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De Laurent Achard. 2007
C’est l’été et le début des vacances pour Martin, onze ans, qui vit dans la ferme de ses parents et observe, désemparé, la désintégration de sa famille... Cet été-là, Martin est pourtant bien décidé à en finir avec cette confusion. D'après le roman de Timothy Findley, le dernier film de Laurent Achard a remporté le Prix Jean Vigo 2006.
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Laurent Achard : un monde saisi et interprété par le regard d’un enfant

Le cinéaste explique comment il a adapté le roman de Timothy Findley et l'a transposé en France, exprimant dans sa mise en scène toutes les nuances d'un monde qui se fissure dans le regard d'un enfant. Il revient sur les étapes de la stylisation de son film et le choix précis de ses comédiens, notamment Annie Cordy, jouant sur une corde tragique.
 

Une rare occasion d'être encore dérangé en regardant un film...

Joël Brisse et Marie Vermillard sont cinéastes et membres de l'ACID. Ils ont écrit un texte de soutien au film de Laurent Achard où ils relèvent le côté hitchcockien du film dans un récit qui est "une charge sans pitié contre la famille".

" Le Dernier des fous avance le ventre noué, les poings serrés, qui reporte sur l'écran un sentiment de terreur d'enfance perpétuée. Il est rassurant, pourtant. Car, derrière la terreur que ce film diffuse, il y a un cinéaste dont, faute de nouvelles, on n'osait plus prononcer le nom. Non content de dépasser l'espoir mis en attente depuis 1998 avec le trop beau et pas assez vu Plus qu'hier, moins que demain, Laurent Achard revient au cinéma comme si ces huit ans d'absence avaient été passés à filmer chaque jour.
En 2007, il ne tremble pas. Ni ne reprend les choses là où il les avait laissées. Il est devenu un autre cinéaste. Toujours le même cadre d'histoire (la nature, un secret familial, un lac, la lumière de l'été), mais les Renoir, Bresson ou Biette, auxquels son mélange de rigueur, de puissance et de maladresse avait pu faire penser, sont aujourd'hui remplacés par un souffle, une obstination et une violence intestine qu'on ne retrouve guère que dans une certaine littérature du sud des Etats-Unis : Faulkner, Cormac McCarty, le Truman Capote des Domaines hantés.
Des récits d'enfant qui n'ont rien à voir avec l'image prévendue de l'enfance. A ce degré de fermeté, d'écorchures, on ne voit que le Eustache des Petites Amoureuses qui se soit aventuré plus loin dans le sous-bois de l'inconscient d'un enfant de 11 ans, dans le fond de l'oeil de quelqu'un qui voit des choses plus grandes que lui, qui le dépassent et qu'il voudrait organiser. Jusqu'à la folie, jusqu'au passage à l'acte
Sa façon de filmer évoque aujourd'hui un trait d'une implacable netteté, portée par une volonté de connaître l'étendue du désespoir.
Martin, gamin craintif, et Didier, son frère aîné que l'on a trop fait saigner (inoubliable Pascal Cervo), vont inventer, à l'intérieur de ce qui pourrait n'être qu'un drame familial chargé, une ligne pure où chaque geste est joué comme l'ultime échange entre deux destins. Qu'importe si cette ligne, un jour, casse. La chance du recommencement se doit toujours d'être tentée. Faut-il en dire plus d'un film qui filme les choses pour les taire ? Faut-il autre chose encore pour vous persuader de devenir les premiers à aimer Le Dernier des fous ?



Philippe Azoury, Libération
 

" Adapté d'un roman du Canadien Timothy Findley (édité au Serpent à plumes), Le Dernier des fous décline autre chose que la chronique d'une famille rurale en décomposition. Laurent Achard y tourne le dos aux tranches de vies prises sur le vif, à l'autopsie démonstrative. Pas de musique, pas de dialogues explicatifs. Les origines du mal restent informulées, seuls l'intéressent les symptômes de ce qu'il a généré. L'impuissance, la solitude, la surdité des uns aux désarrois des autres, les crises de larmes, le regard de folle de la mère, regard à rendre à jamais désespéré.

Le regard de Martin, lui, est impassible. Et la nature est impitoyable. Avant d'être à son tour broyé par une roue de voiture, le chat étrangle une belette qui va se transformer en charogne, et c'est à cela que Martin ne cesse d'être initié : à la nécessité d'achever les mourants. Tout, dans Le Dernier des fous, se ramène à l'urgence de mettre un terme aux abominations, aux incompréhensions, aux internements.

Tout, aussi, semble lié à cette énigme obscure qu'est la sexualité, cette malédiction qui foudroie, qui rend cinglé. Ce mystère, aux yeux de Martin, cette sorte de possession qui s'empare des êtres, inspire les plus beaux moments du film : la baignade avec la petite voisine qui frise la noyade la première fois que du sang ruisselle sur ses jambes, le spectacle de sa mère alanguie nue sur son lit, l'étrange obscurité dans la cabane où le frère retrouve un partenaire sexuel.

Les actes, comme les traumatismes d'hier, restent hors champ. Laurent Achard ne filme que les traces, ne capte que les gestes irraisonnés, manifestations d'une douleur extrême. Une main plongée dans une marmite bouillante, un manuscrit brûlé, une pulsion de suicide. Il s'attache à montrer comment chacun accapare un espace, et, superbement, sans basculer dans un dédale mental expressionniste, à filmer la déambulation tragique d'un gamin traqué par la peur."



Jean-Luc Douin, Le Monde
 

" ... Le Dernier des fous tire son inquiétant pouvoir d’étrangeté du parti pris radical de mise en scène adopté par Laurent Achard qui maintient le spectateur dans l’incertitude concernant l’origine du mal, les motivations ou intentions exactes de ses personnages. Tout est vu et entendu à partir du point de vue de l’enfant qu’on suit pas à pas (...)  Il est le coeur sensible par lequel toute l’histoire est éprouvée : non seulement spectateur des drames obscurs qui se jouent autour de lui et qu’il observe dans l’ombre à travers un trou percé dans une porte, la trappe d’une grange, une meurtrière, ou posté au bas de l’escalier de la maison, mais aussi miroir déformant dans lequel la réalité se reflète légèrement amplifiée, imperceptiblement filtrée par l’univers mental de Martin : ses peurs, ses souffrances, ses fureurs étouffées et informulées, autant de fantômes qui habitent et imprègnent peu à peu chacune des images du film et donnent au spectateur la sensation singulière parfois de basculer dans le cerveau de l’enfant.

Née de la tension entre ce qui est montré et ce qu’on ne voit pas, entre le visage impassible de l’enfant et le hors-champ de sa vision, entre la violence occultée et sa trace sonore, entre l’ombre et la lumière, entre ce qui est filmé et ce qui reste inassimilable pour la conscience, cette sensation hante les moments les plus troublants du film... "



José Moure, L'Humanité
 

" Achard se livre à un puissant travail d’introspection en adoptant pendant tout le film le point de vue de l’enfant, tout en parvenant à mettre à distance un matériau hautement inflammable par une mise en scène très épurée, tranchante comme une lame de rasoir, transformant chaque recoin de lieux a priori familiers en territoire dangereux, inquiétant, générateur de mystère ou de violence possibles."



Serge Kaganski, Les Inrockuptibles

Le Dernier des fous
De Laurent Achard
2006
01h36 min


(€ 4.99)
VF
Format WMV + DRM
Taille : 0.92 Go
 




 
Acteurs
Didier : Pascal Cervo
Martin : Julien Cochelin
Rose : Annie Cordy
Malika : Fettouma Bouamari
Catherine : Dorine Bouteiller
Jean : Jean-Yves Chatelais
Jacqueline : Florence Giorgetti
Raphaël : Thomas Laroppe
l'instituteur : Nicolas Leclere
Nadège : Dominique Reymond

Fiche technique
Réalisation : Laurent Achard
Scénario : Laurent Achard, Nathalie Najem
Auteur de l oeuvre originale : Timothy Findley
Direction de la photographie : Georges Diane, Philippe Van Leeuw
Son : Philippe Grivel
Décors : Eric Barboza
Costumes : Manuela Copans, Ricardo Muñoz
Montage : Jean-Christophe Hym

Date de sortie en France : 03/01/2007


 
Prix Jean Vigo - 2006
Prix de la mise en scène, festival de Locarno - 2006


 



 
 
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