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Christian Vincent : "Faire un film, c'est organiser le chaos"

"C'est-à dire, fouiller dans ma mémoire et dans celle des autres, réunir des idées "volées" à droite et à gauche, rassembler des personnalités et tisser entre elles des liens secrets, inédits, imprévus", explique le réalisateur.

"Le scénario de Sauve-moi a été écrit dans des conditions particulières. J'ai terminé le tournage de mon film, Je ne vois pas ce qu'on me trouve, avec le désir de revenir dans le Nord, mais d'y revenir différemment. Je n'avais plus envie de refaire ce que j'avais fait jusqu'alors, c'est-à-dire imaginer une histoire, un récit et des personnages dans la solitude de l'écriture et, une fois le scénario terminé, chercher la ville, trouver les décors, les interprètes... en un mot, incarner.

J'avais envie d'autre chose. Je voulais renverser les propositions, commencer par où on finit d'habitude, c'est-à-dire m'installer quelque part dans une ville, dans un quartier, trouver des décors, rencontrer des gens et alors seulement, me mettre à écrire. C'est à cette époque que j'ai rencontré Ricardo Montserrat. Il avait accouché d'un livre en faisant écrire des habitants d'un quartier de Lorient, tous chômeurs. Le contraire du repli sur soi. Ce fut un déclic.

C'est ainsi que pendant l'hiver 1998/1999, fut organisé à Roubaix un atelier d'écriture qui réunit dix-sept "privés d'emploi", dix-sept personnalités que rien, à priori, ne disposait à l'écriture. Si pour moi faire un film, c'est organiser le chaos - fouiller dans ma mémoire et dans celle des autres, réunir des idées "volées" à droite et à gauche, rassembler des personnalités et tisser entre elles des liens secrets, inédits, imprévus - l'immersion dans cet atelier fut une excellente entrée en matière. Du chaos de cet atelier, un roman noir est sorti.

Si le film n'est pas la stricte adaptation du roman, il en est l'écho, comme il est l'écho des récits et des situations entendus, racontés et vécus lors de cette aventure."

Christian Vincent