Lucas Belvaux : "je suis rentré dans le champ presque par effraction"
Un réalisateur qui fait aussi l'acteur. De quoi rendre la trilogie encore un peu plus schizophrène ? Entretien à double-fond.
Catherine Frot : "C'était grand, fou, ludique, original, ambitieux"
L'actrice joue "une tueuse". Et cela ne lui procure que du bonheur.
Lucas Belvaux : "Les trois films additionnés forment un film rêvé..."
"Très vite, je suis passé de l'idée de trois films à l'idée de trois genres", explique le réalisateur à propos de sa trilogie qui regroupe "Un couple épatant", une comédie, "Cavale", un thriller, et "Après la vie", un mélo noir, à voir dans l'ordre que l'on souhaite...
"Adulte, brutal, bouleversant, le film honore le genre auquel il appartient."
Bernard Achour, TéléCinéObs
" Mon premier, Un couple épatant, était une comédie. Mon second, Cavale,
est un polar tendu, ce qui est déjà bien, politique et mélancolique, ce
qui est encore mieux. Bruno s'évade de prison. Ancien terroriste
d'extrême gauche, il est recherché par toutes les polices de la région
et se terre, de caches en planques, de parkings souterrains en portes
cochères. Cet homme armé et dangereux est joué par Belvaux lui-même :
un corps d'adolescent, un visage d'angelot. Génie du hasard d'un
casting , le comédien initialement prévu s'est désisté quelques semaines avant le tournage. Du coup, on
est avec Bruno sans s'identifier totalement à lui : on n'a pas envie
qu'il se fasse choper sans pour autant approuver ses meurtres de
sang-froid, on sympathise avec sa solitude, ses convictions et
sa rectitude, mais pas avec sa violence et son aveuglement. Bruno est
seul, déconnecté de son temps, dernier des Mohicans errant dans une
société quadrillée par les cow-boys. Même Jeanne (Catherine Frot), son
ancienne compagne, ne peut/veut plus grand-chose pour lui... Juste un dernier coup de main, au nom du passé sentimental.
Cavale, c'est le suspense haletant de la survie d'un homme contre tous, c'est aussi la mélancolie de la fin terminale d'une époque,
de ses combats et de ses illusions. Pour cet utopiste sorti de prison, la société des hommes est devenue un immense pénitencier."
Serge Kaganski, Les Inrockuptibles