Doux moments du passé
De film en film, Guédiguian a "archivé", en quelque sorte, les différents visages de Marseille et de ses principaux acteurs. On en retrouve des traces à travers photos, flash backs et allusions au cours des récits...
Robert Guédiguian est
l’un des rares réalisateurs à retrouver ses comédiens principaux de film en
film (François Truffaut l’a fait aussi avec Jean-Pierre Léaud et Alain Resnais le fait encore avec Sabine Azéma, Pierre Arditi et André Dussollier) et il peut donc s’offrir le luxe
d’un flash back avec ses propres images. La première fois, dans A
la place du cœur, Ariane Ascaride et Jean-Pierre Darroussin, mariés
à l’écran, «revivaient» leur première fois par la magie d’un
extrait de Ki lo sa ? où le jeune homme soulevait le drap pour contempler
la nudité magnifique de la belle endormie. Ensuite, il y eut La ville
est tranquille, et le souvenir évoqué par Gérard Meylan d’une ballade
dans les rochers et d’un premier baiser, qui était extrait de Dernier
été.
Dans Mon père est ingénieur, ce sont deux photos tirées de
Ki lo sa ?, encore : l’une, dans le portefeuille de Darroussin, le montre
face à Ascaride ; l’autre sur la commode de l’appartement d’Ascaride,
les réunit dans un baiser. «C’est la machine à remonter le temps,
dit Robert Guédiguian. Ça s’apparente à de la haute sorcellerie.
Le cinéma enregistre le temps qui passe, sur les décors comme sur
les corps et les visages. Je suis une sorte d’archiviste du passé
de Marseille et de la jeunesse de mes acteurs...»