Shira Geffen et Etgar Keret : "La mer est l'élément fédérateur de notre film. Comme une conscience collective..."
Comment un couple d'écrivains israéliens remportent la Caméra d'or du Festival de Cannes 2007 avec leur premier film, inclassable, chaleureux et onirique, "Les Méduses", métaphore de nos existences voguant au gré des marées ? Dans cette note d'intention, ils expliquent leur propos.
"Couple d’artistes
israéliens, nous avons vécu la majorité de notre vie à Tel-Aviv. Il n’est donc
pas étonnant que nous ayons choisi la mer comme personnage principal de notre
premier film.
Dans cette réalité
israélienne si dense, imprégnée de violence, de suspicion et d’idéologies
extrémistes, la mer sert d’abri, de secours et de réconfort. Territoire
autonome, la mer serait le seul lieu où l’homme est considéré comme un homme, et non pas
comme un être vague se résumant à sa carte d’identité ou à son statut social.
Dans ce film composé de plusieurs histoires, la mer est l’élément fédérateur,
comme une subconscience collective, un lieu où nos personnages peuvent se
confronter à eux-mêmes.
Les trois trames
narratives du film fonctionnent ainsi comme les différentes facettes d’un même
état d’âme. Un état existentiel fait de solitude et du désir inassouvi de
communication et d’échange affectif. Nos héros ont besoin d’un intermédiaire pour
exprimer et transmettre leurs sentiments. Malka embrasse Joy, l’employée étrangère,
pour toucher sa propre fille Galia. Michaël découvre les désirs et les
angoisses de Keren, sa jeune épouse, grâce à la lettre de suicide découverte
auprès d’une inconnue, rencontrée dans un hôtel. Et Batya réussit à renouer
avec son passé à travers une petite fille perdue trouvée sur la plage. Même si
l’histoire se déroule dans un lieu précis, la ville de Tel-Aviv n’est pas le
Tel-Aviv connu. Grâce à un filmage particulier et à un cadrage très défini,
nous avons souhaité recréer une réalité décalée de la ville telle qu’elle est
montrée dans la plupart des films israéliens.
Comme un bateau enfermé
dans une bouteille, le film tente de prendre cette ville connue à bien des
égards et de l’installer dans une atmosphère différente, afin de créer une
nouvelle réalité émotionnelle. Les héros du film ont l’illusion de choisir
leur propre chemin. Ils se déplacent, tels des méduses, sans pouvoir contrôler
leur vie. Les courants souterrains qui les poussent viennent du passé,
d’expériences traumatiques ou de stéréotypes. A la fin du film certains
personnages réussiront à les vaincre. Ils seront alors arrivés au bord de la
plage, face à la mer. Et pour un instant ils pourront se tenir debout, dans un
endroit clair et vrai. Et espérer."
Shira Geffen et Etgar Keret