"Le plus beau film raté du monde. (...) un film scandé où l'on ne
s'ennuie pas une seule seconde (...) le meilleur film de Laetitia
Masson, sans conteste. Jamais on n'aura vu un film sur la dépression
plus juste, plus clinique, plus masochiste jusque dans sa laideur."
Jean-Baptiste Morain, Les Inrockuptibles
" Est en effet martelée la conviction qu'un
récit n'est adaptable que s'il est vécu de l'intérieur
par l'adaptateur. Qu'en somme Laetitia ne saurait rendre le désordre
amoureux de Christine qu'à condition de se désordonner elle-même.
Ainsi la triple épaisseur susceptible de donner un peu de jeu à
la liste des names en jouant sur les écarts d'incarnation, se
résorbe en une plate équivalence, chacune des trois femmes reconnaissant
chez l'autre un quant-à-soi identique au sien, qui se révèle
le seul objet du film.
Dès lors, quand le film se décide enfin
à rendre la passion consignée dans le roman, il apparaît
qu'elle est de trop, que les scènes où les les deux corps muets
se cognent à leurs impasses n'ont rien à faire là. Qu'elles
ne sont que des vignettes glauques vouées à soutenir, comme un
mur, les pages lues en voix off. Que seule importe à Laetitia de faire
sienne l'autoanalyse de Christine. Que tout ici converge vers ces plans qui
la voient se filmer dans le miroir et le doute..."
François Bégaudeau, Cahiers du Cinéma
" Avec audace, humour et une sensibilité aiguë,
la cinéaste Masson examine des tas de trucs qui passionnent : l'alchimie
d'une rencontre, la déchirure d'un couple, le risque de s'abandonner
au regard de l'autre, les dangers de se raconter... Le tout redoublé
d'un jeu schizophrèneet captivant puisque les comédiens principaux
(Zylberstein et Barbé) batifolent dans plusieurs rôles et en côtoient
d'autres (Auteuil, Arditi, Huster), parfois dans leur propre peau, parfois non.
Ajoutons que le film dit des choses puissantes sur le cinéma français
dans ses petits état..."
Olivier de Bruyn, Première
"Pourquoi (pas) le Brésil est un malicieux
making of en abyme, l'évocation des affres d'une réalisatrice
qui se bat avec ses financiers, ses acteurs, ses doutes (...). Subtilement,
Laetitia Masson se joue des représentations et des identifications. Au
nez et à la barbe des personnes réelles (présentes en chair
et en os), Elsa Zylberstein et Marc Barbé jouent (fort bien) les rôles
à miroirs de la réalisatrice et de son héroïne (pour
l'une), du mari de la réalisatrice et de l'amant de l'héroïne
(pour l'autre).
Mue par une honnêteté photogénique, se filmant
avec humour (politesse de la distanciation) en détective burlesque à
la recherche de l'esprit du livre, du "mentir-vrai" cinématographique
et de ses propres troubles amoureux, Laetitia Masson assume la seule pose qui
lui semble possible : confesser son processus de création, oublier du
livre ce qui lui reste étranger et se raccrocher à ce qui lui
parle, évoquer sa fascination pour le dédoublement, le mystère
de l'amour, "l'adaptation à la personne qu'on aime"
Jean-Luc Douin, Le Monde
" Mieux que Spike Jonze avec Adaptation, Laetitia
Masson nous fait partager les affres de la transposition, l'impact du livre
sur sa vie et sa quête d'une vérité émotionnelle
pour dépasser la simple illustration de roman (...). C'est aussi une
subtile (et toujours compréhensible) mise en abyme de son histoire que
nous livre Laetitia Masson. Avec un reste de pudeur qui lui interdit la nudité
physique ("ou alors, juste le haut"), mais sans fausse honte, elle
dit et montre son désarroi de cinéaste au chômage, rejetée
par les producteurs (dont Alain Sarde, flamboyant) et les acteurs (Daniel Auteuil,
étonné, et Francis Huster, étonnant), brossant ainsi un
portrait drôle mais amer du cinéma français..."
Patrick Fabre, Studio Magazine
" Laetitia Masson se filme elle-même et se met en scène
dans tous les avatars de l'artiste bloquée : l'impuissance créatrice,
le besoin de travailler, l'horreur du vide, l'angoisse du miroir. Elle fait
son 8 et demi, sans filet (...)
C'est sincère, beau, émouvant,
libre, riche de sens. Ce long métrage de "fiction" (les guillemets
sont essentiels") tourne autour de la question : comment Laetitia Masson
va-t-elle transposer à l'écran le "roman" autobiographique
de Christine Angot, Pourquoi le Brésil ?
La réalisatrice,
devant un miroir avec sa petite caméra DV, se demande comment elle va
faire (...). La deuxième partie, c'est la liaison entre Christine et
Pierre Louis (...). C'est cette partie centrale qui est la plus proche d'une
adaptation du livre au sens classique. Et les interventions de la réalisatrice
sont avant tout des commentaires en voix off extraits du livre, dont la force
d'écriture est admirablement rendue par le filmage : sensualité
de la découverte des corps, isolement des personnages malgré la
passion charnelle, affrontements verbaux et physiques.
Le cadre en scope est
flottant mais déterminé, la lumière "godardienne"
dans sa manière de styliser le réel (renforcement extrémiste
des éclairages naturels). Les deux comédiens sont d'une justesse
terrifiante, corps hagards, voix brisées, visages entre la représentation
et la reddition mutuelle."
Yann Tobin, Positif