La première fois qu'on voit
Christelle, c'est à travers le reflet d'une fenêtre. Les maisons, les routes,
et les forêts au loin... Toute la ville semble glisser sur elle. Un monde à
portée de main, que Christelle ignore. L'instant d'après, dans un sombre
couloir, c'est la panique. De l'eau qui coule sur le sol. Une porte fermée
qu'on n'ose pas ouvrir. Débordements... Christelle fuit – son bébé resté seul
dans la salle de bains, et son mari, et ses enfants qui vont rentrer.
Christelle est perdue, puis recueillie par une voisine; c'est ensuite au
film, à son tour, de la « perdre ». N'était-elle qu'un reflet ? Car
c'est moins le déséquilibre de cette mère débordée que les ondes de choc
provoquées par sa fuite qui nourrissent le film. Il avance ainsi, par
ricochets, d'un personnage à l'autre. Rencontres éphémères, fortuites, déterminantes... C'est parfois frustrant; c'est aussi,
souvent, une façon de revenir vers elle sans le savoir. Une façon timide de
parler de quelqu'un en regardant les autres. Ce qui rappelle la dérive nocturne
du précédent film de Dominique Cabrera, Nadia et les hippopotames, et sa
fébrilité. Mais ici, le sujet a glissé du politique à l'intimité extrême. Ce
qui nous rappelle aussi que Dominique Cabrera avait dévoilé son journal intime
en images (Demain et encore demain).
Le Lait.. est peut-être, ainsi, entre
autoportrait et désir de fiction, un film entre deux eaux. Il déroute, ou
s'adresse à vous immédiatement; parce que, sur le thème de la naissance, de
l'accomplissement de soi à travers les autres, de la vie qui en passe par la
mort, c'est un film aussi sensible que dérangeant, aussi paumé qu'il est sûr
d'une seule chose : le monde est à portée de main. A la dernière image du film,
il n'y a plus de reflets entre lui et nous.
Philippe Piazzo, Universcine
" On n'a jamais filmé l'angoisse d'être mère de manière aussi frontale, aussi organique. Obstinément, Dominique Cabrera s'attache à dire l'essentiel (lait-sang-ciel), à montrer la vie telle qu'elle est, âpre, bouillonnante."
Isabelle Fajardo, Télérama
" Dans ce film sur la vulnérabilité du lien qui nous unit au monde,
Cabrera n'est jamais aussi forte que lorsqu'elle délaisse le fil
narratif (...) C'est là qu'elle parvient à capter de vrais moments de
grâce."
Sophie Bonnet, Les Inrockuptibles
" Une femme plonge au plus profond d'elle-même. Eblouissant."
Thomas Sotinel, Le Monde