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Cristian Jimenez : L'illusion de la vie

VIDEO | 2012, 8' | Un premier long-métrage qui joue sur les apparences et les trompe-l'oeil... C'est à l'occasion d'un retour dans sa ville natale, que Cristian Jiménez a eu envie de travailler sur l'absurdité de la vie.

D’où vous est venue l’idée du film?

Il y a cinq ans, après voir vécu à Londres, je suis retourné dans ma ville natale, Valvidia. Je voulais devenir cinéaste et je rentrais préparer un court métrage. La ville avait beaucoup changé : elle s’était modernisée mais d’une manière à la fois comique, étrange et dramatique. Cela m’a donné envie d’en faire un film. Le nouveau centre commercial m’a aussi fait beaucoup d’impression, en particulier la manière poétique dont Valvidia se reflète sur ses vitres. J’ai commencé à bâtir des histoires et des personnages qui rendraient compte de cette vie moderne.

L’utilisation de cet espace est très importante pour vous...

Oui, il y a le centre commercial mais aussi cette entreprise médicale fictive qui sert aussi de cadre. Avant d’être cinéaste, j’ai étudié la sociologie. D’où peut être, l’importance du contexte pour mes personnages. L’absurdité de la vie en entreprise m’intéresse beaucoup : c’est fascinant comment elle vous pousse à jouer un rôle. Il y a beaucoup de scènes du film où mes personnages sont comme dans un rôle, ils parlent de manière artificielle ou différente selon qu’ils soient secrétaire ou gardien, chez eux ou au travail.

Vous adoptez une réalisation entièrement en plans fixes...

C’est ma manière de considérer l’espace : pour souligner l’importance du contexte, il me fallait des plans larges. Le plan fixe exprime l’idée de la netteté sur laquelle joue le titre du film. Je montre peu en donnant l’illusion de montrer beaucoup. Le titre est ironique.

Vous jouez sur le flou, l’aveuglement, en même temps, le film est très composé, très identifiable : bleu pour Juan l’aveugle, rouge pour le gardien, gris pour l’entreprise...

Oui, les plans sont souvent symétriques mais je subvertis cette idée de perfection. Le film travaille en permanence sur la surface, cette aseptisation qui hante l’entreprise et les centres commerciaux. Je ne pouvais pas trouver meilleur emploi qu’une société médicale, où tout est propreté, hygiène et rationalité. Les personnages ont été aussi écrits de cette manière : ils refoulent en permanence leurs sentiments pour faire bonne mesure. Bien tenir un rôle. On m’a aussi dit que mes cadrages rappelaient des miroirs.

Certains de vos personnages sont peut-être plus aveugles que votre aveugle... Oui, c’est un film sur la vision dans tous les sens du terme, croyance ou optique. Et ces différentes visions se croisent, se confrontent, cohabitent et se mélangent dans un monde étrange, où les illusions d’optique sont aussi bien des rêves que de faux espoirs. Ce n’est pas facile de voir. J’ai beaucoup appris de l’actrice aveugle qui joue la petite amie de Juan. C’était notre consultante en vue.

Avec sa profusion de situations, le film est comme un microcosme, un résumé du Chili...

Oui, comme le reste de la planète, le Chili s’est violemment modernisé et on ne peut revenir en arrière. Il y a des résistances aux changements, pour de bonnes et mauvaises raisons. Ce que j’aime, c’est ce mélange entre la modernité et la tradition. Mes personnages sont des provinciaux confrontés à des enjeux postmodernes. C’est un sujet universel et passionnant. Au delà des mutations de Valdivia, j’ai essayé avec Ilusiones Ópticas d’illustrer la tension entre le global et le local au sein de la mondialisation.

Une nouvelle vague de jeunes cinéastes chiliens émerge, avec des films comme Tony Manero, Navidad ou Huacho. Comment vous inscrivez-vous dans ce courant ?

C’est un moment très excitant pour tous. Ce qui nous caractérise, c’est que nos films sont tous très différents, sans figure tutélaire qui nous rassemblerait. Mais nous avons au moins un point commun : la volonté d’interroger le langage cinématographique, avec des résultats différents. Malheureusement, nous sommes peu considérés par le circuit de distribution local, qui privilégie plutôt les blockbusters étrangers, alors que les films que vous citez et le mien sont tout à fait accessibles, et qu’il existe un public pour cette nouvelle vague chilienne. Encore une illusion d’optique !