Téleacute;chargez et regardez le meilleur du cinéma indépendant
Video On Demand
   
 
Souscrivez à la newsletter
 Email
 

   Mondovino

Jonathan Nossiter : "Un vigneron est à la fois un agriculteur, un commerçant et un artiste."

Sommelier puis cinéaste, Jonathan Nossiter a consacré son troisième film à sa passion : le vin. Envisagé comme un poste avancé de la culture des hommes et une source de plaisir que les appétits financiers menacent de faire muter, le vin est filmé aux quatre coins du monde à travers la parole des vignerons, des critiques, des oenologues, dans ce documentaire polémique et passionnant... où les chiens, aussi, ont une grande importance !

Même si vous êtes cinéaste, vous travaillez également dans le monde du vin. Comment avez-vous commencé ?
Jonathan Nossiter : Le vin pour moi a toujours été lié au plaisir, à l’amitié. J'ai commencé à m'intéresser au vin dès l'âge de quinze ans lorsque j’étais serveur dans des restaurants à Paris. Plus tard, j'ai obtenu un diplôme de sommelier à New York, où j'ai élaboré un bon nombre de cartes de vins pour des restaurants. Mon père, Bernard Nossiter, était correspondant à l’étranger pour des journaux américains, et c’est pour cette raison que j’ai grandi dans plusieurs pays comme la France, l’Italie, la Grèce, l’Inde et les Etats-Unis. J’ai eu ainsi l’occasion très jeune de voir comment mon père prenait le pouls d’un pays en parlant avec tout le monde. Au cours de mes rencontres avec des vignerons du monde entier pendant ces 20 dernières années, j’ai pu constater que ce petit monde à part, pouvait aussi être en soi la représentation de “ tout le monde ”. Il existe une raison très simple à cela, c’est que le vin, dans sa complexité infinie d’expressions, est sur la planète entière, la chose la plus à l’image de l’être humain. Il fédère les traditions judéo-chrétiennes et les traditions gréco-romaines, il les garde – ou plutôt les prolonge - vivantes, vitales et actuelles. Le vin est donc un dépositaire unique de la civilisation occidentale. Essayer de saisir l’état du monde du vin, c’est forcément une quête sur notre relation à la vie et à la mort, mais aussi une quête sur la transmission d’un passé, orienté vers l’avenir.

La qualité humaine, culturelle, est-elle cruciale chez les vignerons ?
Un vigneron est à la fois un agriculteur, un commerçant et un artiste. Son attachement à la terre est d'une grande humilité (étant soumis aux caprices de la nature) et parallèlement le vin qu’il crée par son travail sur cette même terre, est directement lié aux plus grandes ambitions de la culture dans laquelle il vit. Et comme les artistes, il essaie de faire rêver, d’apporter des plaisirs, et de provoquer les échanges entre les gens. L’oeuvre pour laquelle le vigneron donne son âme est - contrairement aux oeuvres d’art - intrinsèquement éphémère, et produit d’immédiateté. Il évite donc nécessairement le piège signalé par Orson Welles, “la seule chose plus vulgaire que de travailler pour l’argent, c’est de travailler pour la postérité.” Un vigneron est par conséquent une des personnes les mieux placées pour révéler les tendances et les forces sous-jacentes d’une culture à un moment donné.


C’est donc par le biais du vin, que vous observez l’évolution de ces différentes cultures ?
Par exemple, ce n’est pas un hasard si le vin a connu un essor prodigieux dans les années 70, aux Etats-Unis. On découvrait un vin californien parfois un peu rêche, un peu difficile à avaler, mais toujours provocant, radical et plein d’énergie. Il existait chez ces vignerons ce même élan de découverte, ce même désir d'expérimentation que l'on trouvait dans les films de Cassavetes, de Scorsese ou de Coppola de cette époque. Avec les années 80 et l’arrivée d’une culture reagannienne, le vin de Californie a commencé à changer. On a vu apparaître des vins plus policés, plus médiatisés, élaborés grâce à l’argent, mais sans âme. Le vin devenait un "big business". Et au même moment, à Hollywood, on commençait à voir des films plus complaisants, plus commerciaux. Les petits vignerons californiens des années 70 qui ressemblaient aux Bourguignons ont alors été rachetés par de grandes sociétés. Coca-Cola a acquis Sterling Vineyards dans les années 80. Puis dans les années 90 Coca a revendu la “winery” à Diageo, une compagnie encore plus internationale, exactement au moment où l’idée du pays d’origine d’une grosse société devenait absurde. On peut donc observer, à travers le vin, les mutations de la culture américaine, et l’évolution de sa position dans le monde.

C'est aussi ce que reflète plus largement Mondovino. Une sorte d'état des lieux dans différents pays
Au départ, j’avais une toute autre idée en tête. Les origines et le coeur du film sont beaucoup plus personnels. J’ai commencé avec un bon ami, le cinéaste urugayen Juan Pittaluga, pour faire une sorte de casting de vignerons de différentes régions. Lorsque Juan et moi avons commencé à parler aux vignerons bourguignons, nous avons tous les deux été frappés par l’intensité des relations père-fils et par l’expression de cette intensité dans l’amour et le conflit qui amenait à la production de quelque chose de tangible. Cela nous a naturellement fait penser à nos propres pères, tous deux morts jeunes tout en laissant derrière eux de fortes expressions de leur amour et de leur engagement avec le monde.
Cette notion de transmission de génération en génération, de ce qu’on fait passer et de ce qui ne survit pas... de ce qui est perdu... ou de ce qu’on rejette consciemment, est devenu pour moi le Graal de cette aventure sur 3 continents. Nous avons eu l’occasion d’approcher des gens qui se disent conservateurs, et qui finalement se révèlent être extrêmement radicaux dans leur façon de résister à des tendances, ou à une "pensée unique", comme dit Hubert de Montille, viticulteur brillant à Volnay. La plupart de ces rencontres remettaient directement en cause nos propres à priori. C’était jubilatoire de se sentir “mis en danger par rapport à des certitudes” dans un monde néanmoins voué au plaisir.

Pourquoi aviez-vous choisi la Bourgogne comme point de départ ?

J’ai cité plus haut les Etats-Unis, mais ce qui se passait en Bourgogne dans les années 70 était tout aussi intéressant au regard de la politique et de l’économie d'un pays. Les vignerons bourguignons voulaient s’industrialiser et faire partie du monde moderne, et ils se sont retrouvés sous la pression d’un engouement pour les engrais chimiques. Ces gens sortis tout droit du village d’Astérix se sont vus confrontés aux pires pièges du monde moderne, mais leur attachement à leur terre, à leur culture, était si fort, qu’ils ont dû dans un premier temps céder à ces pièges pour ensuite revenir à une résistance active, acharnée. J’insiste sur cette idée, parce qu’il ne s’agit pas ici d’une position réactionnaire. On trouve en Bourgogne la plus grande complexité en matière de goût pour le vin et bizarrement aussi, la plus grande radicalité face aux pièges du monde actuel. Ces gens se battent pour protéger une idée simple, exprimée avec tout autant de force par un vigneron sarde qui les rejoint, Battista Colombu, “ défendre la dignité et la beauté de l’individu est peut-être la chose la plus importante à faire dans un monde qui sournoisement cherche à nous nuire à chaque instant dans notre individualité".

Votre démarche était davantage celle d'un amateur que d'un enquêteur ?
Je dirais plutôt que c’est celle d'un " découvreur ". Je me suis lancé dans ce projet avec l’envie de faire partager le plaisir de mes découvertes. Je me suis toujours tenu à distance du snobisme des initiés qui consiste à utiliser un jargon ampoulé et absurde pour parler du vin. Chaque fois que je construisais une carte de vins et que je formais une équipe de salle dans un restaurant, j’insistais pour que chacun des serveurs ne parle du vin qu’en utilisant ses propres termes, avec sincérité. On ne doit pas plus tricher avec une bouteille, qu’un comédien avec ses sentiments. Une démarche factice sera immédiatement perçue comme telle par les buveurs - ou les spectateurs – même pour les moins expérimentés.
Pour le film, je tenais à me rapprocher au plus près du point de vue d'un spectateur qui, si tant est qu’il ne s’intéresse pas du tout au vin, se sent toutefois sensible à toute chose qui peut enrichir notre quotidien... et qui s’inquiète pour l’avenir de ces petits plaisirs finalement si essentiels à notre survie.

Jonathan Nossiter : "Un vigneron est à la fois un agriculteur, un commerçant et un artiste."
 

Mondovino
De Jonathan Nossiter
France
2004
02h15 min


(€ 4.99)
VOST
Format WMV + DRM
Poids : 1.43 Go
Téléchargement : 54'
 




 
Acteurs
gestionnaires, Antinori Srl Florence Italie. : Famille Antinori
directeur, groupe Boisset Nuits-St-George France : Jean-Charles Boisset
écrivain et directeur des vins, Christie’s Londres Angleterre : Michael Broadbent
vigneron, Cafayate Argentine : Antonio Cabezas
vigneron, Sardaigne Italie : Battista Columbu
vigneron, Sardaigne Italie : Lina Columbu
co-pdg, directeur marketing Château Mouton-Rothschild Bordeaux France : Xavier de Eizaguirre
vignerons, Volnay Bourgogne France. : Famille de Montille
propriétaires, dom. San Pedro de Yacochuya Cafayate Argentine. : Famille Etchart
manager, “village d’Il Borro”, Il Borro Toscane Italie : Salvatore Ferragamo
gestionnaires, Frescobaldi Spa Florence, Italie. : Famille Frescobaldi
propriétaire, Mas de Daumas-Gassac Aniane France : Aimé Guibert
vigneronne, Jurançon France : Yvonne Hegoburu
co-pdg et directeur technique Château Mouton-Rothschild Bordeaux France : Patrick Léon
pdg, William Pitters Bordeaux France : Bernard Magrez
actionnaires principaux de la Robert Mondavi Winery Napa Californie USA. : Famille Mondavi
oenologue-consultant, Pomerol Bordeaux France : Michel Rolland
importateur de vins, New York City USA : Neal Rosenthal
critique du “Wine Spectator Magazine”, Il Borro Toscane Italie : James Suckling
vigneron, Pernambuco Brésil : Bianchetti Tedesco
vigneron, Pernambuco Brésil : Inaldo Tedesco
vigneron, Pernambuco Brésil : Isanette Tedesco
fondateur du Château Valandraud St-Emilion France : Jean-Luc Thunevin
cavistes, Volterra Toscane Italie : Patrizia Vinci
caviste, Volterra Toscane Italie : Massimo Vinci

Fiche technique

Date de sortie en France : 03/11/2004