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Joseph Cedar : "Je suis tombé amoureux des talmudistes"

"Un film comme une note de bas de page". Ainsi Joseph Cedar présente-t-il Footnote, son quatrième long-métrage de fiction. "Un film où les enjeux sont petits", dit le réalisateur qui se méfie des oeuvres à prétention universelle.

On peut qualifier Footnote de comédie intello. Qu’en pensez-vous ?

Je suis ravi que l’on puisse dire du film que c’est une comédie ! Les spectateurs peuvent rire et sourire sans complexe, ne pas tout prendre au premier degré. Mais si l’on s’attache au fond, cette histoire peut être une tragédie. Comme la plupart des histoires père/fils d’ailleurs.

Ce film est le portrait de deux générations : les pères et les fils. C’est aussi bien une problématique universelle qu’une part essentielle de la culture israélienne. Quel point de vue avez-vous adopté ?

J’ai beaucoup réfléchi à cette question d’universalité et de particularisme culturel. Je ne sais toujours pas s’il existe un juste équilibre entre les deux parce que si l’on privilégie l’un, c’est au détriment de l’autre. Personnellement, j’ai tendance à travailler sur les spécificités culturelles, et j’espère que les spectateurs se reconnaîtront un peu dans cette histoire et se sentiront proches des personnages. Personnellement, je suis toujours un peu suspicieux à l’égard des films ou des livres « trop » universels…

Pourquoi avoir fait de vos personnages des chercheurs sur le Talmud ?

Le département du Talmud de l’Université Hébraïque est un endroit incroyable. C’est le plus petit département de l’université mais il est connu dans le monde entier pour ses méthodes sans compromis et son attitude intransigeante à l’égard de la notion même d’erreur. On m’a raconté des histoires sur ce département, ses rivalités ancestrales entre chercheurs, l’opiniâtreté épique dont certains font preuve, ses professeurs excentriques dont la mission académique prend plus de temps qu’une vie entière… Bien que ce soit une matière ésotérique, je suis tombé amoureux de ces gens et ils sont devenus le coeur de mon film.

C’est un film centré sur les hommes.

Je pense que le personnage de la mère, Yehudit, est le catalyseur de toute l’histoire et je trouve qu’elle est plutôt dans la lumière comme élément essentiel du film. Ceci dit, c’est vrai que le film parle de deux hommes et que pour ne pas s’égarer, ce sont leurs points de vue qui sont privilégiés dans le film.

Pouvez-vous nous parler du titre et de l’importance de cette fameuse note de bas de page ?

Un chercheur talmudique, réputé pour son style sans fioriture, m’a un jour expliqué son utilisation des notes de bas de page : « c’est un complément d’information voire une anecdote. Ce n’est pas toujours vérifiable mais paradoxalement c’est assez irrésistible et savoureux pour qu’on ne veuille pas le bannir de son ouvrage. » A la question : pourquoi la concurrence académique est-elle si vicieuse, Henry Kissinger aurait répondu : « parce que les enjeux sont petits. » Mon film c’est un peu tout ça : une note de bas de page sur de petits enjeux.