" Rarement avait-on été si impressionné par un premier film. C'était
La Cienaga, il y a trois ans, macabre, mélancolique, émouvant, brillant
comme un diamant noir. Et rarement aura-t-on été de nouveau
impressionné par cette manière qu'a Lucrecia Martel, dans son second
film, d'approfondir son univers."
Antoine de Baecque, Libération
" Ce film peut aussi être compris, sans incompatibilité majeure, comme une parabole sur le mécanisme de l'hystérie, et, de fait, comme un des plus grands films jamais réalisés sur cette singulière disposition. Soit un film où les corps deviennent symptômes, expressions somatiques d'intentionnalités inconscientes, où les personnages souffrent en permanence de réminiscences et où les femmes, plus particulièrement, donnent le change en modelant leur désir sur celui du sujet qui va imprudemment les élire (...). Il faudrait dans ce cadre reconsidérer d'un autre oeil les séquences qui mettent en scène les attaques sexuelles sur la personne d'Amalia. Tournées devant une vitrine où un homme joue du thérémin, un instrument qui émet des sons sans qu'on le touche, on peut ainsi se demander si elles ne sont pas davantage imaginées que vécues par Amalia, dont le masque impassible continûment porté tout au long du film évoque par ailleurs la "belle indifférence" propre à l'hystérique à l'égard de ses symptômes" (...). Ce mélange unique de séduction et de mise à distance, de tentation et de dépit, contribue ainsi à conférer à ce très beau film sa forme singulière."
Jacques Mandelbaum, Le Monde
" Tout n'est que décalage et malentendu, pas de côtés au lieu de pas
de deux, scission pour fusion, dans ce film abyssal, plein d'élans
brisés, de souffles coupés. Magnifiquement travaillée, la bande-son est
une partition cardiaque, un lamento organique assourdissant..."
Marine Landrot, Télérama
" En approfondissant l'univers de La Cienaga,
La Nina santa l'a peu à peu déparé d'une certaine
outrance stylistique qui pesait sur l'autonomie des choses montrées.
On assiste de nouveau, en un seul lieu ou presque, à une danse des générations,
danse frisant le macabre et que Martel orchestre avec virtuosité.
Le monumental, le sombre,l'enchanteur ou le désuet déteignent
sur les personnages ; au mystère des lieux se mêlent inextricablement
celui de la vocation ou celui de la sexualité. Le talent de Martel, c'est
l'originalité de la dynamique par laquelle elle rend vivants ces mystères
: une dynamique de la cohabitation.
Pas plus qu'un film moralisateur,
La Nina santa n'est son faux contraire, un film anticlérical. La Nina santa s'ouvre sur une prière chantée à ses
élèves par une professeur de catéchisme émue jusqu'aux
larmes. Malgré les messes basses caustiques de José, la beauté
de sa voix parvient sans difficulté jusqu'à nous et cela suffit
pour comprendre le peu de polémique que Martel engage avec la foi (...) La foi inscrit l'érotisme sur le visage d'Amalia"
Mia Hansen-Love , Cahiers du Cinéma
" Une oeuvre envoûtante où le raffinement de
sa mise en scène et son art de la suggestion s'exercent à merveille.
Remarquablement interprété, La Nina santa entraîne dans
son atmosphère sensuelle, mystérieuse et opaque. L'attention
de Lucrecia Martel aux moindres gestes, aux frémissements des corps,
s'accorde avec la subtilité d'un script qui fait échapper la fresque
intimiste à tout naturalisme racoleur.
Certes, l'application de la cinéaste
à composer chaque plan avec une précision maniaque est constamment
sensible. Elle donne parfois au film un aspect quelque peu volontariste dans
le registre du cinéma d'auteur à vocation contemplative. N'empêche
que, avec La Nina santa, le talent de Lucrecia Martel s'affirme"
Olivier de Bruyn, Positif