"Ce que le cinéma français a aujourd'hui de plus vivant, de plus
original, de plus singulier. Car Ressources humaines est un film très
fort. Un film gonflé..."
Pascal Mérigeau, Le Nouvel Observateur
« Son film est d'abord un vrai bonheur sur ce
plan-là : le regard franc et frontal qu''il porte sur le monde de
l'usine ; l'empathie sans pathos dans laquelle il tient chacun de ses
personnages ; la netteté et la fraîcheur de sa méthode. »
Olivier Séguret, Libération
« Sa mise en scène est à la hauteur de son
propos, proche des personnages et sans aucun effet grandiloquent - la
confrontation entre le père et le fils est d'autant plus forte qu'elle est
d'une grande sobriété. Aux comédiens les ultimes applaudissements : Frank,
le fils, joué par Jalil Lespert, l'acteur qui monte, et surtout Jean-Claude
Vallod, le père, comédien amateur comme la plupart de la distribution, et
silencieux magnifique. »
Eric Libiot, L'Express
« ... film atypique qui dégage une vérité profonde à laquelle il est difficile de
rester insensible (...) Avec autant de sensibilité que de détermination, Laurent
Cantet fait évoluer leur relation tout en évitant les faux-semblants, qu''ils
soient stylistiques ou mélodramatiques. »
Christophe d'Yvoire, Studio Magazine
" Les opinions qui séparent Frank et son père sont d'ailleurs relatives.
Les 35 heures, le père n'en voit pas l'intérêt, lui qui passe ses
loisirs à... travailler dans son propre atelier ; pour son fils,
peut-être... Le fils, lui, est pour, cela va dans le sens du progrès,
de l'Histoire ; mais si son père doit trinquer...
Chacun rêvait à la
place de l'autre, et c'est cela qui fait mal et que Laurent Cantet
capte si bien : ces bulles de rêve qui crèvent.
Dans le feu du règlement de comptes, on entend « lutte des classes »,
des mots qu'on pouvait croire désuets. Il est surtout question de
dignité, de « trouver sa place », comme dit Frank. Jusqu'au bout,
Ressources humaines préfère le sentiment à la dialectique, les images
aux discours. Et si ces images vibrent avec autant de justesse, elles
le doivent largement à des acteurs non professionnels tout à fait
étonnants, à commencer par la cégétiste Danielle Mélador (voir
portrait) et par Jean-Claude Vallod dans le rôle du père on
n'oubliera pas de si tôt sa lippe tremblante à la fin de la dispute. Au
milieu d'eux, Jalil Lespert (le fils, seul « pro ») impose une
présence, une densité qui en font un jeune homme à suivre."
François Gorin, Télérama
« Le choc. Dès
les premières images, j’ai fondu en larmes. Alors qu’il ne se passait
rien ! La peinture aussi peut réveiller des émotions souterraines. Mais le
cinéma, c’est une expérience très curieuse, ça peut être très violent. On a
tous pleuré ou ri devant un film, sans savoir pourquoi. Je crois que c’est la
nature même du cinéma. »
Jean-Pierre Darroussin pour, Universcine
" La position de Cantet, de simple observateur d'abord, devient alors celle d'un cinéaste engagé, qui
prend clairement parti du côté des opprimés, à l'instar de son personnage. Certes, le metteur en scène ne propose aucune solution miraculeuse, conscient que les seules ont pour noms, et depuis des lustres, opiniâtreté, abnégation, courage, foi, engagement..."
Grégory Valens, Positif
" Les nombreuses qualités de Ressources humaines sont enrichies par son interprétation. Mis à part Jalil Lespert, familier du cinéaste, très convaincant, tous les acteurs du film, formidables, sont des amateurs. Grâce à eux, les personnages ont une force qui doit beaucoup à leur évolution dans le récit.
La plupart du temps, Laurent Cantet part du cliché, du poncif (les dialogues sont frappés à l'aune du bon sens, et du sens commun), avant de l'annuler au détour d'une scène qui révèle le personnage sous un autre jour. Un renversement, qu'on retrouve dans le superbe personnage de Madame Arnoux (Danièle Mélador), la déléguée syndicale CGT. Lors de la réunion du comité d'entreprise, elle est une caricature de sa fonction (agressivité, langue de bois, discours préfabriqué, prêt à servir en toute circonstance), à un moment où le film a besoin que le spectateur soit aux côtés du jeune homme, ayant à coeur qu'il réussisse.
Après avoir écarté dans les faits Madame Arnoux pour faire son chemin dans l'entreprise, vient ce moment où le jeune homme, confronté au licenciement du père, a besoin d'elle. Après avoir été une voix et un visage, un vrai personnage du cinéma français dialogué par Audiard, elle revient au premier plan de l'intrigue tout en restant au loin : juste une voix dans le téléphone, une voix sans corps. Dans la scène centrale de l'explication entre le père et le fils dans l'atelier, elle devient une figurante, le témoin d'une scène qui la choque (on la voit reprendre le fils, estimant qu'il va trop loin). Elle est alors, à
l'opposé de sa première apparition, un visage sans voix. A l'issue de l'échange, elle vient consoler le père, dont la lèvre inférieure frémit encore, sous le choc
très violent des mots prononcés. Emporté par l'émotion de la scène, c'est tout juste si le spectateur remarque la portée politique de son geste. Voir la déléguée CGT s'inquiéter de l'état d'un ouvrier particulièrement hostile au principe de la grève, c'est un peu le monde à l'envers, au regard d'une certaine doxa, même si c'est aussi ce monde que choisit de montrer Laurent Cantet, celui où les rapports de forces qui régissent les relations humaines imposent à chacun de tenir son rang, d'assumer sa place et sa fonction, quitte à se composer une carapace pour tenir et survivre. Mais
derrière ce masque de la fonction sociale - bouclier serait plus juste - dans un univers régi par les règles du paraître, voire de la mascarade sociale (on n'est plus très loin, ici, de Jean Renoir et du Eustache du Père Noël a les yeux bleus), existe des «ressources humaines», pas encore taries, ainsi
qu'en témoigne le geste de cette femme qui ne tient pas, à laisser seul cet homme terrassé.
Qu'est-ce qui fait ressembler Madame Arnoux à elle-même entre le moment où on la voit tenir son
rôle et son discours de déléguée à la réunion, et celui où elle oublie soudain sa fonction ? La ressemblance à soi dans cette conscience d'exister pour autrui, entre une fonction à tenir (l'ordre social) et une place à trouver (son identité), est le grand sujet de Ressources humaines. Celui d'une réalité de la nature humaine, entrevue au détour d'une scène, d'un geste, venue perturber une image déjà constituée.
Réfléchir l’existence pour mieux (panser ?) ses contradictions, là où la conscience de
vivre avec autrui vient brouiller soudain le jeu mécanique de la fonction sociale, voilà ce que ce film, décidément très grand, parvient à faire sentir."
Charles Tesson, Cahiers du Cinéma