" ... déambulations antonioniennes de personnages en quête de leur vérité. Entre les rivages de la Mer du Nord et les sommets alpins, le jeune Wilhelm Meister fait des rencontres insolites d'individus hors du commun : un couple étrange, un saltimbanque et sa danseuse muette, une comédienne, un apprenti poète, un industriel vieillissant (...)
Le film tente d'exprimer la fatigue et le doute d'après 68, le décervelage et le nivellement d'une société de confort où certains cherchent vainement un supplément d'âme qui ne subsiste que dans des marginaux, des artistes ou des suicidaires. Devant le panorama des Alpes, Wilhelm Meister constate qu'il a fait un "faux mouvement" en laissant échapper quelque chose d'exceptionnel qui était né de cette rencontre..."
Marcel Martin, Ecran
" Il y a chez Wim Wenders une émotion dans le rapport aux signes des paysages et dans la perception d'un cadre urbain, une rigueur dans l'accord entre dialogues, déplacements physiques des personnages et rapports entre eux, découpage et mouvements de caméra, précision descriptive des lieux (notamment dans la séquence de la promenade sur les hauteurs du Taunus)..."
Daniel Sauvaget, La Saison cinématographique
" Les romans de formation et d'éducation, de même qu'une série de films américains mettaient fréquemment l'accent sur le carcatère formateur et initiatique de l'aventure et du voyage,
Faux mouvement, tout en suivant le même schéma, aboutit à des conclusions opposées en montrant non pas l'accomplissement de Wilhelm mais plutôt le caractère irrémédiable de sa solitude (...)
Dans ce monde triste et sombre, quelle peut être la part du rêve ? Le rêve paraît impossible lorsqu'il ne devient pas tout simplement insupportable. Les rêves qui sont racontés dans
Faux mouvement - il y en a cinq - sont très marqués par la présence de la mort, l'étouffement et la claustration, l'oppression et l'asphyxie. Une angoisse continuelle enveloppe tous ces êtres déroutés, desséchés par le sentiment de vide.
S'adressant à Wilhelm Meister, l'industriel de
Faux mouvement constate que "l'angoisse en Allemagne est masquée par tous ces visages traitres, sans âmes, qui rôdent à travers les supermarchés, les lieux de repos, les zones piétonnes et les centres sportifs."
Nourredine Ghali, Cinéma
" ... Cette continuité, ce mouvement incessant, ce voyage permanent, cette impression de fatigue riche et sereine qu'on connait chez Wenders et qui ressemble tant à ces heures de fin de journée où se fixent les souvenirs, le vécu, vont s'arrêter.
Parce que la route va s'arrêter, le voyage changer et le héros fixer un certain temps son attention sur les mêmes personnages.
Il ne s'agit plus de se laisser porter, fut-ce pour une expérience de communication intuitive et universelle. Wenders inverse ici le sens du voyage.
Wilhelm Meister (...) cherche quelque chose.
En lui, autour de lui, qui pourra favoriser, asseoir sa vocation littéraire.
Déjà il est intéressant de noter combien cette quête d'un matériel humain est éminemment cinématographique et correspond au regard d'un Wenders dont on pourrait avoir l'impression qu'il donne les réponses, par son cinéma, aux questions que se pose le héros-romancier en puissance (l'idéal consisterait, dans cette perspective, à montrer Wilhelm devant un écran où serait projeté précisément
Faux mouvement).
Le voyage donc, habituellement sujet, base de l'enrichissement, de l'aiguisement du regard sur le monde, est ici objet. Car Wilhelm ne s'enrichit pas parce qu'il voyage mais voyage parce qu'il veut s'enrichir (globalement et si l'on avait la place pour se laisser aller à une réflexion plus profonde mais divergente, il existe la même différence entre les deux positions qu'entre le savoir / culture traditionnel - appris, enseigné, auquel on peut assimiler la quête de Wilhelm, et le vécu, expérimenté intégre. "
(Lumière)
Alain Begramian, Autres