L'homme qui inventa Fritz the cat
C'était en 1994. Dessinateur culte des années beatnicks, croqueur de femmes aux culs merveilleux et de chevelus décalqués droits sortis des seventies, Robert Crumb s'était mis aux abonnés absents. Son ami Terry Swigoff ("Ghost world") alla le dénicher dans le Sud de la France. Résultat : un documentaire-biographie passionnant et une introspection déroutante.
Robert Crumb : une vie de dingue
Il rencontre la BD à 3 ans, le LSD à 21 ans, est poursuivi en justice pour son comic, Zap, à 26 ans... Aujourd'hui à plus de 65 ans, installé dans le midi de la France, il dessine encore et mieux que jamais.
"C’est beaucoup plus que le portrait d’un dessinateur underground des années 60, 70. On y voit certes comment Robert Crumb, bravant les tabous de l’Amérique puritaine, exhiba ses fantasmes de postadolescent binoclard et vit ses créatures (le jouisseur barbu Mr Natural, les affreux Freak Brothers, et bien sûr le chat Fritz, archétype du «cool» des années rock) tomber miraculeusement en phase avec les élans libertaires de l’époque. On y lit l’histoire d’un succès paradoxal, forgé davantage hors des frontières d’un pays que cet irréductible marginal a toujours vomi... et qu’il a mis plus de cinquante ans à quitter.
Mais Terry Zwigoff va plus loin. Il évite le panorama de l’oeuvre et nous fait entrer de plain-pied, parfois comme en effraction, dans un destin hors du commun. Qui en révèle d’autres encore, ceux de toute la famille Crumb, matière à psychodrame, asile d’aliénés dont le grand Robert, silhouette anachronique à chapeau et gilet, est à la fois le guide et le survivant (...)
Tandis qu’entre deux témoignages crus un critique d’art compare ce grand gamin lunaire (et pervers) à Daumier, à Goya, à Bruegel... Le réalisateur a choisi d’encadrer ce portrait en spirale par le déménagement de Crumb. Inventaire et solde de tout compte : obsession et peur du sexe, des femmes, des Noirs, passion musicale à contretemps (sa collection de 78 tours de blues), tout passe au crible de cette
enquête obstinée. Documentaire libre et passionnant qui se paie même des points de suspension : au sein du foyer exilé dans les Cévennes, Jesse, le fils, dessine lui aussi. Un sang d’encre n’en finit donc pas de couler chez les Crumb…"
François Gorin, Télérama