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   Le Dernier des fous

Une rare occasion d'être encore dérangé en regardant un film...

Joël Brisse et Marie Vermillard sont cinéastes et membres de l'ACID. Ils ont écrit un texte de soutien au film de Laurent Achard où ils relèvent le côté hitchcockien du film dans un récit qui est "une charge sans pitié contre la famille".

" La famille est un labyrinthe de demi-vérités, de fausses vérités, de vraies fausses réponses, de silences coupables, de colères trompeuses, de culs de sacs affectifs, de fausses pistes qui ruinent l’espoir naissant d’un enfant. Il passe d’un adulte à l’autre, ballotté d’une douleur d’être à une autre. Au jeu des petites cruautés, il est tour à tour confident, espion, utilisé ou refoulé. Il est le jouet du lien charnel qui rend aveugle, empêche de voir l’autre dans son entité en en faisant un morceau du tout famille et c’est là la pire des cruautés, cultivée au quotidien, qui entrave à jamais, l’être en devenir.
À tous ces non-dits, la mise en scène fait écho par des non-vus qui donnent au film un aspect Hitchcockien. Ce qui est non-dit reste dans une zone d’étrangeté, à l’état de sensation persistante impossible à dire ou décrire. On ne peut que s’en approcher comme on s’approche d’une bête dangereuse. Non-voir pour Achard c’est s’approcher de la bête sans la montrer, elle n’est pas montrable, et c’est parce qu’elle n’est pas montrable qu’elle fait peur. On ne montre pas la crise de folie, on l’entend, on suggère le coup de hache et tout le monde croit l’avoir vu. La seule réalité de la chose, c’est son goût amer, est-ce vraiment arrivé ? Laurent Achard ne veut même pas montrer  le regard, car il implique un saisissement, une vision, il implique de circonscrire ce qui est vu.  Alors il montre les yeux de l’enfant qui ne comprennent pas ce qu’ils voient, ceux de l’enfant face au chantier inachevé, et déjà en ruine de la vie.
On n’assiste pas à la perte de l’innocence, il n’a jamais un regard pur, plein d’attente, tout de suite il se protège, s’enferme, ne veut pas quitter l’école, être livré en pâture aux adultes, aux siens. L’enfant doit apprendre que vivre avec les autres c’est les haïr suffisamment pour ne pas se laisser contaminer par leurs plaies. S’il ne devient pas fou, il doit faire quelque chose de terrible pour desserrer le nœud de vipère dont il est prisonnier.
Ce film est une charge sans pitié contre la famille et à cause de cela il dérange. Le grand recyclage libéral qui digère toute critique croyait avoir relégué les derniers joujoux subversifs au grenier et voilà qu’un enfant rêveur, bouche ouverte, s’y réfugie et réinvente le jeu de massacre. Si certains ne retiennent que la violence du point de vue, il leur faudra aussi se souvenir des purs moments de grâce qui étreignent le spectateur et de la si rare occasion d’être encore dérangé en regardant un film."

Joël Brisse et Marie Vermillard.
cinéastes, membres de l'ACID

Une rare occasion d'être encore dérangé en regardant un film...
 

Le Dernier des fous
De Laurent Achard
2006
01h36 min


(€ 4.99)
VF
Format WMV + DRM
Poids : 0.99 Go
Téléchargement : 40'
 




 
Acteurs
Didier : Pascal Cervo
Martin : Julien Cochelin
Rose : Annie Cordy
Malika : Fettouma Bouamari
Catherine : Dorine Bouteiller
Jean : Jean-Yves Chatelais
Jacqueline : Florence Giorgetti
Raphaël : Thomas Laroppe
l'instituteur : Nicolas Leclere
Nadège : Dominique Reymond

Fiche technique

Date de sortie en France : 03/01/2007


 
Prix Jean Vigo - 2006
Prix de la mise en scène, festival de Locarno - 2006