De Marianne à Maggie
Entre l'héroïne du film "Irina Palm" et la chanteuse mythique des sixties, Marianne Faithfull, rien de commun ! Revue de détail d'une métamorphose, depuis les repères biographiques de Marianne aux souvenirs de tournage de Faithfull.
Marianne
Faithfull incarne Maggie dans IRINA PALM.
Durant
les 40 années de sa carrière musicale, Marianne Faithfull a souvent joué au théâtre
et à la télévision.
En
2006, elle était l’Impératrice autrichienne Maria Teresa dans le MARIE
ANTOINETTE de
Sofia Coppola, et jouait dans le segment de PARIS, JE T’AIME dédié au
Marais, réalisé
par Gus Van Sant.
Elle
est apparue en Dieu dans le dernier opus de la série culte ABSOLUTELY FABULOUS.
En
2004 et 2005 elle interprète à Londres et à San Francisco "le Diable" dans
la comédie musicale
THE BLACK RIDER de Robert Wilson écrite par Tom Waits et William Burroughs.
Son
interprétation dans les pièces de Bertolt Brecht et Kurt Weill compte parmi ses
plus belles
performances. En 1998, elle enregistre l’opéra de Weill et Brecht intitulé LES
SEPT PÉCHÉS
CAPITAUX qui a fait le tour du monde en passant par Londres, Berlin, New York et le
Festival de Salzburg. En 1993, elle tient le rôle de "Pirate Jenny" dans
L’OPÉRA DE QUAT’SOUS
au Dublin Gate Opera. Son engouement pour la musique se poursuit à cette époque
avec la sortie d’un album en 1996 intitulé 20TH CENTURY BLUES.
Marianne
fait aussi partie de la distribution de l’opéra rock THE WALL en juillet 1990 à Berlin
où elle interprétait "La Mère ultra-protectrice".
Marianne
Faithfull a commencé sa carrière musicale en 1964 avec le tube AS TEARS GO BY,
le premier d’une longue série qui comprend THIS LITTLE BIRD, SUMMER NIGHTS et COME AND STAY WITH ME. Mais c’est en 1979 avec l’album
BROKEN ENGLISH qu’elle trouve
une reconnaissance mondiale.
Depuis
lors, Marianne a voyagé du Blues au Jazz à travers ses albums STRANGE WEATHER (1987), A SECRET LIFE (1995), VAGABOND
WAYS (1999), KISSIN’ TIME (2002) et BEFORE THE
POISON (2005).
INTERVIEW DE MARIANNE FAITHFULL
Comment voyez vous Maggie ?
Marianne
Faithfull : Maggie
est une femme ordinaire, qui a eu une vie plutôt sinistre... Je ne pense pas
qu’elle ait jamais été heureuse dans son mariage. Elle n’a connu qu’une
existence triste et vide. Elle est également très conformiste et s’est bridée
toute sa vie durant. Lorsqu’on fait sa connaissance au début du film, elle est
très soumise, elle tente de se faire aussi petite que possible. C’est une vraie
serpillère... Mais ce qui la fait avancer, sa vraie raison de vivre, c’est son
petit-fils. C’est pour lui qu’elle accepte ce boulot : elle veut gagner de
l’argent pour lui sauver la
vie. Elle doit prendre énormément sur elle, mais elle le
fait. C’est une femme courageuse et, malgré son dégoût, elle n’hésite pas :
elle prend le taureau par les cornes !
Vous
sentez-vous proche d’elle ?
Ce
que j’ai beaucoup aimé chez Maggie – et ça a été mon impression immédiate –
c’est qu’elle et moi sommes aux antipodes l’une de l’autre. Je ne me reconnais
pas en elle, à aucun moment du film. Mais c’était tellement agréable de ne pas
devoir être Marianne Faithfull en permanence ! J’ai eu une vie fantastique,
j’ai rencontré des gens incroyables et j’ai toujours l’occasion de faire des
choses extraordinaires. Je ne me suis jamais censurée et je ne me suis jamais
souciée des conventions sociales. C’était donc un vrai défi d’interpréter un
tel personnage. A la fois excitant et flippant ! J’en sais gré au réalisateur
Sam Garbarski. Il a eu l’intuition que ce rôle était pour moi. Et ça a été le
cas ! J’aime Maggie. J’aime le fait qu’elle réussisse
à se libérer. Puis qu’elle finisse par dire : « ça suffit ! ».
Malgré
son sujet, le film reste extrêmement pudique...
C’était
un postulat de départ, clairement établi. Le scénario était accompagné d’une
note d’intention de Sam Garbarski, disant, « On ne verra pas un seul pénis à
l’écran. Je ne compte pas réaliser un film pornographique et je n’en réaliserai
jamais. » IRINA PALM n’est certainement pas un film porno. Pendant le
tournage, on a utilisé – c’est quoi le mot déjà ? – des godemichés ! C’était
génial et absolument répugnant !
Comment
êtes-vous devenue Maggie ?
Tout
d’abord, je me suis laissée aller. J’ai pris du poids. J’ai arrêté d’être
coquette... Et ensuite, de manière presque instinctive – et Sam m’a beaucoup
aidée là-dessus – j’ai cherché à adopter sa gestuelle, à comprendre sa façon de
se déplacer, de s’asseoir, de marcher, de se coucher... Maggie est une femme
qui parle très peu. Ses yeux et son visage sont éloquents. Et son corps aussi,
tout comme ses vêtements... Comme son tablier par exemple ! J’ai trouvé cet
accessoire hilarant ! C’est le tablier que portent toutes les Anglaises. Et pas
seulement les femmes de condition modeste. C’est valable pour tous les milieux,
les riches comme les pauvres. Quand elles lavent les vitres, elles enfilent ce
tablier et c’est sans doute le même partout. C’était donc une idée formidable
que Maggie s’habille comme ça pour travailler.
Comment
s’est passé le tournage avec Miki Manojlovic ?
Je le
trouve très très sexy. Je crois qu’il a beaucoup aidé à l’épanouissement de mon
personnage... J’en rougis ! Il y a eu une vraie alchimie entre nous. Miki est
un acteur formidable. Quand on travaille avec de bons comédiens – et tous dans
IRINA PALM sont vraiment bons – cela met la barre plus haut. Cela m’a aidée à
être meilleure. Je devais sans cesse me surpasser.
Que
représente IRINA PALM dans votre carrière d’actrice ?
Si je
n’avais pas été découverte aussi jeune et si je n’étais pas partie aussitôt en
tournée avec les Hollies, Freddy et les Dreamers, Roy Orbison et les autres,
j’aurais suivi des cours de théâtre et je serais devenue une vraie comédienne ! J’imagine qu’aujourd’hui, j’en suis une. Mais j’ai mis du temps à le
devenir... Avec IRINA PALM, c’est la première fois que je porte un film sur mes
épaules en tenant le rôle principal, et un rôle vraiment
génial. J’ai déjà eu quelques rôles formidables dans MARIE ANTOINETTE de Sofia
Coppola ou dans INTIMITÉ de Patrice Chéreau, ou encore le rôle du Diable dans
THE BLACK RIDER, mis en scène par Bob Wilson... Mais ma carrière d’actrice a
été très chaotique. Les gens l’oublient. Mais j’en suis responsable. J’ai fait
de mauvais choix. Malheureusement, je suis tombée dans la drogue. Ça m’a
vraiment déboussolée. Je n’arrivais plus à travailler. Il a donc fallu que je
m’en sorte avant de me remettre au boulot. Je pense que mon album « Broken
English », en 1979, a
marqué le début de ma renaissance artistique. Malgré tout, cela a pris du
temps. Il m’a fallu parcourir un long chemin avant d’en arriver là. C’était il
y a 25 ans...
Des
années perdues ?
J’ai
mis longtemps à retrouver ce que j’avais perdu. Mais effectivement, j’ai perdu
pas mal d’années que j’aurais dû consacrer à mon travail d’artiste. C’était
après les années 60. La drogue et ma liaison avec Mick Jagger, dont j’étais
très amoureuse, m’ont vraiment mise plus bas que terre. Mick m’aimait aussi,
mais ça n’a pas marché. Ça m’a anéantie. Je n’ai pas su faire face. Je me suis
donc retrouvée à la dérive, dans le quartier de Soho, à me faire mes doses.
J’ai fait ça pendant deux ans avant d’avoir la force de refaire surface. A ce
moment-là, j’ai consulté un médecin et j’ai eu beaucoup de chance. C’était
vraiment dur. Je faisais deux pas en avant, un pas en arrière, deux pas en
avant, un pas en arrière... J’ai mis très longtemps à m’en sortir. Et quand
finalement je m’en suis sortie, en 1987, j’ai sorti mon album « Strange Weather
». Depuis cette époque, mon travail a gagné en force. J’ai cessé de me sentir
dans l’urgence permanente. Je me suis rendu compte que je n’avais pas à
rattraper ces années perdues. J’ai fait pas mal de choses bien et, pour moi,
IRINA PALM est comme la cerise sur le gâteau. Je ne m’y attendais pas.
Avez-vous
des projets à venir ?
J’adore
chanter. Interpréter mes chansons. Ça me fait un bien fou. Je me sens plus
proche des gens. C’est pour cela que je ne me produis pas dans de trop grandes
salles. Je crois que ce serait vraiment triste que j’arrête de chanter. Ce
serait injuste ! Pour le public, que j’aime, et pour moi. Mais j’ai aussi envie
de travailler pour le cinéma...