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Soleil trompeur{Utomlyonnye solntsem}

Réalisation

De Nikita Mikhalkov - Russie - 1993 - 2h32min

Pitch

L'été 1936 en URSS. Kotov, héros de la révolution bolchévique passe une journée de repos dans sa datcha avec sa femme Maroussia et leur fille Nadia. Des aïeux les ont rejoints mais aussi Mitia qui jadis aima Maroussia. La révolution l'avait renvoyé loin et dépouillé de tout. Les souvenirs ont un goût amer.

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Informations techniques :

  • : Couleur
  • : Long metrage
  • : Russian

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    Télérama

    " C'est un long cri de joie qui salue l'arrivée de Mitia. Mitia, élevé jadis dans cette famille, disparu, il y a longtemps, avec le coeur de Maroussia. Et les voilà qui se regardent tous les deux, ces amoureux d'un autre temps, comme Platonov contemplait Sophie dans Partition inachevée pour piano mécanique. C'est drôle : dès lors que Mitia a ôté son masque, chaque habitant de la datcha semble en avoir revêtu un. Et une sourde inquiétude, soudain, a jailli. Comme une fausse note dans l'harmonie générale. C'est cette fausse note que va filmer Mikhalkov. En la faisant apparaître et disparaître. En jouant d'elle. En la montrant, hop, rien qu'une seconde, dans un regard échangé entre Maroussia et Mitia, entre Mitia et Kotov. En la dissimulant, ensuite, sous l'ironie, l'absurde ou l'émotion (admirable séquence où Mitia, frappé par Kotov, se relève à l'arrivée de Nadia, tel un clown léger avec un ballon de foot qui roule sur son doigt...). Et puis, enfin, en la laissant éclater, cette fausse note, dans les dernières minutes du film, et lui faisant, alors, tout détruire. Le rêve. L'euphorie. Tout...

    C'est donc un suspense à la Hitchcock auquel se livre Mikhalkov. Tout va exploser, c'est sûr. Mais quand ? Mais comment ? La mise en scène grignote, minute après minute, seconde après seconde, la quiétude de ce dimanche d'été. Pour mieux en dévoiler les rapports de force secrets. Lors de la baignade, par exemple, Mitia surveille, de loin, son « rival ». A plusieurs reprises, Kotov manque de marcher sur un tesson de bouteille. Oui ? Non ? Marchera, marchera pas ? (...)

    Inquiéter, émouvoir, amuser. Pas successivement ­ ce serait trop simple ­, mais simultanément, à l'intérieur d'une même scène : voilà le rêve de Mikhalkov. Manier le temps à sa guise. Réussir à marier la précision d'un mathématicien à la grâce d'un poète. La rigueur et la liberté... Et il y parvient, ce qui en agace plus d'un.

    Un lac, un petit air de musique, qui souligne les mots tendres qui lient Kotov à sa fille. Une barque, filmée en plan éloigné, qui traverse l'écran, et c'est le lyrisme de Renoir que l'on évoque. Dans l'île où ils se sont réfugiés, le visage de Maroussia, fermé, mais offert cependant, si offert... Et le corps de Mitia, appuyé à un arbrisseau, sur lequel il se balance. Négligemment. Enfin, pas si négligemment que ça. Et le trouble naît : la sensualité d'un amour qui a été, mais ne sera plus. S'ils ne se touchent pas, en cet instant, ces deux-là s'effleurent quand même... Ou alors, voilà qu'en quelques secondes, la folie s'empare de la datcha (...) Tout est dans cet instant qui ne veut jamais finir et qui prend, alors, des airs d'éternité... L'homme ne vit que pour cette éternité illusoire, même s'il forge sans arrêt des armes pour la détruire.

    Car la morale de Soleil trompeur, c'est tout de même que chacun est responsable de l'horreur qu'il fait naître. Certes, dans la Russie des années 30, le « soleil trompeur », c'est Staline. Le Petit Père des peuples, dont l'image règne partout, jusque sur ce dirigeable que Mikhalkov filme avec un rien d'insistance, ce qui ne lui ressemble pas. Ce qu'il filme mieux, en revanche, parce que ça l'intéresse, c'est cette inconscience qui, en chacun de nous, explique, si elle ne la justifie pas, l'existence de tous les « petits pères du peuple » passés, présents ou à venir. Le sort de l'homme, c'est de n'entendre que ce qu'il veut entendre ; de ne voir que ce qu'il veut voir.

    Dans La Cerisaie, de Tchekhov, Lopakhine avertit à plusieurs reprises Lioubov Andreevna que sa chère propriété sera vendue, là, dans quelques jours, et qu'il s'agirait donc de tenter de réagir un peu ! Que s'entend-il répondre ? On verra, on trouvera une solution, on s'arrangera (...) Dans Soleil trompeur, réunis dans cette datcha privilégiée, nos Russes évoquent le temps heureux (celui de Tchekhov, qui, évidemment, ne l'était pas tant que ça !), où la vie avait un autre parfum. « Mais qu'avez-vous fait pour protéger ce parfum que vous regrettez, aujourd'hui ? », dit Kotov, exaspéré par tant d'indolence. Rien. Personne n'a rien fait. Sinon philosopher autour d'une tasse de thé (ou de vodka !).

    Le plus drôle, c'est que Kotov, apparemment plus lucide que les autres, colonel au KGB ­ ce qui ne fait pas de lui un enfant de choeur ­, s'avère aussi naïf que le malheureux camionneur qui, durant le film, tourne en rond à la recherche d'un village inconnu et qui, le soir, rencontre son destin. Mais avec Kotov, incapable jusqu'au bout de croire à la folie de l'idole qu'il aura lui-même forgée, Mikhalkov se dépare un instant de l'ellipse. Soudain, il ne suggère plus : il montre. Du sang. Des larmes. Et un long gémissement, comme en exhale chacun de- vant ses illusions perdues. On prête un libre arbitre à l'homme et, en bon humaniste, Mikhalkov défend cette thèse : oui, à chaque instant de sa vie, on choisit de se sauver ou de se perdre. Il y a jusqu'au bout, jusque dans la boue dans laquelle on s'enfonce, un salut possible. C'était le cas de Cinq Soirées, des Yeux noirs, de La Parentèle. Dans Soleil trompeur, Mikhalkov continue de proclamer l'existence du libre arbitre, mais le choix, cette fois, n'est qu'un leurre : s'il opte pour le mal, l'homme devient sa propre victime, pour l'éternité. S'il opte pour le bien, il devient la victime de ceux qui ont opté pour le mal. On n'en sort pas.

    Partition inachevée pour piano mécanique, le plus beau film de Mikhalkov, était une tragi-comédie, qui se terminait sur un enfant endormi, éclairé par le soleil levant. Ici, le soleil est trompeur ; le film, superbe, est donc une tragédie. Où la fatalité, au lieu de foncer au pas de charge, s'offre une pose... "

    Pierre Murat, Télérama

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A propos de

  • Nikita Mikhalkov

    Dans les années 80, le petit jeu consistait à débattre sur les deux frères russes Nikita Milkhalkov (né en 1945) et Andrei Konchalovsky (né en 1937) pour...

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Soleil trompeur

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Notes

9/10

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  • elPoto au sujet de : Le Voyage aux Pyrénées

      7/10

    Assez rigolo dans le genre loufoque mais aussi poétique et sensuel. Merci les frères Larrieu.