Arnaud Desplechin : "Théâtre et série B, film noir et politique..."
"A l'origine, c'est une pièce du plus Shakespearien des auteurs anglais contemporains, Edward Bond..." explique le réalisateur qui a cherché à mélanger les genres et les matières (fiction, théâtre, répétitions des comédiens...).
"A l'origine, c'est une pièce du plus Shakespearien des auteurs anglais contemporains, Edward Bond.
Elle scrute les allées et venues du pouvoir et l'on y retrouve
étonnamment la marque du cinéma américain des années 70. Un cinéma
peuplé d'hommes tout entiers occupés à défier des appareils occultes:
Les Hommes du Président, French connection, Les Trois jours du Condor, Network, Marathon man... Pour que soit enfin démasqué un coupable.
C'est précisément cette rencontre entre le théâtre et la série B -
comme caisse de résonnace offerte par le film noir à l'art le plus
politique - que j'ai eu envie d'orchestrer. Afin que s'accomplisse
justement cette fonction libératrice du thriller. Il n'y a pas de
coupable ultime, juste quelques hommes de pouvoir qui oeuvrent dans
l'ombre et font du monde une jungle.
Participer à la vie des hommes, c'est rentrer dans le jeu sale du "qui
mange qui". Alors, comment entrer dans la circulation du pouvoir et de
l'argent, des mots mêmes, sans s'entredévorer ? Le film ne juge pas ces
hommes; ils sont les rois d'aujourd'hui, nobles et terribles. Et leurs passions éclairent nos vies. Comme les comédiens nous restituent le monde qui nous échappait, en jouant à le représenter.
Formellement; le film a choisi de ne cacher ni le théâtre, ni sa propre
fabrication. Il mêle donc dans un seul et même élan narratif, et
toujours au service de l'intrigue, essais de casting et travail de
répétition avec les comédiens, filmés en vidéo, et tournage en
situation, en 35 mm. le film bénéficie ainsi de vitesses différentes,
d'accélérations soudaines et d'ellipse énormes, toutes caractéristiques
de la série B."