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Emmanuel Bourdieu : "Ici, le suspense tient essentiellement au langage..."

Pour Emmanuel Bourdieu, réalisateur des Amitiés maléfiques, le langage est la clé du suspense d'un film porté par un jeu d'acteurs tout entier tendu vers le mystère.

 

Au-delà du thème de l'apprentissage, Les Amitiés maléfiques est un film sur le vampirisme...

Oui, car les rapports décrits dans le film sont constamment ambivalents. L'humour d'André provient notamment de sa cruauté et de la violence de son injustice. Les gens viennent à lui parce qu'ils sont en quête de sens et que leur vie chancèle : en échange, André exige d'eux leur liberté et leur foi en lui. C'est en cela qu'il vampirise ceux qui l'approchent car il vit de la croyance et du regard admiratif des autres.

Peut-on dire qu'il s'agit d'un thriller littéraire ?

Candidature avait presque une dimension policière. De même, Vert Paradis jouait sur un suspense sentimental et frôlait le polar. Avec Les Amitiés Maléfiques, le suspense tient essentiellement au langage. En outre, les rapports entre les personnages sont d'une grande tension et font tendre le film vers le registre du polar. Je crois que cela tient aussi aux comédiens qui ont un vrai potentiel de mystère policier.

Comment avez-vous choisi les comédiens ?

J'ai rencontré Thibault Vinçon dans un atelier Musset du Conservatoire dirigé par Denis Podalydès. Je me souviens que Denis lui avait demandé de remonter le plateau, dos au public, en titubant : il m'a aussitôt frappé par son grand brio technique et sa sensibilité, deux qualités qu'on trouve rarement réunies chez un comédien. Ce que j'aimais aussi chez lui, c'est que sa présence n'est pas qu'intellectuelle, mais aussi physique : à tout moment, il exerce une influence perceptible sur ses amis - ce qui m'importait dans cet univers très littéraire. Il s'est vraiment imposé à moi pour le rôle d'André. J'avais déjà dirigé Natacha Régnier dans Vert Paradis. J'apprécie beaucoup sa simplicité et sa concentration dans le travail, son investissement total dans le jeu.

Et les deux autres membres du groupe ?                                                         

C'était justement difficile de trouver des comédiens avec lesquels l'alchimie fonctionne au sein du groupe. Malik Zidi m'a beaucoup aidé à constituer le groupe. C'est un comédien instinctif qui fait preuve d'une capacité d'écoute extraordinaire : on peut lire toute une séquence sur son visage ! Alexandre Steiger, lui, est un comédien extrêmement pudique, doué d'une capacité de composition burlesque unique. Je suis aussi heureux que Dominique Blanc ait accepté d'interpréter, avec humour et hauteur, ce rôle de mère écrivain. Elle apporte beaucoup au film, de même que Jacques Bonnaffé que j'ai tant aimé dans Va savoir! de Rivette.