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De Michel Drach. 1970
Une passion dans la France à peine sortie du traumatisme de la guerre d'Algérie. Elise, provinciale montée à Paris, rencontre dans son usine un Algérien, membre du FLN. Avec l'amour, elle découvre le racisme, l'injustice et l'incompréhension de sa propre famille. L'un des grands rôles de Marie-José Nat pour un film qui fit scandale, fut interdit, et provoqua les débats dans la France du début des années 70.
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Michel Drach : " Un film humaniste et moraliste... mais, bien entendu, politique."

Guerre d'Algérie, racisme... Le cinéaste, aujourd'hui disparu, expliquait en 1970 dans cet interview accordée à la revue "Jeune cinéma" comment il s'est battu pour tourner "Elise ou la vraie vie" qu'il a lui même coproduit. Il est difficile, disait-il, à 40 ans, de ne pas tourner des films dont le sujet "vous empoigne et vous engage".
 

Michel Drach : "Aucune chapelle ne m'a jamais soutenu..."

Tour d'horizon de la carrière d'un inclassable. Michel Drach débute au temps de la Nouvelle Vague mais n'appartient à aucun courant. Des films romantiques, des films très politiques qui font scandale, des films à la mélancolie très personnelle... Michel Drach était un honnête homme qui n'avait envie que d'exercer son métier honnêtement. Voici de larges extraits d'un entretien avec Monique Hennebelle paru dans la revue "Image et Son" en 1974, avant qu'il ne s'attaque de front à la peine de mort avec "Le Pull over rouge". Il évoque ici tous ses films sans langue de bois, notamment "On n'enterre pas le dimanche", "Amélie ou le temps d'aimer", "Elise ou la vraie vie", "Les Violons du bal" et "Parlez-moi d'amour", tous visibles en exclusivité sur Universciné.
 

Michel Drach, cv express

Ce fut comme une évidence. Cousin de Jean-Pierre Melville, Michel Drach n'a pas 17 ans qu'il est déja stagiaire sur le tournage du "Silence de la mer", puis, abandonnant ses études aux Beaux-Arts, il deviendra dans la foulée l'assistant du réalisateur - avec Claude Pinoteau - sur "Les enfants terribles". Mais Michel Drach va rapidement voler de ses propres ailes et son premier long métrage, "On n'enterre pas le dimanche" est récompensé par le Prix Louis Delluc. Il a 30 ans...

" Ce film remarquablement interprété est comme un coup de poing au coeur."



Jacques Siclier, Télérama
 

" L’histoire d’un amour profond, difficile, traité avec beaucoup de délicatesse, de sobre tendresse, s’intègre parfaitement dans les séquences  consacrées au travail à la chaine, épuisant, abrutissant, au racisme des contremaitres, des ouvrières qui appellent Elise « la Moukère », aux réactions hostiles des gens dans la rue, les cafés.

Tout ceci est vivant, juste… (…) au travers d’une anecdote, d’une époque, Elise ou la vraie vie atteint l’universel, le permanent hélas, puisque le racisme, l’indifférence, l’aliénation de l’homme par le travail, et les efforts d’une poignée de militants demeurent semblable, le Noir, le Juif ou même le Portugais existent toujours et suscitent les mêmes réactions."



Jacqueline Lajeunesse, La Saison cinématographique
 

" Reprocher à Michel Drach d'avoir déplacé le poids du livre de Claire Etcherelli pour exalter le roman d'amour au détriment du problème politique représenté par la guerre d'Algérie, c'est prouver qu'on a mal lu le roman de Claire Etcherelli et encore plus mal vu le film de Michel Drach : dans l'un et l'autre, oui, la guerre est présente, et la question du racisme au coeur du prolétariat français, mais il y a beaucoup plus, et qui englobe décolonisation et racisme.

Reprocher à Michel Drach de s'attaquer avec dix ans de retard à nun problème périmé, à un événement historique classé, et lui lancer dans les gencives que le vrai courage eût consisté à tourner ce film pendant la guerre d'Algérie - alors ça, c'est le bouquet. C'est oublier l'atmosphère dans laquelle nous avons vécu cette guerre : rien de comparable avec la façon dont les Américains vivent leur guerre au Vietnam; en ce qui concerne l'Algérie et son indépendance, nous étions, sauf dans les derniers moments, non en pays démocratique mais en pays fasciste. Et que l'actualité (pétrole, main-d'oeuvre) rendre un peu de fraîcheur à certains antagonismes, et vous verrez la vélocité avec laquelle va refleurir le bon vieil antibougnoulisme : cela pour affirmer que le film de Drach est d'actualité, et que, actuel, il est courageux.

La guerre d'Algérie, en tant qu'événement historique daté, sert à Drach d' "anecdote" exemplaire : elle illustre une question éternelle - qui est tout simplement cette question énorme que le titre vous invite sans ambages à vous poser : quelle distance (franchissable ? et à quel prix ?) sépare la vie vraie, celle de l'on mène, de la vraie vie, celle que l'on rêve de mener ?

La vraie vie ? Du pain et des roses. Pour le frère d'Elise, pour l'Algérien militant du F.L.N., pour Elise, c'est le contraire de leur vie vraie. Distance immense. Comment la franchir ? Pour le frère, gauchiste avant la lettre (nous sommes en 1958), écoeuré par l'apathie de l'opinion systématiquement sous-infirmée (c'est un euphémisme), on franchira la distance par la révolution (...) Pour l'Algérien (...) par l'indépendance nationale, ce que 1789 a étiqueté "liberté", première étape sur le chemin de la dignité (...) Pour Elise, la vraie vie, c'est tout ça, c'est ce dont son frère rêve, et ce dont rêve son amant algérien, la révolution et l'indépendance, l'une soutenant l'autre. La distance entre vie vraie et vraie vie, Elise a commencé de la parcourir :par l'amour. Le pain et les roses ? C'est pouvoir aimer librement, au-dessus des races et des préjugés, dans la paix et dans des conditions d'existence décentes.

Avenir révolutionnaire, respect de la personnalité nationale, liberté de l'amour -tous éléments constitutifs de la vraie vie-, tel est le sujet du film (...) Drach ne pontifie pas, il ne catéchise pas (...) il préfère tact, pudeur, ellipses, tonalités sourdes demi-teintes. La sensibilité, l'émotion comptent d'abord, pour la bonne raison que Drach a choisi d'aborder ces problèmes majeurs réfractés par une sensibilité féminine, Elise -bouleversante Marie-José Nat, qui trouve dans le jeu sobre, très retenu, de Mohamed Chouikh un appui solide. C'est avec les yeus d'Elise que nous découvrons la distance vie vraie/vraie vie; par son coeur que nous comprenons la nécéssité de la lutte, celle de son frère et celle de son amant, luttes qui se complètent, se réunissent pour Elise dans la lutte pour l'amour.

Qu'on ne ricane pas en criant au courrier du coeur du style : "J'aime un Arabe, mes parents sont contre, que dois-je faire ? " Le sentiment, l'émotion, n'empêchent pas Drach de dire ce qu'il a à dire. Et tout est dit de ce qu'il faut dire sur le racisme en milieu ouvrier, sur la difficulté qu'il y a à susciter la solidarité politique et sociale envers des prolétaires "ratons" qui sont d'abord, aux yeux de beaucoup,, plus "ratons" que prolétaires (...)

Oui, tout est dit, mieux : montré. sans phrase, sans effet. A nous de sentir."



Jean-Louis Bory, Le Nouvel Observateur
 

"En revoyant ce drame de Michel Drach, on comprend pourquoi il fit scandale à sa sortie, alors que la guerre d'Algérie restait un sujet totalement tabou en France. Le courage de son engagement, sa mise en scène simple et directe ont encore aujourd'hui la force d'un uppercut (...) Ratonnades, rafles, perquisitions humiliantes (...) autant d'exactions de sinistre mémoire que Drach condamne d'autant mieux en les filmant à travers le regard pur et de plus en plus horrifié de la jeune femme (...). En madone ouvrière confrontée aux horreurs de la "vraie vie", Marie-José Nat est bouleversante.Ce drame politique sans concessions, cette histoire d'un amour engagé et condamné fait encore mal aujourd'hui."



Guillemette Odicino, Télérama

Elise ou la vraie vie
De Michel Drach
1969
01h44 min


(€ 4.99)
VF
Format WMV + DRM
Taille : 0.96 Go
 




 
Acteurs
Arezki : Mohamed Chouikh
Anna : Bernadette Lafont
Elise : Marie-José Nat
Didi : Catherine Allégret
Lucien : Jean-Pierre Bisson
Mustapha : Mustapha Chadli
la belle-soeur : Martine Chevalier
le commissaire : Jean-Pierre Darras
l'ouvrier au café : Albert Michel
la grand-mère : Alice Reichen

Fiche technique
Réalisation : Michel Drach
Scénario : Michel Drach, Claire Etcherelli, Claude Lanzmann
Auteur de l oeuvre originale : Claire Etcherelli
Direction de la photographie : Claude Zidi
Montage : Carlos de Los Lianos

Date de sortie en France : 29/11/1970




 



 
Violons du bal, Les
Amélie ou le temps d'aimer
Parlez-moi d'amour
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