" Produit par Daniel Toscan du Plantier, le film est une
nouvelle contribution à ce que peut signifier, au sens fort de produire
du sens, la transposition de l’opéra à l’écran. Losey avait traité de
Don Giovanni en marxiste, Rosi de Carmen en amateur éclairé et
Syberberg de Parsifal en Allemand torturé par le nazisme. Benoît
Jacquot, lui, réagit en amoureux de la mise en scène. Comme s’il se
défiait de cette forme d’opéra et des codes de représentation qui lui
sont intrinsèquement liés, il a fait le choix d’une double distance.
La
première consiste à quitter régulièrement les décors et ses couleurs
pour montrer musiciens et chanteurs en noir et blanc dans le studio
d’enregistrement. La deuxième nous fait basculer des lieux historiques
de l’action (l’église du premier acte, le palais du deuxième, et le
château fort du troisième), filmés sur place à Rome en vidéo à fort
grain, dans leur grossissement en studio avec une image somptueuse.
Volonté de lier l’artifice à la vie et le travail à son effacement dans
la représentation ? Sans doute. Ni iconoclaste ni académique, sa
proposition de lecture intéresse en soi davantage qu’elle ne sert
l’oeuvre. Se mettre humblement au service du texte, ce qu’a toujours
fait un Rohmer, ou le tirer à soi, là a toujours été la question."
Jean Roy, L'Humanité
" Technicien dans sa mise en scène, Jacquot a préféré le cinématographique au scénique, filmant les divas en gros plan, avec un cadre très serré et dans un décor épuré, privilégiant l'expressionisme des visages..."
Jean-Baptiste Drouet, Première
" Benoît Jacquot compose habilement avec les contraintes du genre (...) C'est l'intensité furieuse, l'outrance expressionniste du muet qu'on retrouve alors sur ces visages aux voix feintes."
François Gorin, Télérama