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De Arnaud Desplechin. 2004
Adaptation audacieuse d'Edward Bond avec arrière-plan shakespearien. En surface, un thriller sur le pouvoir et l'argent. En profondeur, une méditation sur les passions, les mensonges et les faiblesses des morts-vivants que nous sommes.
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Arnaud Desplechin : "Théâtre et série B, film noir et politique..."

"A l'origine, c'est une pièce du plus Shakespearien des auteurs anglais contemporains, Edward Bond..." explique le réalisateur qui a cherché à mélanger les genres et les matières (fiction, théâtre, répétitions des comédiens...).
"(...) un des films les plus importants de l'année (...) c'est moins son travail sur la distanciation qui nous frappe (...) que la mise en valeur du texte d'Edward Bond, subtil et dense, et du souffle prodigieux des acteurs qui interprètent, Jean-Paul Roussillon et Sami Bouajila en tête."



Stéphane Goudet, Positif
 

" Dès son moyen métrage, LA VIE DES MORTS, on mesurait le goût d'Arnaud Desplechin pour les histoires de famille. Et dès LA SENTINELLE, son premier long métrage, sa terreur devant ces organisations secrètes qui, sous la bienveillante protection d'un univers pactisant avec le diable, manipulent les corps et perdent les âmes.
Pas étonnant donc qu'il est été fasciné par la pièce d'Edward Bond, LA COMPAGNIE DES HOMMES, qui cumule ces deux thèmes. A la fois la lutte d'un jeune homme, Léo (Sami Bouajila, surprenant comme jamais), pour exister aux yeux de son père adoptif, haï parce que trop aimé (Jean-Paul Roussillon, excellent comme toujours). Et aussi la peinture d'hommes d'affaires manipulant sans fin plus faible et plus naïf qu'eux, avec pour seule arme la brutalité et, pour les plus désespérés d'entre eux (comme William, interprété par Hipolytte Girardot), la honte d'une pureté perdue.
Les personnages de Bond sont des monstres froids. "Je ne me fais pas confiance à moi-même et je ne connait que la moitié de ce dont je suiis capable" , dit l'un d'entre eux. Dans ce monde sans pitié ni pardon, on se trahit allègrement, mais avec "toute la méchanceté d'un coeur pur". Chez ces gens là, la pire faute, c'est l'innocence.
Cette noirceur absolue, Desplechin la traite avec une angoisse visible (son film est un thriller metaphysique) et une dérision absolue. D'où les épisodes apparemment incongrus (les récits plus ou moins mensongers de Jonas, le domestique de Léo et de son père) qui brisent constamment le récit. Et "parce que ça manque de filles" (dit-il lui-même dans le film, Desplechin introduit " chez le plus Shakespearien des auteurs contemporains", un personnage de Hamlet, à savoir Ophélie (qu'interprète une Anna Mouglalis pas très à l'aise). On passe donc d'Edward Bond à Shakespeare, des répétitions qui précèdent le tournage au film lui-même. Va et vient qui pourrait devenir vain s'il ne créait pas, à chaque instant, un trouble supplémentaire. Une incertitude de plus entre la vérité et le mensonge.
Avec rage, Desplechin reflète l'hystérie des personnages. Son audace paie. Il réussit a peu près tous ses paris: utiliser presque tout le temps la caméra à l'épaule, par exemple. Multiplier les ellipses brutales, à l'intérieur d'une même scène. Pour mieux prendre son temps, parfois dans la lente progression de la cruauté. On songe à l'ultime duel entre Léo et Jonas, le maitre et le serviteur, où l'un, moyennant finance, veut forcer l'autre à le tuer. Pures scène d'angoisse que Desplechin filme comme un ballet funèbre (un pas en avant, deux en arrière).
L'évacuation de tout ce qui est humain en l'homme aboutit alors à une farce absurde et pitoyable où l'exécuteur rejette sur sa future victime le Mal qu'il s'apprête à commettre. Extérieurement, c'est donc un thriller sur le pouvoir et l'argent. Plus profondément, une méditation sur les passions, les mensonges et les faiblesses des morts-vivants que nous sommes. Une fois encore Arnaud Desplechin pose un regard désolé sur des êtres qui dévorent les autres sans s'apercevoir que c'est eux-mêmes qu'ils tuent."



Pierre Murat, Télérama
 

"Bond décrit sans pitié, sur le mode d'une tragédie Shakespearienne et dans une langue superbe, la lutte sans merci entre membres de la haute finance, dieux vivants ou seigneurs sans scrupules, et la destruction des sentiments et des liens familiaux qui en découle.
Desplechin en tire un film très dur et très noir, mécanique aussi tenue (direction d'acteurs magistrale) que libre (caméra à l'épaule, coupes dans le plan), entre Le Parrain et La Règle du jeu  (le nom des personnages principaux est Jurrieu). LEO EN JOUANT DANS LA COMPAGNIE DES HOMMES est un film aussi puissant qu'antipathique, puissant parce que antipathique, où l'on reconnait sans peine l'un des thèmes centraux du cinéma de Desplechin: le ressentiment et la rivalité qui régissent les rapports entre mâles, entre père et fils, entre "amis". Un monde où les femmes ne jouent qu'un rôle secondaire. Même si, car rien n'est simple, la scène la plus bizarre du film - très malaisante- met en scène un bébé et une femme."



Jean-Baptiste Morain, Les Inrockuptibles

Léo en jouant "Dans la compagnie des hommes"
De Arnaud Desplechin
2002
01h58 min


(€ 4.99)
VF
Format WMV + DRM
Taille : 1.19 Go
 




 
Acteurs
Léonard : Sami Bouajila
Henri Jurrieu : Jean-Paul Roussillon
Laërte : Xavier Bejà
Thérèse Jurrieu : Anne Consigny
William de Lille : Hippolyte Girardot
Ophélie : Anna Mouglalis
Jonas Servun : Bakary Sangaré
Claude Doniol : Laszlo Szabo
Hammer : Wladimir Yordanoff

Fiche technique
Réalisation : Arnaud Desplechin
Direction de la photographie : Stéphane Fontaine
Décors : Dan Bevan
Costumes : Nathalie Raoul
Montage : Laurence Briaud

Date de sortie en France : 28/01/2004




 



 
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