60 ans, cette année. Mannheim-Heildelberg célèbre cet anniversaire en reprogrammant certains films primés tout au long d'éditions qui ont vu éclore les premiers films de Truffaut, Jarmusch, Lars von Trier mais encore le renouveau du cinéma allemand des années 70 (Kluge, Schroeter, Fassbinder, Wenders...), les talents émergents dans l'Est proche (Kieslowski en Pologne) comme au plus loin (Egoyan, au Canada).
La compétition 2011 s'est ouverte sur un film assez anodin (est-ce une malédiction ou une tradition pour tous les festivals ?), une comédie islandaise légèrement romantique, My own Oslo de Reynir Lyngdal, désespérante de "déjà-vu". L'extravagance des personnages semble être programmée sur ordinateur comme leurs caractéristiques (vêtements, mimiques, expressions...). Tout le monde a un grain, tout le monde s'aime, ou presque... Qu'ils sont fatigants, les films qui ressemblent à de laborieuses publicités "rigolotes" et "sentimentales".

Grand public, mais plus délicatement ciselé, l'hispano-argentin, Un cuento chino, deuxième long-métrage de Sebastián Borensztein, allie la fantaisie d'un fait-divers extraordinaire (une vache tombée du ciel  : on vous laisse découvrir pourquoi et comment) à la précision d'un regard de cinéaste qui fait passer plusieurs nuances du caractère de ses personnages par la simple répétition d'un geste ou par la froideur apparemment impassible de l'un face à la sensualité d'un autre. Certes, dans la rencontre imprévue d'un vieux célibataire maniaque et d'un jeune chinois perdu à Buenos-Aires, le récit est, lui aussi, construit à gros traits, avec des flash-backs/vignettes à la Amélie Poulain ou Leolo et avec des "souvenirs" qui sont chargés de nous expliquer illico tous les blocages du présent (ah ! la guerre des Malouines en trois minutes chrono !).

Mais le réalisateur joue sciemment avec nous de l'énormité de ses composantes, avec une malice et une efficacité évidentes qui donnent le ton d'un film où c'est moins l'histoire (à peine croyable) qui importe que la sensibilité de ceux qui l'habitent. En cela, le jeune acteur chinois, nonchalant et retenu, agit comme un contrepoint parfait face à la star argentine Ricardo Darin, dont le jeu intense, au bord de l'explosion, rappelera aux Français qu'ils l'ont déjà vu "quelque part"... notamment dans Neuf reines ou le récent Dans ses yeux.

Plus cinéphile était la leçon de cinéma d'un auteur très reconnu en Allemagne... et relativement ignoré en France, Andreas Dresen, dont le dernier film distribué en France, 7eme ciel (Prix Coup de Cœur du Jury Un Certain Regard au Festival de Cannes 2008), est visible sur Universciné. Mieux vaut tard que jamais. En attendant, la sortie (prochaine ?) d' Arrêt en pleine voie, présenté avec succès (et émotion) au dernier Festival de Cannes.

Dans un registre moins tape-à-l'oeil, les amateurs de voyages discrets, mais forts, trouveront le premier long-métrage, plein de belles promesses, du belge Pierre Duculot, Au cul du loup. Une expression pour désigner la destination d'une maison au bout du bout du monde, vers nulle part. Ici : quelque part dans une montagne corse. Un nulle part où pourtant la vie peut retrouver un sens plein, au contact des pierres, des animaux, de l'eau qui coule et des paysages qui vous rappellent la beauté d'un monde nu. Ce voyage vers la Corse d'une jeune femme dont la vie s'enlise a des maladresses de débutant, notamment une ouverture naturaliste en Belgique qui "plante le décor" de façon trop prévisible. Mais l'image respire dès que l'on a rejoint la montagne et que le film trouve une simplicité - de mise en scène, de jeu d'acteurs, de scénario - qui permet d'en atteindre le coeur : ces moments où les êtres, enfin, commencent à se regarder avec plus de patience et de compréhension. A se regarder avec sentiment. Comment dire ? Ça fait du bien.

Philippe Piazzo

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  • elPoto au sujet de : 4 mois, 3 semaines et 2 jours

      5/10

    Oui, c est fort, et fort bien filmé, mais c est tellement sombre qu au final on ne voit pas bien l intérêt.